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Contrainte formelle du réel et réciproque situationnelle amphibie



Orion défait sa natte et se lisse les plumes. Tout est vrai mais cela se passe dans mon esprit. Mon avatar me suit partout. Il ne parle jamais. Du coin de l’œil je feins de l’ignorer. Sorte de télépathie de l’instant immédiate et bipartite. Pour Orion, le réel n’est qu’une contrainte formelle. Lui sait que nous regardons en biais, comme orientés depuis le début du mauvais côté. Partout, toujours, il est pour nous le maître de toutes choses et de la conscience interne, et à nous deux il semble que nous sommes à la fois tout ce qui est et tout ce qui n’est pas, deux potentiels chargés de leur propre magnétisme, si parfaitement espacés que l’événement visible ne tarderait pas à en être fulguré. Disons que son apparition rend acceptable une certaine forme de disparition. Chaque chose est un couple d’évènements opposés aux probabilités égales. Rien n’est plus vraiment ce qu’il y paraît, il n’y a plus que ce qui pourrait devenir. Mais Orion n’aime pas les DJ. C’est juste que ces gens n’arrêtent pas de parler avec les phrases des autres me fait il sentir. Comment faire comprendre à ce corps astral issu de mon imagination la valeur pythagoricienne de la répétition de la même boucle simplifiée et hypnotique, respirant pour elle-même d’une certaine façon, comme sous support aux exécutions furieuses d’une basse électronique qui sonne comme le générique TV d’une série américaine des années 80 dans la recomposition du thème mélodique de La soupe aux choux ? Et comment le convaincre du génie, au sens de Musil, de l’enchaînement contre nature d’un break beat insidieux inspiré de la ballade de Pierre et le loup et du nu abyssal de l’électro dogmatique de RamonEye, décatie pour le meilleur, comme le jus du fruit dans le verre (certains diraient aussi que c’est de la musique faible, mais n’est-ce pas là sa force ?) ? Insolent, impertinent, muet comme une carpe, Orion me suit partout, et sa présence me donne l’audace nécessaire à la résolution de certaines situations, insouciance toute situationnelle des sentiments exercés dans la légèreté fractalisée de mon être dirons nous. Au Toro, Raymond le Dog tente d’expliquer à une serveuse qu’il confond avec Amira Casar le sens caché de la série Lost par la lecture de René Daumal. Sloane passe de conversation en conversation, elle porte une longue robe ample à fleur d’une autre saison, et des leggins en cuir noir, aussi des bottes à frange en daim Chantal Musseau. Chacune des deux Jennifer est, en y regardant bien, une tentative d’avatar inversé, déterminée en temps réel, adaptative, convaincue de ses propres atomes. Dans la rue Orion lève la tête et les bras vers les étoiles pour jouer avec son nom. Calmement, il respire les silences par la peau. Au PFC, Michel Michel demande un papier et un crayon pour dessiner sous nos yeux à quoi ressemblerait l’orifice du monde. Grégory Mikhaël nous a rejoint, il écrit un scénario de bande dessinée, un homme qui recommence à jouer avec sa propre personne dans la vraie vie après s’être acheté une console vidéo de marque japonaise, et qui va tomber amoureux d’une étrange femme masquée qui compose des poèmes en forme d’énigme quand la mélancolie granuleuse l’envahit, c’est à dire à la moindre évocation du vieux module Atari VCS 2600 (cette femme porte également en toute circonstance des patins à roulette). Au R, after vernissage de Blank me, No name et AliWood. On quitte pour l’anniversaire du webzine Nevermind à l’A. Aka Lulu est injoignable, mais si l’on compose le numéro de JohnnySunshine c’est lui qui répond. LittleJoe porte une nuque longue, et inaugure ce soir sa magnifique moustache. Fin de soirée subtile au Moonlight et la piscine est à nous. Où nous nous alanguissons sur des sofas de cuir rouge tannés par les injonctions répétées d’un désir envahissant. Où nous ne sommes plus vêtus que de simples pagnes en satin brodé, les pieds nus et les cheveux mouillés, à faire couler toute sorte de sirops pour la toux sur la peau. Où nous explorons les mille et uns petits détails de la mosaïque qui autorise les prises dans le gigantesque bain à remous, tandis que certains font des longueurs. Peut-être sommes nous tous rouges ou peut-être est-ce la lumière du plafonnier qui colore les téguments, réfléchie de corps en corps et toujours plus envahissante. Chacun digère la nuit à sa propre façon. En y réfléchissant je suis un peu embarrassé. Orion ne dit rien. Dehors il fixe le ciel. Un cadran du plafond étoilé lui apparait mal éclairé. De sa main il fait le geste de sortir une ampoule de sa poche imaginaire, puis de la visser sur un socle que nous ne voyons pas –simple mais intense. Sa lumière nous parviendra dans quelques millions d’années.


Bande son idéale: Deceptacon - Le Tigre (DFA remix)

Façons du mystère de la rencontre



Je ne suis plus le même. Je ne l’ai jamais été. Je jouis aujourd’hui d’être un objet étranger à moi même. Le pied sur le lavabo, les jambes en équerre, cuisses tendues et douloureuses, je vois depuis ma position celui que j’appelle Orion, sorte d’avatar idéal, s’appliquer un gel dépilatoire sur les mollets, un bonnet de bain enfoncé jusqu’à la nuque, et un masque aux concombres sur le visage. On le comprend, une certaine forme de perception de la réalité dont jusque là je m’accommodais semble fuir vers un nouveau plan de consistance, trajectoire imprévisible mais déterminée, et dont l’inclinaison n’a plus rien de relatif. Ce que je veux, c’est tout ce qui peut survenir pour cet autre que moi et qui a pris ma place, cet être qui s’est extirpé de la nuit et auquel j’ai prêté mon âme mais dont la solitude ne m’appartient plus. Pour être clair, il s’agit de devenir une partie du tout, avec l’idée fixe partout toujours de la joie d'un serment pris sur le vif, et de la répétition de l’impression d’un jus de papilles sur la ligne de la désignation des éléments concomitants dans le creux de la main du destin (par opposition, par exemple, avec l’atmosphère d’une fin de couloirs d’hôpital). C’est ainsi qu’on se retrouve dans la limousine avec Gecko avec mon ostéopathe, qui se fait désormais payer en chaussures de marques, à rouler très lentement sur le périphérique, nous portons des lunettes noires même s’il fait nuit, costumes de marque Antonio V ou TM, petite veste Oscar C et pantalon ajusté Minestrone quant à moi, avec chaussures Rangers Raturo ouvertes, la languette étirée vers l’avant, on passe prendre Claudio, le fils d’un célèbre mannequin dépressif des années 60 et égérie de la scène NY underground, à Bourg la Reine. Soirée Toyz-are-us au Georges, Pantha du Prince mixe éclectique mais on aurait presque la nostalgie des soirées Dans ton cul du défunt P. Où l’on croise BBQ pour Métalorgie et Sigare pour le magazine B-rain. Dorothy C du collectif Slave-me porte un masque de lapin à poils touffus, et Eric de la Joya tente de la convaincre qu’il mérite d’être bu ce soir. La coupe est pleine et a hâte de déborder. A la soirée anniversaire du club S, Isocodine teste le son de ses instruments virtuels après un passage houleux au Twilo, et Kapuchone revient d’un futur qui ne marche pas, il n’y a pas de lendemain, la nuit est à vivre ici tout de suite. Le matin qui vient est une caldeira rebord du monde là où s’engouffrent les consciences accrues depuis la veille au soir. Mais pas tout de suite. FDO, l’ancienne gare : Random sex, Vibraphone, Les médicament du bonheur, Sushi la colle, pour la partie musicale. Puis Grandfuzz pour une sélection clinique et détachée d’électro séminale. Sloane nous retrouve chez Monica Mazet pour une fin de nuit en l’honneur de Mickey R : courte apparition, gueule de boxeur, veste blanche en coton GF, débardeur malgré la saison, cicatrice apparente sur le coin du menton et au sourcil droit. Scène acoustique inintelligible d’Emperor M, d’où atmosphère dissidente ; Sloane fait l’éducation d’un visiteur roux au visage masqué et dont je ne découvrirai que bien plus tard l’identité. Une femme en fuseau moulant rouge et prune explique à qui veut l’entendre qu’elle a cessé de prendre ses médicaments. Un danseur de tango italien entreprend une jeune fille du service des sports de Canalplus. Un hollandais en nœud papillon cherche autour de lui l’amour fou. La nuit déborde, elle étend ses bras. Sloane, si l’on veut être littéral, en est la traversée de bout en bout. Au détour du chemin, mystère de la rencontre, éternité dans le temporel, vers décollage immédiat. A chercher qui saura la mordre à l'angle de deux corps et absolument d'ici peu, à se donner la peau par la main. Grands vents attendus, des marées diluviennes qui s'étalent comme pâte à papier renversée sous les inflexions tentaculaires aux liens de la douleur exquise à l'écorce sûre à mâcher la résine du temps dans les renfoncements appuyés de tout ce qui transpire. Etre tel que je suis et à ce point, bien occupé tu vois. Tirer les ficelles du réel, te retrouver au sommet de tout : pas de problème.

Bande son idéale : Kavinsky – Testarossa Autodrive

Une apparition dificilement explicable



Personne dans la rue ne parle plus jamais tout seul : on parle à son téléphone, même si c’est un téléphone imaginaire. Autre: on peut parler à quelqu’un, rien ne prouve qu’on n’est pas seul (on ne décide pas toujours bien entendu). Cédric Attias del Curatolo a composé un spectacle vivant sur l’absence signifiante appelé Membrefantôme – un homme parcourt les rues de la ville la nuit en vélo en se racontant sa propre histoire pendant 2h28, il dessine sur les murs des organigrammes complexes, panneaux 4 par 8, cases décisionnelles pour chaque question avec son lot de connectivité et flèches interrelationnelles, tentatives d’explication du réel et d’extraction d’une substance autonome cristal de sens, on comprend qu’une femme l’a quitté, ou peut-être est-ce un homme, ou juste un fantasme aussi, peut-être ne sommes nous pas là d’ailleurs, et il compose pour finir d’étranges sculptures sous les ponts avec des fragments de verre brisé, une arche à relier deux points éloignés du temps dit-il - à voir dans la cour couverte du centre culturel finlandais. UnknIgno lui fait sa première, un évènement hard punk et poétique intitulé De l’un de l’âme, un tour de force de 6h14 en gravitation autour d’une femme polymorphe belle et laide à la fois et qui fait passer le corps par tous les états de la matière, et son amant perdu en rêve dans les ruines de Dresde finit par rencontrer en haut de la colline l’alchimiste inventeur de la couleur bleu profond qui sait prédire l’avenir – c’est tout simple en fait : ne pas imaginer la flèche du temps comme une direction probable, mais plutôt vivre dans un méta-temps où passé présent et futur sont concomitants et où les évènements sont tous liés de façon extrêmement intriqués. La Sybille est de passage avec Exode dit Osmose qui dispense gratuitement des cours d’économie à la terrasse des cafés. Mon ostéopathe porte mieux que quiconque les souliers blancs vernis de Meli Murano avec un petit jean slim gris taille basse négligent. Nataliana nous a rejoint, elle porte des boucles d’oreille totems de tribu huronne et rien ne semble mieux convenir ce soir. Sloane précipite les choses : l’étendue de tous les instants est agglutinée, on se retrouve chez un styliste italien à deux pas de là dans un appartement découpé en dix neufs boxs à thème – chiffres, couleurs…Je suis dans le pourpre. Soudain sans que l’on comprenne pourquoi Johnny Sunshinne aka Slim R aka Aka Lulu quitte la soirée furieux, l’alcool diraient certains mais c’est peut-être aussi dans son tempérament. La femme médecin aime le mot capacitatif. C’est la totalité probable en un point donné pour le défricheur de mots. C’est la masse des mécaniques qui sont accumulées dit Eric de la Joya. C’est le mouvement trop vite ou trop lent de tout ce qu’on ne verra pas bouger. C’est la dynamique de l’inerte surprend Raymond le Dog. C’est l’ordre de tirer mis en suspend, on attend, c’est le pouvoir d’y croire, c’est le rôdeur dans l’ombre, c’est le ventre qui gronde, c’est juste avant d’ouvrir les yeux, c’est la rencontre illusoire contre un chambranle de porte de conjonctions qui ignorent tout des fils de leurs apparitions, c’est la projection de deux golems de volonté propre l’un contre l’autre – Jean le biton gagne. Sloane a les cheveux électriques, véritables antennes sensitives à capter tout ce qui se passe autour et qu’on ne soupçonnerait pas. Elle et ses deux Jennifer commencent leurs ablutions pour un rituel complet de purification. Au P pour finir, DJ Marcel/Viande manie l’attente du dénouement et la promesse d’une récompense sévère mais juste dans un mix électro infatigable. Little Joe porte un tee shirt Suck my kiss acheté par correspondance sur la toile. Nataliana est une sirène aux formes changeantes, une créature en suspension dont les multiples jambes m’enserrent par la taille et m’enlacent dans une étreinte inqualifiable, ses ongles m’appuient brièvement sur la nuque et la douleur est exquise, et cette scène se répète en boucle dans mon souvenir comme si je l’avais déjà vécue avant même qu’elle ne se produise, avec la même précision et la même impression d’inquiétante étrangeté, et maintenant que je cherche à comprendre sa force énigmatique est multipliée encore par elle même. Jusqu’au souvenir même, boucle autonome et qui seul continuera d’exister. Par les mots ici,

structuration mentale d’une pensée

jusqu’alors inconnue.

Phrases/poutres+chapitres/étages/plateaux=> architecture réciproque et texte comme irruption dans ta vie. Métaforme circulaire et auto alimentée, vie autonome comme métastasée dans cerveau cible.

Bande son idéale: David Bowie - Heroes

Prétexte de pluralité singulière et or du tant avec écho



Le temps n’est plus un simple segment entre deux cigarettes pour qui cesse définitivement de fumer, il peut plutôt ressembler à un énorme rouleau de papier adhésif qui colle aux doigts et dont on a du mal à se débarrasser. Une molécule vous manque et le monde change de texture, de saveur, le choc est brutal, la réalité contre le encore plus vrai, on a de nouvelles manières, des antécédents, une ambition soudain. Occuper tout le temps, faire vibrer tout l’espace, rencontrer quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a entendu parler de quelqu’un, marcher sensuellement, aimer les animaux – aimer les chiens surtout, aimer tout ce que font les chiens. Aussi l’envie alors de donner son numéro de portable à n’importe qui, de se documenter sur tout en imaginant les jours où une puce électronique extrêmement miniaturisée introduite dans le cortex parafrontal et connectée au réseau sylvien permettra à tout moment de se brancher sur une matrice de supraconscience numérique et collective, et dont les données seront rentrées à la main par un informaticien groenlandais ivre; l’envie de descendre enfin le cours d’une rivière. Imaginer encore dans les détails une histoire entre un personnage appelé Le Cœur et une femme de mauvaise vie que nous appellerons La Comtesse : Le Cœur habite rue des Filles du Calvaire. La Comtesse a son appartement qui donne sur la rue de Turbigo, et la fenêtre de sa chambre est située juste à côté du sein droit de la sculpture majestueuse de la façade au numéro 57. Ils se sont croisés par hasard. Ils ne sont pas exclusifs. Ils se déplacent avec leurs multiplicités réciproques. Le pluralisme subjectif, façon de se rapprocher dans un instant comme dans tous les instants, tous dans ce que nous sommes mais aussi dans ce que nous croyons être, pour soi comme pour l’autre, est un humanisme. Façon de composer les singuliarités du réel avec les possibilités du rêve. Imaginer aussi la correspondance fictive érotique et légèrement nuancée entre une femme du monde, Elizabeth de Georges de Saint Val, adepte de jeux de positions et Stanislas de Saint Romain, un homme masqué initié et sans âge qui vient la visiter la nuit, les mains plongées dans des gants mapa, des poignes puissantes, et qui aime à recouvrir son corps de liquide vaisselle, fluide entre les fluides, car le gras n’attache pas. Plus tard vient enfin l’heure et nous étions là à commencer la soirée dans un coin réservé de l’ECC transformé pour l’occasion en galerie dédiée pour l’exposition Transgenix de Jamie Leopardo qui déambulait dans la salle vêtu le plus simplement du monde dans un manteau épais en plume d’autruche rouge de synthèse. La femme médecin est accompagnée d’un critique littéraire admirateur de Paul Valéry et sosie de Vincent Gallo. Sloane est d’humeur féroce, exagérément glamour, rouge à lèvre très vif et bavé sur lèvres onctueuses, les jambes très longues dans un short noir très court, un petit haut à bretelle noir à l’effet plongeant parfaitement efficace, et le monde est à ses pieds. L’une des deux Jennifer n’a pas le droit de parler ce soir. Elle a les yeux noirs cernés de charbon de bois, de fard et de poudre d’or. L’autre est pour la nuit la propriété exclusive d’un animateur de TV publique au nez abondamment repoudré. Un ancien joueur de football reconverti dans les marques de cuir est photographié avec un verre de vodka aux couleurs changeantes issue de la manipulation d’un maïs spécialement traité. La chanteuse du groupe Do me, voix nasillarde de petite chate hurlant la nuit sur les toits, se voit offrir une gorgée de saqué de contre façon importé de Chine selon un rituel complexe et sacré. Le tiers de Sorrento Siren s’entretien avec la moitié consciente de Jean Biton. On assiste à la lecture des quelques pages d’un livre écrit sans discontinuer en une seule nuit, buzz médiatique de la dernière rentrée, par le traducteur d’un auteur culte dont nul ne connait le visage. Le transgénique est l’œuvre de l’homme : il n’est pas fait pour durer. Toutes les œuvres sont brûlées dans un gigantesque four à pain, sculptures en cire d’abeille de laboratoire, peintures aux gouaches métachlorées, photographies dont la révélation se fait par l’imprégnation de composés aux structures atomiques instables sur le papier extrait de la feuille de palmier inventée par un savant malgache – éphémère effroi de génie transgénique que nous n’avons pour la plupart pas eu le temps d’observer depuis l’apéritif qui nous occupe à plein temps. C’est vrai, Jamie Leopardo a fait les choses en grand. Annie de Montagnac l’aimera ce soir, de nombreuses fois et de multiples façons. L’attachée de presse de Grégory Mikhaël est à la soirée de la revue Transitif, organisée dans un gymnase du XIIe reconverti en cabinet de curiosités. Les invités sont masqués. Pour celui qui apprécie ce qui se boit jusqu’à la lie, c’est goutte à goutte, un lac ici maintenant. Raymond le Dog est en tenue d’alchimiste au coin du feu et sur une peau de bête à poils longs tente d’expliquer à une étudiante en langues orientales sa propre technique d’extraction de la lumière. Elle traduit en retour « sois mon plaisir » en douze langues. La promesse de certains corps se répercute déjà comme un écho de mur en mur dans les cavités cylindriques de la boîte crânienne mais il faudra faire un choix. Parfois, on regrette juste de ne pas être plusieurs, prolongeant encore pour soi même l’expérience dans toutes les directions autonomes des réflexions de tous les miroirs possibles.


Bande son idéale : Suede - Animal Nitrate

Dieu et le doigt



Photons d’or, particules illuminées, air en suspension poussière, traversée de la lumière à travers le vitrail prisme du réel, nous en sommes là, bien peu de choses au regard du monde qui s’agite et s’accélère tout autour, parler tout seul dans un téléphone imaginaire, changer de place dans le métro avant que ça coupe mais le train avance et la Terre tourne, cela n’a pas la moindre importance, ou bien alors c’est primordial, parce que nous sommes ce qui est vivant et qu’il n’y a que nous pour raconter, des écailles de surface dans le thé de la veille, une lampe à frotter, et je cherche à comprendre, flux inversé, tentatives de descriptions d’un même évènement multipliées par elles même : limites de l’exercice du réveil. Comprendre un phénomène, établir son modèle reproductible, en tous points. Identifier le point d’inflexion par lequel se reflètent indéfiniment ces particularités communes de mécanisme et d’allure, en repérer les d’analogies, en établir les ressemblances en terme d’égalité. Étendre ces observations à l’étude d’un phénomène quelconque y compris humain. Mécanique neuve et reproductible de l’âme. Etablir/classer les ressemblances d’allure, les ressemblances des rôles en types de rôles, les affinités de mécanismes. Par exemple, l’avant-veille, Sloane qui n’aime que la légèreté se lie d’amitié au Pinup avec Anita, une néozélandaise extrêmement futile et drôle qui vit depuis deux ans à Paris sans parler le français, nounou libertine pour grands enfants bilingues le jour, hôtesse d’accompagnement pour établissements de couples la nuit - 50 E de l’heure pour ne consommer que ce qu’elle désire, et auto proclamée film director depuis qu’elle se met en scène dans une petite série très amusante sous forme de webisodes décalés sur deux danseurs contemporains persuadés de leur importance, utilisant chaque élément de la rue pour rechorégraphier le monde. Chacun fait ce qu’il peut, derrière le masque les rêves sont aussi complexes et aussi vrais que le monde matériel est tangible. Cette légèreté n’est pas pour nous déplaire, et en plus de nous divertir, elle nous renvoie à une angoisse importante : la peur de la mort, et c’est par là mieux encore apprendre à se connaître, c’est du moins ce que pense Grégory Mikhaël quand on l’interroge. Lui se voit plutôt en observateur et clinicien de nos nuits pour son prochain livre, à disséquer chaque épaisseur pour en arriver au muscle qui vibre sous le bistouri électrique en produisant une délicieuse odeur de fumet : la chair, le corps, la carcasse à désosser, jusqu’à toucher l’esprit du doigt. On suit Anita chez Martienne, néo/punk/postmoderne américaine fan de manga et qui vivait à London à Camden Town du temps où les coiffeurs espagnols rasaient la tête des clients à blanc assis sur des sièges de WC arrachés aux murs et déposés là dans la rue, on ne sait pas pourquoi elle nous parle de ça. Elle a décidé à sa manière d’entrer dans les ordres, et elle ne peint plus que des figures religieuses avec des visages d’oiseaux. Débat qui s’ensuit : coucher avec une religieuse, est-ce un exercice spirituel ? Raymond le Dog et la femme médecin nous retrouvent au B pour la soirée MissK. Backstage, la réalité par derrière, vodka/lemon et campari/orange sont un étrange mélange, arrivés au bord de la transe par l’hypnotisme répétitif de l’électro minimale et les basses cadencées qui désormais sont les seuls éléments du réel à passer le filtre. Dieu est parmi nous en train d’écraser sa cigarette par terre et de boire au goulot, il porte un tee shirt blanc Fire walk with me, le poignet est habillé de bracelets brésiliens multicolores, les pieds nus, de taille moyenne, les épaules maigre et le poil mal taillé, son jean taille basse se maintient par la grâce juste en dessous du pubis, il tourne sur lui-même les bras tendus une bouteille dans chaque main et par miracle il ne fait que nous frôler comme un vent tiède alcoolisé à 40 degrés. After show au C à Bourse, mon ostéopathe sirote un cocktail mauve avec Brian M, le chanteur d’un groupe luxembourgeois international. Michel Michel décide de vivre selon les principes kantiens. Dans un monde sans mensonge, et par là, dans la paix éternelle. Ceci n’est applicable à priori que si l’on épouse tous les mêmes principes, au nom de l’égalité des consciences. Mais à y creuser de plus près, quelle est la nécessité de dire toujours la vérité ? Imaginons un dialogue dans un monde parfait : -Vous êtes très belle. –C’est vrai ? – Non, mais vous avez les lèvres bien épaisses et une poitrine avantageuse, ce qui excite ma concentration de testostérone et me donne envie irrémédiablement de faire l’amour. Quel ennui. Ce serait un monde où on supplierait de mentir. Alors Dieu ou n’importe qui d’autre descendrait sur Terre et fait homme en rasta allemand touffu, il toucherait la vérité du doigt pour la changer en verbe, et il se mettrait à raconter des histoires qui seraient vraies ou bien qui ne le seraient pas pendant près de quatorze heures au Rex dans l’angle mort à côté du bar pendant que Laurent G repousserait pour nous les limites du réel à coups d’éléments sonores comme s’il n’y avait pas de lendemain, et nous sommes les particules suspendues au vide, agités dans l’éther, reliés au monde par les sens et la fréquence des vibrations, seuls tous ensembles. C’est à peu près comme ça que les choses se sont passées.


Bande son idéale : LCD soundsystem – Get Innocuous!

Pur/impur



Jour d'après le lendemain du soir où Little Joe a inhalé de l'aspartam. Retrouvailles au BC pour tous ceux dont les molécules ont changé. Sloane a pris froid sur le toit de l'hôtel M l'autre soir pour une célèbre marque de rasoirs dont ses jambes sont ambassadrices. Aka Lulu préfère désormais qu'on l'appelle Mad Professor, mais ce serait le confondre avec Slim R. à Williamsburg qui a décidé lui aussi de changer d'identité. On tranche: Aka Lulu sera désormais Slim R. Eric de La joya a passé le nouvel an sur le parking d'un Ed en banlieue nord de Paris, sorte d'expérience nihiliste décomplexée. Raymond le Dog ne trouve plus le sommeil depuis deux nuits, complètement électrisé et spastique, car dans les veines coulaient encore les excipients accumulés de boissons énergétiques absorbées et la strychnine qui fait serrer la gueule. On discute de l'ouverture prochaine de l'I. Bitchy José est de retour de San Diego et rien n'a changé mais on se fait prier pour l'admettre. Soirée K dans un célèbre club sur Pigalle. DJ Aïkdo puis PW aux platines. Set électro/debriefing. Open bar soft drink pour le foie. Retrouver la pureté. Eliminer les toxiques. Soirée Aztèque chez C, qui toute la nuit sera la déesse Chxchxtli, maîtresse des pendentifs et des colliers. Une nouvelle occasion de dénoncer l'immersion forcée dans l'hyper réel en créant un théâtre sacré dit-elle. Roman P torse nu et vêtu d'un simple pagne végétal s'entretient avec Françoise B. Smith and Smith déroulent un mix électro trash. Roman P se penche et susurre à l'oreille une phrase interminable en prenant des airs de serpent. L'idée semble faire son chemin par où B ne pensait pas. Nous voilà rendus à une nouvelle forme d'évidence. Tous voient plus clairs dans la nuit. Nous sommes dépourvus d'emballage, et l'orifice vide du monde menace devant l'absence de réceptacle, et le vide se nourrit du vide, simplicité incompréhensible. Vertige. La soirée se décompose en somme et parties. Il n'y a plus que des attitudes. Nous marchons sur des chemins de sable passé au tamis. J'essaie de retrouver une certaine forme de contenance. La coupe du temps s’est alors remplie de matière humaine et de scènes intentionnelles à boire avant dissolution poussière. Au milieu de la pièce j'étais en secret le chantre du langage inverse, et j'en usais pour faire disparaître les couleurs, les formes, le volume, l’Espace et le Temps jusqu’à la nudité figure d’homme, mouvement de descente vers le sol des pas frappés où nous irions. J’étais une séquence un jour par seconde de manière psychiatrique. J’étais aussi une pierre homme à plonger au cœur du puits des choses. J’étais l’homme aux chiffres et le présent qui passait entre nous je le cotais. J’étais la théorie du complot et le catastrophisme imminent dans des réseaux virtuels, et la résonance de la terre qui était de 7.8Hz depuis des milliers d’année se modifiait jusqu’à atteindre 12 Hz, et voilà pourquoi le temps s’accélérait. On m'attrapait par le bras pour me forcer à écouter des enchaînements de mots dont je ne percevais plus le sens ni l'ordre formel. Une certaine forme de chimie s'éveillait en moi, comme un retour de trip d'on ne sait plus quelle date, soudain et effrayant, me saisissait et figeait mon sourire en un rictus immotivé et catatonique. Métabolisation de la mémoire, proue de ce navire qui avance dans la nuit: nous. Sloane divertissait les convives en distribuant de petits papiers buvards sur lesquelles elle avait déposé un délicieux petit glaviot blanc, perlé et pur comme la nacre, et il convenait d'agiter son feuillet en la suivant dans un mouvement que l'on voulait gracieux. Plus tard, le reliquat séché sur le papier absorbant en aurait imprégné la structure et dessiné de nouvelles formes de densités allongées, auxquelles il faudrait donner un nom avant de se les coller sur le front comme dernier ornement. Il était temps de rentrer.




Bande son idéale: SebastiAn - Walkman