Reconnais toi toi même



Je pense à notre première rencontre rétrospectivement ça aide, c’est curieux parce qu’elle est juste en train de se dérouler, donc de façon orphéique, ceci dit de façon sodomique aussi, Loth y a droit si l’on y croît, sinon c’est un poème, donc une métaphore, c’est une distance, comme on regarde en arrière, comme saisi par avance par une mélancolie que l’on ne peut expliquer, comme à reconnaître quelque chose au fond de tes yeux qui m’aura bien occupé quand on en reparlera. C’est s’imaginer raconter une histoire plus tard sur ce qui est en train de se passer. C’est insoutenable, la terre vibre, il n’y a plus rien à quoi se raccrocher, je viens de perdre mon lien au temps, mais où est-il donc passé, m’a brûlé la main en sortant, coupure franche, prendre connaissance de sa douleur, la concentrer, lui parler, l’extraire. Aussi mentalement j’essaie de t’imposer l’idée de m’aimer physiquement là maintenant. J’use de toute mon influence. Ma voix dans ton crâne mais tu crois que c’est toi, penses-y. C’est un peu abrupte comme approche mais c’est la seule solution tu comprends. J’ai tout de suite remarqué tes petits défauts, je les ai stockés dans ma mémoire histoire de pouvoir me les rappeler si jamais je ne devais plus jamais te revoir, c’est pour mieux t’oublier, ou si tu devais me faire souffrir, c’est paradoxal bien sûr, se souvenir de ça pour se détacher de toi mais tu proposes quoi ? C’est très impressionnant de te voir surgir comme ça au bout du chemin, je suis à la fois grossier, distant, susceptible, sarcastique et irritable, autant dire que j’ai mis toutes les chances de mon côté pour que tu ne puisses pas ni me blesser ni m’atteindre, il te reste encore un espoir de m’aimer pour mes pires défauts, ce serait là m’aimer vraiment mais tu n’as pas encore tout vu, attention prépare toi. Vaisseau spatial c’est toi. Désintégration. Tu penses à bien m’éviter et tu n’as pas tort, les relations humaines c’est pas mon fort, timide peut-être, ou sensitif, assailli par le flot des émotions qui se correspondent, c’est que je peux voir à l’œil les phéromones qui se percutent, ça occupe, et c’est là que tout se joue, je veux bien te dire les mots, écoute moi.

Il y a des choses dont la prononciation est encore plus belle que ce qu’elles sont vraiment, et ces mots qui sont censé les désigner leur donne toute la grâce et tout le mystère, tout le charme et tout la magie voulue, ces mots sont enchanteurs, comme par exemple montre gousset, ou une gravure de gentianes effilées fixée au mur sous des boulons épais de cuivre vieilli, rien ne peut se comparer à ces mots, le fer, le meuble, les coordonnées qui sont décrits ne sont rien, ne servent qu’à justifier leur ornement, ces mots sont des parfums plus vrais que le goût, disons que j’ai l’impression de te lire quand je te vois, et de te comprendre avec tout ce que je suis auparavant, car tu es une combinaison inévitable et le sens que tu prends est avant tout celui que tu n’aurais pas si tout avait été différent, je veux dire si tu n’avais pas été toi, je recule encore le plaisir de te savoir en tournant les pages par l’éclat de ce que tu n’es pas. Mais au contraire ça ne marche pas non plus avec toi pour cette raison là : il n’y aucune signification à toi, on ne te désigne pas, tu es là et c’est un fait, mais l’expliquer tient lieu de transgression. D’où la nécessité d’un équivalent physique de la rencontre, me suis-je bien fait comprendre ?

Dans une chanson de Bowie, on peut entendre toutes les chansons, chacun de ses arrangements est un univers livré à lui-même, aux mouvements autonomes, aux atomes propres, et il s’influence dans son expansion, dans ses variations de bête, dans l’espace physique, dans l’espace entre tes oreilles, dans tes cellules, et qui n’a pas de fin. Chaque note contient toutes les notes. Lady grinning soul,  cette chanson que tu es toi quand dans toi les mots sont tout et que ce qui est autour est leur mélodie rêvée. 


Bande son idéale: David Bowie - Lady grinning soul

Conscience de toi


Debout en terrasse tu dis que les choses suivent leur cours, on assiste à la mort symbolique du monde tel que nous le connaissons et puis retour à la normale, la peur de perdre un système, une structure à laquelle on croirait appartenir peut être, comme si la destinée de l’homme à travers toutes les lois du cosmos et depuis des milliards d’années était de réunir toutes les conditions nécessaires pour éviter la faillite de cet ordre mondial virtuel mais de plus en plus obligé qu’on nous impose, il n’y a rien d’autre à dire ni à imaginer, ce monde avec ces lois naturelles est l’ultime aboutissement de la condition humaine, ce qui différencie l’homme de l’animal c’est la propriété désormais, les capitaux voyagent à travers l’espace et le temps à la vitesse de la lumière, le soleil se lève, les feuilles sont baignées de rosée et la terre tourne, le système financier s’étire et baille, il commence sa journée, l’ultime métaphysique est à l’œuvre, comme réalisation collective du degré le plus abstraitement filtré de ce qu’est l’homme en vérité, l’inconscient collectif, un gros oeuvre auquel on tient de peur que tout s’écroule, comme en thérapie, la brèche que l’on ne peut regarder, la faille ouverte, la vraie morbidité, celle qui engourdit l’esprit et qui lui ment, mais il faut sauver ce monde, du moins celui que nous avons créé, et bientôt sera là le temps où le monde virtuel se rebellera et attaquera le monde matériel, des flux de photons qui voyagent entre les atomes par la pensée et qui soudain dévient de leur course et se braquent contre le noyau dur du vrai, save the last dance for me je dis alors, c’est tout ce qui compte. Tu as les yeux lourdement maquillés, les cheveux frisés par l'humidité tombent comme des dreads sur tes épaules nues, les bretelles de ta robe glissent parfois et tu les ramène d'un mouvement lassé, tu ne portes pas de soutien gorge si je ne me trompe, parce que je peux voir le bout de tes seins se dessiner de façon arrogante sous le tissu tout en essayant de me concentrer sur ce que tu me dis, car il existe une vraie connexion à n'en pas douter, nous avions la chance d’être une génération sacrifiée tu dis, une génération qui marquerait les esprits et les temps futurs, des hommes et des femmes qui se seraient élevés contre ces lois absurdes qu’on nous impose, trente ans pour s’inscrire socialement dans ce monde, trente ans à le subir et trente ans à en mourir, nous avions le choix de refuser de faire le moindre geste pour sauver le système, laisser crever la bête immonde, mais on nous a promis l’enfer. Qu’importe, donnez moi n'importe quoi plutôt que l’absurde, tu t’asseois sur le bord du trottoir, sur ton propre tissu, tes jambes lises écartées, tes docmarteens mal lacées trainent dans le caniveau, tu replies ta robe entre tes jambes par en dessus, tu as posé ton verre, tu le pousses, il roule et tombe et se brise, quelques résidus de bière sur des fragments de verre, c’est opaque si on regarde au travers, moi je bois tes mots bien sûr, sans pouvoir détourner le regard de l'angle que tes genoux composent avec les verticalités de la rue selon une perspective retranscrite en deux dimensions, la technique a aboli l’espace et le temps tu dis, au sens Heideggerien tu précises, il n’y a plus d’Être vers quoi aller, l’Histoire s’écroule mais au lieu de libérer l’homme elle l’entraine et le dissout, ubiquité synchroniciste au service d’une structure qui invente ses propres lois pour elle-même et qui efface nos différences et nous propose l’uniformité d’un ordre mondial immuable, une voix une direction, un accord pour la paix des temps comme un long sommeil, l’éternité. Voilà vers quoi nous nous projetons, l’oubli, la non parole, la décorporation, l’hyperproductivité ramenée au rang de fonctionnalité, l’homme et son grand dessein, les sciences, la philosophie, l’art, la beauté, le fait même de penser, n’auront servi à rien en fait si ce n’est à façonner cet ordre mondial, un système qu’il faut alimenter, un monde contre nature et qui s’oppose à tout ce qui vit sur Terre, rien d’étonnant quand on sait que son fondateur est celui qui a rendu en esclavage toutes les formes du vivant depuis l’aube des temps. Et le sexe je dis? Le pouvoir est la vision d’une psychiatrie étrange tu réponds, l'anticipation d'une immense catastrophe inévitable, comme si tu ne m'avais pas entendu, mais je commence à te connaître, une hallucination paranoïaque issue du cerveau commun d’un animal désaxé aux corps innombrables, aux directions azimutées, aux mouvements intriqués et aux mille yeux fermés. Alors, tu me regardes droit dans les yeux, et j'ai un feu qui me parcourt la moëlle de bas en haut mais qui continue de difuser très longtemps dans le plexus, la seule réponse est une drogue qui court dans les veines et qui fait crisser la mâchoire, mais qui fait aussi tout oublier. Rehab maintenant. Ce sera dur mais c’est un mal nécessaire. Autant rêver décapitonnés. Je te ramène chez toi. Tu te déshabilles. Tu n’es pas comme les autres, mais c’est un fait dont il faudra encore s’assurer. C'est là que je veux en venir.


Bande son idéale: Late of the Pier - Bathroom Gurgle

La pudeur d'en être là ne change rien (sarouel psychique dévôtement posé sur la nudité du tout)


Tu te souviens de cette soirée ? Par deux fois le torchon a brûlé comme le dit l’expression, la même table à deux heures d’écart et la serviette en papier qui prend feu, je ne vois vraiment pas où tu veux en venir tu dis mais attends, patience, je réfléchis, donc la flamme s’élève et d’où vient-elle ? Que se passe-t-il ce soir là dans ce restaurant ? Je m’interroge, c’est comme raconter un rêve sauf que c’est réel, mais regardons à l’envers, ou autrement, disons que c’est un rêve, disons que chaque mot est important pour situer l’action et trouver un sens, disons qu’à côté de nous deux vieux bonshommes parlent fort et sur un ton condescendant d’un film inutile et à la critique facile, disons qu’ils veulent engager la conversation avec nous juste quand on sort avec nos verres fumer une clope, disons que le vin rouge commence à me tourner la tête, tu rigoles, il a trois ans d’âge sur l’étiquette, le contenu rouge sang, tu n’es plus en face mais à côté, à regarder dans la même direction que moi mais sans nous voir, à côté de nous une jeune fille brune au visage pâle que je ne verrai jamais tout entier lit Cent ans de solitude, tu joues avec de petits couteaux au risque de te blesser, il me vient un souvenir d’une après midi au petit bonheur la chance à dériver sur une dalle en béton en bord de seine, immobile sous le pont de Sully, de nos corps enlacés comme des serpents qui s’échangent les peaux, une autre fin de journée où je te croise à l’angle en bas là où je rêvais de toi la veille, ou bien est-ce le contraire, je verse la cire chaude d’une bougie sur mon pantalon en voulant faire de la place, comme être dans le rêve d’un autre, le rêve d’une ville quand les talons claquent sur le sol comme dans une boîte crânienne, une ville nous rêve, c’est la meilleure solution, l’autre éventualité étant que chaque élément du réel s’interprète comme les fragments signifiants d’un rêve, le réel comme on l’appelle n’étant que la représentation qu’on s’en fait d’une véritable forme du vrai, cruelle et violente, comme des faunes pour les hommes, ces animaux mi humains à l’intelligence vivement supérieure, mythologie qui se déplace autour de nous plus vite que l’œil, et qui nous observent, et qui ont tout pouvoir comme nous même en avons sur les insectes, non pas mal intentionnés mais un faux mouvement est si vite arrivé, les babines retroussées et tachées de sang frais, le pouvoir supérieur impose des responsabilités, mais aussi de nouvelles possibilités, et si manger la chair est la loi que nous ne comprenons pas, que disent les faunes à nous voir mettre la viande dans des cartons ? La véritable réalité, impalpable, celle que l’on ne peut pas voir ni même imaginer, et qui se cache derrière la représentation que l’on s’en fait, reste hors de portée de nous. On décrira l’environnement selon un modèle et on discutera à partir de chaque variable extraite de ce système.  Double faute, puisqu’à pallier à notre incapacité à voir les faits tels qu’ils sont en réalité, on crée un virtuel mais que l’on ne peut comprendre qu’en en retirant les sucs pour les rapporter encore à soi plutôt que de laisser les données vivre pour elles même, la variable par le regard externe au système est vue comme « étant » et non pas comme son « être », une sorte d’erreur consentie. A force de réfléchir sur ce modèle erroné on oublie qu’observer une particule c’est déjà modifier l’équation. Autant de raisons de ne rien vouloir savoir. Tu attrapes la bouteille par le goulot et tu en casses le cul sur la table. Le tesson ressemble à des dents de verre.  Le réel tel que nous le percevons n’est pas plus qu’un rêve d’un autre genre, une certaine forme d’imaginaire en comparaison avec le dur de l’élément vital tel qu’il ne nous est pas donné de le voir. Ainsi certaines choses prennent sens, d’autres encore se précipitent, et toi là c’est aussi pour ça. 


Bande son Idéale : Out there - Dinosaur Jr

Rachis mental


Je n'y pense presque plus et toi? Ca a pris du temps mais je crois que je peux contenir mes sentiments ou plutôt le trop plein d'émotion à chaque fois que je te vois, ce qui fait déborder la coupe et bosser le pantalon comme on dit, c'est difficile tu sais d'être comme ça à fleur de peau, la libido c'est l'énergie vitale vers l'Eros ou Thanatos, en balance, en équilibre instable, moi elle surgit du ventre et me coupe la parole et me donne envie de monter par dessus toi et quand je touche ton épaule juste pour voir si tu frissonnes  de laisser couler mes doigts jusqu'à ton ventre et depuis le côté de profil de t'enlacer avec mon autre bras de façon un peu particulière, originale, disons tout simplement à ma façon, paume de la main ouverte à te soutenir les fesses par en bas et à les caresser lentement, le souffle coupé par la quantité d'énergie qui grimpe, le kundalini comme en Inde depuis la base du sacrum et que je retiens en contractant le diaphragme, la foule des pensées qui me viennent et se bousculent, tu me parles de Heidegger qui n'avait pas de corps et je pense à t'asseoir à genoux sur un grand lit sans drap, tu me dis que Anna Arendt à la fois dénonce et justifie sa philosophie par le seul fait d'avoir été sa maîtresse, son amie, son ennemie, sa protectrice et son amante, tu me parles de Jaspers, je pense à ton sexe, j'impose une image mentale, je communique par tous les moyens infraverbaux nos corps reliés en bas et connectés en haut, je te dis viens sans ouvrir la bouche, je souffle sur ta nuque, on change de position, je suis derrière toi, il pleut, c'est le temps idéal pour faire l'amour tout de suite, tu portes des médailles andalouses en guise de boucle d'oreille, je voudrais te tenir par les cheveux, je voudrais te déshabiller et te pencher en avant complètement comme ça, sans bouger, juste te regarder avant bien sûr tu l'auras compris, tu dis que Heidegger ne parle jamais du corps, de son corps ou d'un autre, et dans sa composition de la fonction d'être et du temps l'amour n'existe pas, il n'est jamais cité, ou bien c'est moi qui parle, j'articule lentement en m'imaginant tes seins biens durs et arrogants étalés sur toi renversée en arrière tandis que j'enserre tes bras au dessus de toi et que je suis entre tes cuisses, je mordille doucement le bout, je tourne la cuiller dans la tasse, le café refroidit, dehors il ne pleut plus, ça ne change rien au fond, Heidegger qui considérait la parole comme l'acte de la création de l'avoir-à-venir, celui qui justifiera ce qu'il est, celui qui aura-été-là, la parole comme mouvement, il se tait désormais, il ne dit plus rien, ne se justifie pas, ne s'excuse pas, ne bronche pas, il ne répond pas et c'est elle qui parle pour lui, elle qui l'explique, Anna Arendt lui donne sa forme, fait de lui, le maître de l'être et du temps, le sous-la-main du désir, là où elle l'use et est usée, là où elle est le contre exemple de la philosophie détachée qui s'oppose à la banalité du mal qui déjà s'opposait en lui, l'équilibre instable, la parfaite combinaison axe de symétrie du siècle écoulé comme un anus insoupçonné, le corps qui prend le dessus malgré tous les détours et les efforts pour s'en écarter, malgré les oublis, le corps qui plonge, le corps qui absout, le corps qui fait crier et qui résiste au temps, c'est la non dématérialisation par l'insoumission du corps je dis et tu me crois et je t'envoie toutes les ondes cérébrales d'apocalypses et de toutes les fins d'univers et de tous les recommencements dans le frisson de l'extase de ta robe renversée sur mon épaule, retours fracassant de la fin des temps à parts égales, processus à mettre en œuvre là où tu t'assois, et là où je parle, sur mon visage bien calée, par le matériau mis à disposition et la technique ondulatoire du cycle à venir comme but à atteindre, et qui excuse au sommet tout le temps pour en arriver là, le cerveau comme organe sexuel interne et un imposant fantasme télépathique à attacher à ton poignet pour la forme.

 

Bande son idéale: Hot Chip - Over and Over

 

La probable



En physique quantique on ne peut pas prédire avec certitude la position d’une particule. Cependant on admet que s’y compose la variable du temps, comme un métabolite structurel, et l’évènement à venir tout comme l’évènement tel qu’il était avant de se réaliser concourent en sens opposés et se projettent l’un vers l’autre sur la même ligne horizontale du point initial étiré par ses propriétés de temporalité, outil du temps, par la même particule, et l’angulation de leur rencontre au choc produit le volume positionnel à partir duquel peut être calculée la probabilité de l’emplacement de l’évènement, déterminé par toutes les conjonctions des affrontements particulaires qui ont été ou seront probables.

 

En somme il est impossible de prévoir la position d’une particule malgré toutes les variables maitrisées, le passé et le futur s’élancent l’un vers l’autre et produisent une solution originale, le résultat est imprédictible puisqu’il fait intervenir une donnée qui n’est pas maîtrisable par l’observateur, on peut juste en donner la probabilité. Une façon d’affiner le calcul serait d’admettre que la particule est dans un endroit délimité par des strates évènementielles qui se chevauchent dans l’infinitésimal. Tu vois où je veux en venir.

 

De sorte que rendre compte d’un être ou d’une histoire au plus près de la vérité, dans la présentation d’un monde qui s’appelle lui-même de ses vœux, dans sa chimère, dans ses suppositions, dans ses erreurs, dans ses approximations, un monde palpable, un monde de chair, de sang et de foutre, le plus précisément possible, le plus viscéralement possible, c’est regarder le personnage depuis l’extérieur et agencer ses couches existentielles au fur et à mesure, tourner autour, et ne jamais parler en fonction de, par interio. C’est être à l’extérieur, à se regarder soi même, et se considérer comme insoluble dans le temps, seule reste une prédiction sensible des évènements, à la lecture de la façon qu’ils ont de s’influencer.

 

D’où là où je suis et tu ne me connais pas. Celui là que je suis change à chaque saut d’instant maintenant et encore un maintenant, le même dans sa substance, et c’est à chaque fois moi-même, c’est une question de distance je suppose, si tu veux faire de moi ton objet il faudra que tu reconnaisses en moi les propriétés, formes et structure, et que tu t’assures de moi et de ce que je suis par les sens. D’une façon ou d’une autre il va falloir y venir.

 

Comme être là n’est pas plus qu’une probabilité il va falloir provoquer des chevauchements, d’où l’originalité de la démarche radicale que j’ai choisi pour arriver à te connaître : pour le dire encore plus clairement on arrive à une parfaite concordance entre ce que tu es et ce que je crois que tu es quand j’occupe tout un espace de toi par empilements et plateaux propositionnels, quand je multiplie les prises, quand je dilacère les protections par des visions tranchantes, les agencements positionnels en angles aigus, les mots crachés au bassin, chacun des sens invalidé car saturé, oui tu vois ça c’est un corps, et le tien, sans présumer de ce que tu es, je vais le remplir, c’est là qu’il faut en arriver et s’il faut y retourner je recommencerai.

 

Je fais comme si je ne te connais pas. Tu restes inaccessible. Echappe moi, évite moi, le phénomène montre la structure telle qu’elle est, tu ne veux pas me voir, je veux dire tu ne peux pas vouloir me voir vraiment, évite la lumière, ne devient pas visible, deviens l’étrangère échappée, reste à ravir.

 

Disons que dans un référentiel donné je cherche où tu es, ou plutôt ce qui se compose là et dont les propriétés se rapprochent le plus de toi. Tu es une possibilité.


Bande son idéale: Eagles of Death Metal - Wanna be in L.A.

La marge anale / trouée métaphysique




Tu es où ? Avec qui ? J’arrive (salope/ma vérité). Dans cette privation de toi, c’est là que je suis sensible au fait que tu n’es pas là, c'est-à-dire que tu es véritablement quelque part, et alors que tu existes en fait. Je est un problème, et qui prend sa source dès que je m’adresse à toi, par là même que toi tu es, ce qui se discute encore, il faut faire un effort de conceptualisation pour consentir à toi, c'est-à-dire à tout autre que moi.

Ce je qui est moi et que je ne connais pas est celui qui se réalise absolument dans ce qu’il doit être par lui. Je est le souci qui se projette par devant, il n’a pas de présent, il n’a pas de substance si ce n’est sa propre réalisation. Je-réalisé vient du futur, il est celui que je tends à être, dans l’acte c’est la somme de mes étants qui se projette, mais ce je vers quoi il tend le regarde et lui donne sa fonction d’être, de façon à la fois visionnaire et rétrospective, et se répète par l’intentionnalité rétroactive. Je est, mais son présent n’est pas.  Je sera la répétition de l’était vers l’être-à, dans les deux sens.

Pour autant je est celui qui choisit d’exister en fonction de toi – puisque tu es tous les visages de l’Autre je n’ai pas le choix en fait, ça ne se discute pas, viens par là. Dans le monde présupposé comprendre que ton je et le mien ne se rencontrent pas, ils se frôlent, seuls leurs présupposés sont accessibles.

La parole est l’existence concrète de ce je qui se réalise par devant toi. C’est un corps sans organe, ce qui est loin de convenir à ce qui nous concerne ci devant. Je est alors impeccable et pur, et pure est toi c’est là l’entité la plus absolument détachée de toi que j’embrasse, là où je m’échappe, là où ma substance est soluble, dans la pensée qui se mord la queue et se refuse, et c’est là que mon je est à réaliser : attoucher à ce quant à toi tu. Pour ce faire, c’est dénier sa pureté, celle de toi, pour cerner, épuiser et percer bien au fond ce qui te compose en dernier lieu, extraire ta substance au néant et punaiser  la forme qu’elle est sur le mur à voir, en abîmer la pureté par le seul fait d’être ici, devant toi, devant elle mais par elle (pour l’être ontologique il faut porter atteinte). Je est une pathologie mentale et cette maladie qui s’étend, qui avance, j’en ressens les symptômes, c’est s’extraire du monde, et cet immonde, c’est toi.

En somme je, celui là, est, à l’hypogée du pubis et un peu en dedans de la ligne pectinée, à la périphérie concrète et plissée de ta marge anale, la réponse exacte qu’il convient de fournir à ton toi quand tu veux que je te (ci devant quand je est derrière tu).

Je te pénètre. Je prends connaissance de ce que tu es, et plus encore de ce que je est infiniment par toi (dans la répétition de ce vers quoi je tend). Et la façon que j’ai de baiser toi, c'est-à-dire de circonscrire mon existence par la tienne, quand ce que mon être n’a plus d’autre considération que ce que tu es en vrai (le terme est impropre je devrais dire au fond) est là ce que je suis/est - je ne le peux que par toi dans l’étant moi, c'est-à-dire que tu fais de moi enfin ce je qui est. Comme Heidegger est dans Hannah Arendt quand elle lui murmure fais de moi ce que tu veux, j’imagine la surprise et la puissance de déduction qui s’en suit, c’est en effet sois ton propre toi par moi, comme deviens ce que tu es dans mon cul. L’enculait-il ? Sauf respect, dans la terminologie la plus pure, c'est-à-dire la plus déréalisée et aux limites du langage, par la phénoménologie la plus extrême, Heidegger attendait-il de l’anus de sa maîtresse un signe quelconque ? Il convient d’éplucher tous les phénomènes. Jusqu’à l’essence pure de l’être extrait de ce je du monde, je est le toi de moi mais je est le moi de toi. Tu est qui je.


Bande son idéale: Jeremy Jay - Slow dance

 

La différence inévitable



Il y a une voix dans ma tête qui me parle, je suppose que c’est moi, aussi le bruit insupportable des travaux d’à côté l’empêche et ce qui reste pour finir c’est un vrombissement lent et inévitable, marteaux piqueurs et perceuse contre le béton armé, si on me cherche je serai au café en bas. 

A deux rues de là, un autre bâtiment à déconstruire, derrière les échafaudage, en bas au soleil c’est comme à la plage, la rue est presque piétonne, ou au cimetière, avec des marchands de fleur et la vieille pierre, à côté de moi un dessinateur affairé sur son cahier comble les cases avec des dialogues à l’écriture serrée, spastique, un seul personnage jusque là en train de hurler en se tenant les oreilles et le bruit vient de tous les coins, c’est très ressemblant, tout ça n’existe peut-être pas je me dis, je veux dire si tu es une apparition, ou un quelconque produit de ce qui se passe dans ma tête, viens, c’est maintenant. 

J’ai lu quelque part que les incas n’avaient pas de mot pour dire ce qui est abstrait, ils faisaient des nœuds complexes qu’ils suspendaient aux arbres et ils restaient là à les regarder jusqu’à ce qu’ils leur rentrent dans la tête. Sur la place, la caryatide aux trois vierges comme tu dis, me rappelle de la même façon ce que tu es et aussi ma soif de ce qu’il y a au milieu de toi. 

C’est juste que penser à toi, c’est beau, mais ça ne peut pas suffire. Il y a forcément une différence entre toi et celle que je crois voir en toi. Cette différence est inévitable. Je peux te regarder encore jusqu’à ce que tu me rentres dans le crâne mais tu as une vie à toi, et puis rester là à imaginer tout ce que tu pourrais être  je préfère pourtant te toucher, que tu comprennes ou pas vraiment c’est comme ça. 

Tu sais, c’est comme prendre des notes d’une écriture serrée, je ne suis pas sûr de bien me relire, c’est souvent indéchiffrable et ça augmente le risque de confusion. Regarde : j’invente un nouveau langage pour toute ta liberté. Phraséologie complexe et codée en mots courts imprononçables, des foules de paroles fracassés sans verbe ni complément pour exprimer une pensée mais aussi toutes les interprétations possibles de cette pensée avec d’infinies variations d’intonation dans la voix, dans l’expression du visage, et dans les mains. Tout est contenu- je ne dis rien. 

J’apprends à te connaître. Le message caché de l’œuvre, et c’est un peu le mystère de la rencontre. Nous contemplons des abîmes honnêtes (nous n’aurons pas de réponse, nous le savons). Exemple : je veux prendre mon plaisir au fond de ta gorge et aussi dans tes fesses : dilemme. Parfois on aimerait être plusieurs : une seule volonté propre (pour qu’on s’y retrouve), des extensions de capacité, des corps à disposition en rapport dans un espace donné.

 

Bande son idéale: Telepathe - Devil's trident

La substitution des faits


Voilà c'est nouveau, ça devait arriver je ne dors plus. Je me lève après une bonne suée, je regarde par la fenêtre la nuit en plein cœur, sans allumer la lumière j'écoute les bruits de la rue jusqu'au petit matin.

2h12. Dans le calme et le silence de ces heures ignorées, une piqure de réalité dans le rêve: les voitures pressées du bout de la nuit vers quelque part  –  tout est possible -  les promeneuses solitaires, aux talons plaqués au sol, les ivresses verbeuses d’autres attardés qui jouent librement comme leur propre jazz polymorphe par leurs intonations subites sur un rythme de fond sirupeux de voix traînante. 

3h34. Dans le semi sommeil qui se refuse, la perception des choses semble désaxée. Des pensées en flash, des images distordues, des plans de ville, des corps étirés aux mâchoires ouvertes se succèdent et viennent s’interposer. La perception de la réalité, c’est la perception de sa propre vérité. Voilà où j’en suis. Je m’allume une cigarette. J’ouvre la fenêtre. La lumière des lampadaires diffuse et orangée, puis en s'habituant plutôt jaune et vieillie, donne une impression de papier brûlé.

4h52. La rue n'est pas immobile. Plusieurs plans se superposent. Tout est confondu, la veille et la nuit, le rêve et le bêton, le vent et la pierre. C'est comme une mélodie que je connais mais légèrement différente je me dis,  je tends l'oreille mais ça ne ressemble pas à mon souvenir. C'est comme un état second, dans la pièce les visages sont familiers mais on ne se connait pas. C'est plus grave que de ne pas savoir où l’on est je me dis. Je me tourne vers toi.

5h27. Tu dors dans le lit, un sommeil magnifique, immobile et profond, comme un soleil au repos. Tu es ma constante physique je me dis. Quand tout me semble déplacé, faux et obscène, tu es la seule chose qui m'apaise et qui me rattache à la réalité. On devrait toujours t'avoir sous la main je me dis. Mais je veux te donner toute la liberté, pour toi. Je veux te regarder sans y penser. C’est plus compliqué que ça tu sais. Le fait que tu existes aussi m’invente des souvenirs à rebours, comme un mécanisme d’un rêve : tout ce que nous aurions pu en quelque sorte. Ce que tu es hors de moi m'annule car je n'en suis pas la cause - émotions d'insecte précipitées à toute vitesse contre une paroi de verre. Quand tout cela va t’il finir? Tu vas me répondre ?Ouvre ta bouche, fais en sortir des mots. Tu serres les mâchoires et tu fais grincer tes dents. Tu abîmes ton émail je me dis, mais tu ne t'en rends pas compte.

5h56. Ton cul est la seule force crédible à cette heure ci, ou disons la seule chose que je veux bien admettre. Mes yeux se sont habitués au noir. Ta culotte en coton te rentre entre les fesses. Tu as pris toute la place dans le lit, c’est tout naturel je me dis, tu dors la tête posée sur mon oreiller. Les jeux de lumière depuis le dehors dessinent des ombres sur le mur au dessus de toi et tu dors à l’abri sous une forme qui ressemble à un sycomore. Tu attrapes en rêve entre tes bras quelque chose qui n’est pas là, mais toi tu le vois. Tu es où ? Tu es avec qui ? J’arrive tout de suite. J’entends du bruit. Tu n’es pas seule ? Fais-moi une place. Si je me concentre assez tu devrais finir par sentir mes yeux posés sur tes seins comme le bord de la lame d'un couteau double face.

6h24. Je prépare du thé. Les feuilles infusées soupirent lascivement comme une femme dans l’incubateur en se déplissant. Je me concentre pour ne pas me branler tout contre ton  visage, malgré toute la tendresse que je te porte je suis capable d'en arriver là pour manifester ma présence. Tu sembles ignorer l'espace dans lequel je vis toute entière à trembler et à rêver, c'est beau, c'est insupportable, je découvre tes cuisses, je passe la main au dessus de toi, juste au dessus à moins d'un centimètre, je veux t'effleurer sur toute la surface du corps, comme un élan avant de plonger en toi pour te rejoindre.



Bande son idéale: Dajsad - I was made for loving you.

L'inconstante volumétrique


Tu ne donnes que peu de prise, les évènements glissent sur ta peau et n'osent pas te toucher, tu tolères mes interruptions quand je te coupe la parole, tu es volontairement éparpillée, tu penses à beaucoup de choses en même temps sans vouloir mener rien à terme, tu n'as pas de noyau central, tu n'as pas de poids, tu n'as pas de masse plutôt car la gravité s'applique à tout et même à toi, une force indéniable et plus rapide que la lumière, et qui lie tous les évènements d'un bout à l'autre de l'univers de façon immédiate et sans recours possible, si je ne te connaissais pas tant je dirais volontiers que tu es vaporeuse, ou plus encore, irréelle, c’est simple en fait tes parties sont détachées, elles fonctionnent toutes pour leur compte, tu as trouvé là un système original et ça marche, mais si c’est applicable pour toi, ce n’est pas forcément reproductible, comme il y a plusieurs façon d’aimer il n’y a pas qu’une seule façon d’exister, tu nies avoir une personnalité, c'est très étrange, tu prends des décisions sans réfléchir et tu ne te trompes que de peu, toujours mais presque, tu es adaptative, tu es une fonction de survie permanente, tu te définis par tes actes et non par ce que tu crois en penser, qui vivra verra tu dis et tu laisses aux autres, donc à moi le soin d'observer, de peser, d'évaluer, de discourir sans fin sans but et sans solution sur ce que tu es, toi tu t'en moques, tu es une idée que je me fais, tout change avec toi à chacun de tes gestes, quand tu fumes tes Camel en levant le bras pour laisser s'échapper la fumée et ne pas gêner les voisins, ce qui m'intéresse alors c'est la grâce de l'élongation dont tu disposes, c'est l'espace que tu redéfinis, c'est la spécificité de ce mouvement là qui n'appartient qu'à toi, ça c’est toi, et en même temps ce n’est pas suffisant mais c’est la définition la plus exacte de toi que je peux apporter, tu continues de me parler le bras au dessus de la tête et c'est tout naturel, ta main retournée la paume ouverte vers le ciel pour l'équilibre mais aussi pour la beauté du geste, c'est la conscience d'une certaine forme de beauté qui ne se nie pas, disons que tu sais des choses qui passent par toi sans y réfléchir et que je vois mais sans avoir plus le courage ni l'envie nécessaire pour les interpréter, je fais comme toi je m'en moque. On ne va pas se quitter de la journée, je réalise que t'attraper par la main par la taille ou par le col c'est différent, tu as une fleur artificielle dans les cheveux, tu fais ton nœud sur le côté, j'ai des filaments de ton écharpe entre les dents et sur les lèvres, j'essaie de voir ce que tu vois pour te vivre de l'intérieur ou pour me vivre moi depuis toi. Tu portes des mi bas sous ton pantalon court, dans tes baskets noires à rayures, ou un tutu blanc de danseuse avec des leggins noires, entre les deux il y a tout ce que tu es : quelques accessoires, un choix de couleur et de tissus, tous ces vêtements éparpillés sur le lit qui ne prennent sens qu’une fois assemblés, sur ton corps. C’est là que je te comprends mieux : il y a toutes ces parties de toi que j’explore séparément et sur lesquelles je mets les mains, je ne suis pas en train de te baiser mais comme tu l’exiges j’attrape tes poignets, je lèche tes seins et je mets tes jambes sur mes épaules : c’est un point de vue sensible, car tu demandes à ce qu’on s’occupe de toi pleinement, c'est-à-dire séparément. C’est là que tu te retrouves tu dis, quand toutes ces unités disloquées se rejoignent à l’instant crucial où tu te cambres et où tes reins ne t’appartiennent plus, c'est-à-dire si j’accomplis bien ce que tu attends de moi : là tu t’oublies dans ta globalité. Avoue que ça t’excite. Je suis une drôle d'histoire pour toi, j’ai un passé qui s’efface, j’ai un présent qui m’échappe et je n’ai pas d’avenir. Toi tu es là et ça te suffit. Tu es un pantalon déchiré à la surface d’un océan, pour toi je rêve de profondeur et d’immensité. J'aimerais ne jamais t'oublier car tout a une fin.




Bande son idéale: Passion Pit -I've got your number

Reborn soon



Depuis le matin, les travaux de l'hôtel à côté m'empêchent de réfléchir pour moi et d'écrire, il s'en suit que tout ce qui devrait sortir de moi reste bloqué là de façon inappropriée. Une bonne occasion pour se changer les idées et sortir faire un tour je me dis. Si tu viens sur ma terrasse au soleil, tu verras qu'il y a beaucoup de gens qui ne se connaissent pas mais qui préfèrent rester debout plutôt que de partager un morceau de chaise. Les conversations autour sont le brouhaha sonore que l'on aimerait oublier mais pour cela il faudrait partir à l'étranger (alors les mots ne sont plus que des sons, je ne les comprends pas et ils ne s'insinuent pas jusqu'à l'intérieur de moi, contaminant mon être et ma pensée de façon définitive, de façon irréversible, de façon insupportable). Pareil, si tu veux regarder autour de toi sans te faire plaquer au sol par la moindre affiche publicitaire, voyage loin. Tu ne peux pas fermer les yeux à tout, tu ne peux pas te boucher les oreilles, tu ne peux pas empêcher les gens de travailler ni de te bousculer dans les rayons frais du supermarché, ni de parler de Nico juste dans ta nuque, qui est vraiment trop incompréhensible tu vois, avec tes copines, d'une voix de tête. Tu ne peux pas écrire en clair sans faire partie de ce monde, mais si ce que tu veux c'est créer quelque chose de nouveau, alors tu dois te retirer. Considère avec un courage suffisant et idiot ces heures collées au bureau à t'user les yeux sur un écran d'ordinateur quand dehors il fait beau, quand les filles sont toutes en mini jupe, quand la piscine vient d'ouvrir, quand c'est l'anniversaire de Mady, la sainte patronne des alcooliques du quartier. J'ai soif mais je m'efforce encore. Je m'essore de toute la vie que j'ai dans le ventre et puis je me remplis. Je sors, je rencontre une femme aux grands gestes et à la voix trainante, au pantalon serré et aux bottes à bouts pointues en cuir élimé. Je la suis. Je ne sais pas pourquoi. Viens chez moi a-t'elle dit, on verra bien. Nous faisons l'amour. Puis elle me prie de partir. Très bien. Je cherche la vérité cachée de cet épisode dans le taxi du retour. Je cherche le détail infime d'où faire partir une histoire, quelque chose comme un coup de fusil. Je cherche une intimité avec le cosmos dans le mystère des choses (je veux ses grandes règles obtues qui font de ce monde quelque chose de palpable et de crédible, selon nos propres critères: copier le chaos, le perpétuel débordement, le ridicule, l'anéantissement, l'absence de sens et de raison doit aider pour faire une oeuvre aussi riche). Le chauffeur me raconte sa femme, ses crises de jalousie, le crissement du latex, les soirées organisées dans un camion qui parcourt la ville. Il gardera la monnaie sans rien me demander. Je vérifie que je n'ai rien oublié. Dans mon téléphone il y a un nouveau numéro que je ne connais pas. J'imagine que c'est la fille avec qui j'ai passé la nuit. L'effet d'une boisson énergisante se fait encore sentir. Je bande en clair, et je pense qu'il est de bon ton de tenir quelqu'un au courant (on crée quelque chose à partir du moment où on est deux). Je laisse un message vocal explicite au dernier numéro. J'envoie trois SMS. Je ne reçois pas de réponse. Le lendemain, le numéro n'est plus attribué. J'imagine tout ce que nous ne vivrons pas ensemble. Les traveaux à côté de chez moi durent toujours. Je ne peux pas dormir. Je bois café sur café. J'ai le coeur qui bat à tout rompre. Si tu veux écrire, il faut que tu te ralentisses je me dis, il faut que tu imagines un monde exactement identique, et que tu projettes ta volonté sur le corps astral de tes personnages. Tout autour de moi, ce n'est pas mon livre, je n'en suis pas l'auteur. Je n'aurais pas fait les choses comme ça. J'ai gardé le préservatif dans la poche - je l'avais récupéré discrètement, on ne sait jamais ce qu'on pourrait faire avec ma semence. Je considère le sperme qui s'écoule, les petits spermatozoïdes encore frétillants, invisibles, je les imagine. Chacun de ces petits corps est une promesse d'avenir et aussi de quelque chose qui ne se réalisera jamais. Cette capote usagée est une autre alternative, c'est un futur imaginaire, c'est une probabilité qui ne se réalisera pas, mais la possibilité a existé. C'est comme toi / Reviens .




Bande son idéale: 2 Many DJ's - The beach vs Sandwiches

*plus rien



Le corps en ordalie/ Vertige courbé quand tu fermais les yeux/ Au milieu du chemin/ Du loin à parcourir/ Ne revenons pas dessus/ Partons (Mobilier clandestin/ Coffre à bagage)/ (La route/ Le naufrage)/ (Coucher du soleil/ Au dessus des nuages)/ (Pieds sur le tableau de bord/les boutons de l’air conditionné)/ ( La lumière des phares/ danse de serpents de nuit)/ (La rosée du matin/Ouvre la fenêtre)/ (Ca va passer/ Frein à main).

A l’inverse/ Qui êtes vous ? / A pardon c’est gênant/ Le regard de l’autre côté de la rue/ Des yeux noirs en éclipse/ Manipulations/ Poursuite en mocassins vernis/ Chapeau panama/ Labyrinthe de ruelles/ La Casbah/.

J’aime quelque chose en toi/ Pourquoi ?/Mener l’enquête/Travailler en silence/S’obliger/Y voir clair dans ton jeu/ C’est toi ou moi/ C’est pareil/ On y passe/.

Le grand marché/ Etalages d’épices/ Encens renversé/ Pigments dispersés/ Fumée bleue/ Les couloirs d’un grand hôtel/ Tapis rouges (épais et poussiéreux) / Rampe d’escalier en bois de santal/ Poignées de cuir souple/ Le grand jeu/.

Vous mon agent secret/ Rue des cinq diamants/ C’est toi John ?/Non (Tu es spéciale/Rien de personnel)/.

Tu vois cette grange là-bas au fond ? / Tu vois ce chemin de fer ?/ Pas moi/ Je t’ignore/ (Que voulez vous dire?)/.

Plus rien n’est vrai/ C’est beau ce mensonge/ Ne pas toucher terre/ Ne pas voir le soleil/ Ne pas toi/ C’est bien comme ça/ Tête la première/ Un grand bain actuel/ Le saut de l’ange/.

La science ne peut rien pour toi/.
.
Si j’étais toi je partirais/ Sans me retourner/ En finir avec moi/ Sans une explication/ Pas un mot/ Un crachat/.

Comme retirer des maillots mouillés/ Comme enfiler de nouveaux bas/ Comme accrocher la manche dans le ventilateur/ Comme mettre le pied dans le désir/ Comme le zip coincé dans les toilettes/ Comme refaire le monde à la truelle/ Comme les pieds dans le tapis/ Comme s’emmêler dans tes cheveux/.

Ce que nous faisons sera là encore/ Ne t’inquiète pas/.
.
Nos actes sont supérieurs à nous/ Nous sommes plus petits que tout/ Nous sommes les travailleurs du flux/.
.
Les abeilles négligeables construisent l’avenir/ Quand dois-je revenir ?/.

Le coup est parti/ On ne peut rien en dire/Trop tôt pour se prononcer/ Le verre est vide/ La coupe est pleine/ Tournée générale/ Je serai dans la salle d’attente (au bar)/.

Bien le bonjour/C’est trop tard maintenant/ Qu’est-ce que tu croyais ?/Ne le prends pas mal/ Tu as dépassé le moment/ Le cœur est vide/ Le repos démâté/.

L’existence des plaines/ Herbe folle/ La solitude est un résineux sur une lande nue/.

Où voulez vous aller ?/ Où allons nous ?/ Arrêt facultatif/ C’est ainsi / Adieu. So long cowboy/.

La science ne peut plus rien contre toi/.
.
Bande son idéale: Alain Bashung - Vertige de l'amour

Homo virtualis/sed red (= E79)


=E79 / ses recherches sur l’intertextualité sont une mise en abîme : un auteur peut devenir un personnage d’encre et de papier, il suffit de lui prêter non plus une voix mais une fonction objective et autonome, il suffit de s’écarter et de prendre de la distance, alors le lecteur sort du cerveau et se met à l’observer, faits et gestes consignés à chercher un sens à chacun de ses pas, à chacune de ses interventions, témoin absolu d’un univers dont le démiurge authentique, l’auteur préalable, serait dessiné à l’arrière plan, souvent sans même le droit à la parole, car le faire parler le démasquerait et le personnage papier perdrait son énigmatique réalité, toute entière fondée sur une illusion, le véritable auteur fait de nous des êtres de papier recyclable dans un livre qui n’est pas le nôtre, nous échangeons notre intertexte à des distances de là, dans d’autres pages, que nous ne lirons pas, et les pages qui nous concernent convoquent en strates la subjectivité mouvante de tout ce qui nous entoure, et qui se répercute aussi en écho encore ailleurs, écoulements s’altérant eux-même et prenant de nouvelles significations, réseau maille en expansion, je peux créer mon propre inter texte au format préalablement défini mais les personnages ne doivent jamais savoir, il y a cette barrière qui interdit de révéler, imaginons un personnage qui sait ce que je suis quand je lui donne vie, en quelque sorte c’est lui qui me fait, comme l’homme ne saura jamais vraiment ce qui l’a fait, ni ne saura ce qu’il est, et aussi son état à bien y réfléchir/après l’avoir fait réfléchir, il ne pourrait que l’accepter, pas de modification possible, pas de réflexion, au sens d’agissement miroir, car ce à quoi il obéit alors ce n’est pas seulement à la volonté que je lui impose, fût-ce là la volonté qu’il sache, et dont il n’est que l’objet indirect, mais c’est à la continuation du récit qu’il doit ses ordres, comme le fil absolu qui nous lie lui et moi, lui donner la possibilité d’agir et de couper ce lien signifierait la fin de la ligne, il n’est libre d’exister que dans la mesure où le récit le contraint, la fin de cet échange se signe par la fin du récit, et nous imaginons l’homme de papier vaquer à ses occupations, penser par lui-même dans un coin du cerveau, mais dans notre cerveau, cette méta logique ne peut se défaire, ou bien le récit s’interrompre – mort de l’auteur peut-être, et notre personnage devient amplement libre de ne pas exister // E9A8://=B749 ! et à quoi pensent-ils tous ces hommes dupliqués dans le virtuel ? quels sont les fondements psychologiques des personnages dans nos rêves ? après ces secondes de semblant d’existence, une fois les yeux ouverts, que deviennent toutes leurs intentions ? elles ne disparaissent pas, elles se répercutent, elles font leur chemin, elles se matérialisent dans corps réceptacle, elles en modifient les termes, elles se passent de main en main comme ballons d’énergie, et si je pense à toi alors quand tu n’es pas là, que deviens tu lorsque j’ouvre les yeux ? – je bande, comment expliques tu cela ?//CV87=BXT209/// et tu existes absolument quand je te couche ici à mettre ce que je veux sur ton corps, ce n’est pas une menace, c’est une intention que je t’observe, tu modifies toi aussi mon comportement par ton existence suspecte, mais la somme des parties ici n’est pas équivalente au tout, puisque dans le remodelage je peux te recomposer à l’infini, t’articuler les dents avec les genoux, te faire marcher étrangement et te réinventer des mots, des expressions, explorer ton corps de toutes mes façons, c’est te déconstruire, c’est te refuser le droit par toi-même, c’est acquérir ta licence, et la seule façon de te retrouver en entier c’est de m’éloigner, alors tu rentres à peu près dans mon champs visuel mais tu n’es pas assez près pour que je puisse te toucher, ce qui peut manquer d’intérêt –bien sûr, la délicatesse des mots et de l’amour courtois mais le désir a sa place et prend position pour une réalisation à court terme, autrement dit je ne sais plus ce que tu es quand je suis près de toi, je sais juste ta peau, tes yeux, ton cul, ton odeur, et ce que je sais aussi c’est la forme désassemblée que tu prends dans mon esprit, des jambes immenses, un cul très haut, des seins qui ne demandent qu’à jaillir, des lèvres charnues, des cheveux pour agripper, un sexe béant et ouvert, comme une bouche mais en plus irrigué (tu n’as pas le dos du genoux, pas de lobe d’oreille, d’ailleurs pas d’oreille, pas de dent, pas de troisième orteil : j’y suis peu sensible):!! XO45=26EE
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Bande son idéale: School of Seven Bells - Limb by Limb


No Dixit (No Exit)



Les phrases toutes faites sont là pour masquer l’angoisse, la peur de l’échec et du ridicule c'est-à-dire du temps de vie gâché, donc de la mort, parfois pourtant mieux vaut se taire. Tu préfères les non dits, qui s’étalent bien, qui s’allongent, qui s’insinuent, on peut se tromper sur leur sens, c’est ambivalent souvent, c’est ambigüe, c’est une brèche de possibilités, mais tu réfutes : pour toi, ce qui compte ce sont les non dits qui sont une évidence – que dois-je comprendre ? Autant te le faire savoir tout de suite, je n’y entends rien, tu me parles de ça comme si c’était tout naturel de laisser le doute prendre le pas, comme si c’était un but, mais un doute objectif et surtout évident, qui se nierait lui-même en quelque sorte. Je pense au contraire qu’il faut brusquer la réalité et la violer un peu, planter bien ses deux pieds dans le sol et imaginer être dans un rayon de lumière : décider pour soi et pour toi. Etre un homme, c’est aussi ma fonction. En choisissant cette solution, je ne peux pas me tromper/j’aurais une excuse suffisante. Entre les deux, comme d’habitude, toute une échelle d’infinies variations et de subtilités floutées où je perds ma concentration.
Par honnêteté je devrais prendre mes distances avec toi. Rien n’est simple, épuisé par l’effort dû à ta présence, je commence à répéter en boucle ce que tu veux entendre plutôt que ce que je voudrais dire. C’est s’éloigner des objectifs initiaux. La conversation suit son cours, le soleil de 18h se cache derrière les bâtiments, les rayons ardents qui me faisaient plisser les yeux et qui peut-être m’empêchaient de voir /te voir vraiment ont disparu, et avec eux la chaleur invisible et calme qui nous fait défaut, l’air se rafraichit d’un coup, je regarde le bout de tes seins se durcir sous ton chemisier vert forêt, une fleur gravée sur l’épaule et la manche mais je suis sous le tissu près de ta peau nue à mordiller de côté doucement les yeux fermés en t’enserrant la taille, tu caresserais mes cheveux en respirant lentement, tu me regardes faire homme/enfant, j’ai envie de te basculer sur la table et de me rapprocher de ta peau, en relevant ta jupe qui te tient bien sur les hanches, je repose mon thé, j’ai de la retenue, je regarde autour de moi en acquiesçant et sans t’avoir écouté je réponds quelque chose de convenu et d’apaisant. Tu approuves silencieusement mais m’as-tu entendu hurler d’une façon ou d’une autre?
Le lendemain, sur ta chaise devant la vitre, je ne te vois pas vraiment mais je t’imagine, complètement aveuglé par la lumière extérieure, ta silhouette et tes gestes dessinés en négatif dans le halo blanc, je pense que tu n’as pas tort finalement, les mots sont inutiles parfois, je regarde tes épaules et ta peau soyeuse dénudées par le pull over noir un peu lâche, je voudrais te lécher la tête humérale ou au moins l’aile externe de l’omoplate et je te regarde me parler plus que je ne t’écoute, je n’y vois plus rien c’est insoutenable. Admettons, tu n’es pas tout à fait la même à chaque fois et les situations sont différentes, similaires mais différentes, mais je prouverai ma constance dans l’impossibilité de te parler honnêtement en te regardant dans les yeux : je suis saisi au ventre, à moins que tu n’interviennes je continuerai d’admettre pour toi qu’il existe plusieurs sortes d’amour, et que la passion physique n’a qu’un temps (les corps à portée) le cerveau limbique complètement saturé d’hormones contradictoires.
Profitons encore de ces moments là, et de cette indécision – c’est beau. Regarde où on en est. Tu bois de l’Absolut au goulot, tu ne tiens plus debout, tes bas sont filés aux cuisses, je ne sais pas ce que tu faisais dehors ni avec qui. Ce soir là tu avais encore la distance modeste des filles avec qui je n’ai pas encore couché – tu aurais pu me détester pour ça, j’aurais compris. Il allait se passer quelque chose, tout le monde pouvait le sentir, mais tu refusais de voir les choses en face. A un moment tu t’es sentie mal, tu es allée t’asseoir, je me suis approché par derrière, j’ai posé mon visage sur ton visage, mais à l’envers. Plus tard dans la voiture tu me demandes si j’ai envie de baiser je te dis oui tu me dis non. Tu ramènes les jambes vers toi, si je veux te voir toute nue ? Oui. Non - ça claque. Je ne sais plus quoi faire, je te dis comme un américain que tu es la one, que tu es la seule, que ce que je ressens c’est de la tendresse, une tendresse un peu dure c’est vrai mais il faut s’accepter comme on est, j’ai envie d’être près de toi tout le temps, dormir avec toi, manger avec toi, être dans la salle de bain avec toi, tout ce que j’ai vécu jusqu’ici c’était juste pour ce moment là tu sais, c’est le début de quelque chose et pas seulement le jour qui se lève tu sais. Tu veux que je te suce ? S’il te plaît. Ta gueule.




Bande son idéale: Pixies - Alec Eiffel

Le purgatoire des sens



Je te suis partout où tu vas. J’aime te regarder de loin, le jean rentré dans ton cul et le port de tête immobile malgré les hanches ballottées par les changements de direction, le bruit appuyé de tes talons sur le sol qui frappe tout la rue, la mécanique ondulatoire de tes épaules qui te donne l’équilibre et la grâce d’une machine discrètement érotique, les petits coups d’œil brefs quand tu traverses, et ta façon de ne pas regarder les hommes que tu croises surtout, de ne pas te mordre les lèvres, de ne pas te retourner, de ne pas évaluer mentalement ce que tu pourrais trouver comme plaisir si tu devais les suivre dans une chambre sous les toits, ou ce qui t’arriverait si tu te laissais inviter à chaque occasion.
Je m’approche, pas trop, je te laisse t’éloigner, je fais semblant de te perdre. Tu t’arrêtes devant une vitrine et dans le reflet surajouté du verre tu pourrais me surprendre adossé à un poteau indicateur, à faire semblant de fumer jusqu’à ce que tu reprennes. Tu sais sans doute que je suis là, pas loin, à attendre le bon flux de subjectivité pour te sauter au cou. Tu dois bien sentir ce poids sur tes reins qui appuie et qui voudrait te travailler à distance. Tu ne montres rien. Peut-être que c’est ce qui te plait, cette indétermination un peu forcée, cette absence d’évidence, c’est une façon de vouloir ressentir comme si c’était égal, et qui te permets de simuler la surprise.
Je t’impose mentalement toute sorte de partenaires, des adolescents à peine pubères et encore imberbes jouissent pour la première fois dans ta main sous un porche un peu honteux, des vieillards que tu ramènes chez toi presque de force trouvent encore l’énergie de te monter dessus par derrière sur le pallier et de t’agripper à pleines mains, cette image de toi allongée sur une table branlante dans un sous sol, saillie par quelque chose d’épais et gras dans une atmosphère enfumée revient souvent aussi, je suis au dessus de toi dans cette peau imaginaire, derrière toute la laideur possible et tu te laisses aller, rendue, les yeux fermés et les seins balancés de haut en bas par le mouvement que je t’impose, il n’y a pas d’issue, il n’y a pas d’alternative, je te fais l’amour comme un corps immoral jusqu’à t’user, tu ne le sais pas mais c’est moi, regarde, si ça c’en est pas ?
Je ne peux pas m’empêcher, si tu crois que ça m’amuse, c’est aussi quelque chose à quoi je m’oblige pour me libérer de toi et pouvoir enfin te voir comme tu es, mais aussi telle que tu pourrais être, c’est à dire celle que tu n’es pas. C’est te désirer pleinement, complètement, de façon globale et inimaginable, de façon multiple, tu comprends ça n’est-ce pas ?
C’est un psychodrame et j’ignore tout de sa résolution. Je ne sais pas comment je dois réagir quand je te vois revenir de ces épisodes mentaux. Comme d’habitude, tu n’es coupable de rien, ton innocence est une marque de fabrique, il va te falloir trouver autre chose.
Je t’observe avec une attention absolument minéralogique, je t’observe comme un évènement. On peut rester longtemps comme ça. Je commence à croire que tu es un élément formatif. La rue s’anime différemment sur ton passage. Dans la foule ton corps est différent. Je ne peux pas croire que tu ne sens pas le désir partout autour de toi. Tu sais bien qu’il te suffirait d’un geste, et ce geste c’est ce que tu es. C’est cette distance qui te sépare de tout, et qui te conserve assez vierge malgré ce que je sais dans un monde saturé. Rien n’est aussi vrai pourtant que ce que j’imagine. Non loin des files d’automobiles, la lumière découpée par les bâtiments s’aplatit, les ombres s’allongent, sortent du vide, s’enroulent autour de tes cuisses. Devant toi, un accident de voitures carambolées est une promesse érotique - les entrailles surchauffées sont mises à nu sous le soleil brûlant, le capot est partiellement embouti, le pare choc est déshabillé par la violence et abandonné là sur le béton comme un sourire édenté et satisfait, mais c’est aussi quelque chose qui ne pourra pas être modifié, comme une insulte irrémédiable, ou la réalisation la plus aboutie du désir, un orgasme qui ne pourrait plus finir.


Bande son idéale: Black Lips - Italian sexual frustration