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Cinétique autorisée et pixels de joie




De grandes périodes de trouble. Des creux en descente à attendre. Le mouvement des vases communicants ou la description des forces cinétiques et de leurs effets expliquent très bien ceci : l’attente d’un jour nouveau, un jour neuf, un jour après une nuit comme une guerre, et qui propulsé par l’élan de la chute initiale mettrait à profit toute la célérité pour gravir à nouveau tous les sommets que l’on rencontrerait, à bout de bras vers ciel, la pulpe bien agrippée contre la terre encore humide de la rosée, les coudes enfoncés dans le meuble, et l’œil enfin redevenu lumineux (dans une autre métaphore sans pente douce, on admet aussi l’écrasement définitif contre le sol mais mieux vaut ne pas y penser). Pour beaucoup le début de la fashion week annonce ce jour là, de façon obligatoire et nécessaire. Alors peu importe ce qu’il en coûtera, la semaine sera fulgurante ou bien elle ne sera pas. Certaines de nos connaissances, pour ne pas subir tant de pression ni cette mordante obligation de la joie à toute heure, choisissent de s’absenter de Paris quelques jours pour un aller-retour chez leur tante à l’ouest du Canada ou en Suisse. Bien mal leur en prend, car à ce jeu là, si l’on est assuré d’avoir ici quelque chose à vivre, en bien ou en mal, on ne peut pas appréhender dans toute sa complexité l’ensemble de ces vies que l’on n’aura pas vécu, tout ce qui ne ce sera pas dit ni ce qui nous aura manqué, non plus tous les mécanismes qui en découlent et en viennent à l’accélération et à la résolution de paraboles globales. Ne pas fuir donc, en aucun cas, et arborer son happy sourire le plus tranquille et festif, derrière des lunettes noires JG, les cheveux raidis et lissés, noués haut au dessus du crâne comme un nœud de paquet cadeau improbable, les oreilles trouées d’implants et le cou tatoué en biais. Boire bien toute la joie jusqu’à la dernière goutte, car la question ne se posera plus en fin de semaine : la joie est bien liquide. On ne dort plus, où on ne le sait plus. Peut-être au bas des podiums les yeux brièvement clos derrière les montures soignées à rêver d’un œuf immense sans début ni fin, et qui s’étendrait sur toute la surface de la Terre, tandis que les collections prestigieuses font crépiter les flashs et relâcher les soupirs les plus distingués. On se réveille dans un placard la chemise défaite et la bave aux coins des lèvres, à se demander véritablement où l’on est, ce qui revient un peu à se demander en réalité qui l’on est et aussi quand. Prendre des notes. Ecrire sur soi ou sur un autre corps, ce que l’on veut et où l’on va, flèches multidirectionnelles croisées avec d’autres messages concordants, la peau comme une carte au trésor à explorer. Saläs et Fuke sont deux journalistes coréens chargés de couvrir l’évènement pour Soleil 9, et ils me suivent partout, n’intervenant parfois que pour m’indiquer l’endroit le plus près où je pourrais reprendre l’équilibre, ou pour m’assurer que nous sommes à l’endroit indiqué quand j’essaie par tous les moyens de remonter jusqu’à l’origine de la soif. Soirée au V en plein cœur du Parc Monceau, la femme médecin est en vert, elle rencontre un présentateur météo très strict qui aime à parsemer ses interventions de petites intentions ciblées auxquelles on ne prête pas attention, sauf les personnes concernées (ce qui peut parfois surcharger le discours et l’oblige à parler très vite). Sloane fait une apparition remarquée à l’hôtel particulier redécoré en blanc pour l’occasion chez KL, habillée de la tête aux pieds en Virginie Koriola, ex décoratrice bulgare et fille adoptive du couturier bannie pour une histoire d’olives, mais les pieds s’arrêteraient au dessus du mi cuisses et les épaules sont nues sous un châle noir comme la nuit parsemé d’étoiles. Les deux Jennifer portent des bougies à flamme violette, larges, hautes, et dont la cire chaude leur aura recouvert les doigts, incrustant les chairs sous les rameaux veinés et durcis de matière parfumée. Soudain Marijane fait son apparition portée à bout de bras au dessus des épaules de ses deux Vladimirs, sans toucher terre, des colliers en or et des bracelets cinglants lui enchaînant le corps, drapée dans une tenue transparente maintenue sur elle même par une épingle en forme d’iguane, ou bien par un lézard vivant charmé et dressé pour mordre, à la fois dense et légère, et magnifiquement dessinée surtout, comme tenue au ciel par les fils imaginaires d’une incroyable réalité ou une aura persistante qui gagnerait tous les cœurs. Sloane et Marijane se regardent brièvement du coin de l’œil, des yeux outrageusement maquillés pour l’occasion. Elles ne se sont pas vues depuis le lycée, se partageant pour nous la nuit aux frontières mouvantes et imaginaires. Rien n’est plus comme avant, je me retourne vers Orion. Il écarquille de grands yeux et souffle entre ses dents en mimant le mouvement de la tortue du temps qui soutient le monde. Depuis là où je suis alors, quelques temps ont passé, et sous la statue grecque du satyre à la vigne qui surveille le quart oriental du jardin d’hiver, mon champs de vision révélé par les lumières du projecteur de la télévision coréenne, le moindre grain de sucre sur le sol mouillé par la bouteille que j’aurais disons renversée est un monde de réflexions vibratiles et de perceptions lumineuses à corriger. Il faudrait trouver un moyen de traiter toutes ce minuscules aspérités en pixels et d’en faire des vecteurs reproductibles je me dis. Saläs et Fuke, qui ne me comprennent pas, acquiescent. En figer le sens et la direction pour en réinscrire le mouvement, sorte de façon de tout coller, tout agréger et donc de recomposer des espaces et des corps nouveaux, combinaisons synthétiques et tactiles nécessaires et jusqu'à l'outrance, puis réintervention des sens, multiplication des plans de l’analyse, le magnétisme, les éléments déchaînés, les sciences physiques, et les langues orientales au secours d’une certaine forme de volonté de continuité, rapprochement des corps, et strates communicantes et subversives par mutations de l'un à l'autre. La pellicule photographique ne suffirait pas à retranscrire ces univers là. S’efforcer pourtant. Croire en la joie.

Bande son idéale: Friendly Fires - In the hospital

Crème de menthe sur cuir rouge et pastis



Tentative de revivre l'instant, se souvenir. Mouvement pour une perspective temporelle sous une forme acceptable, ensemble des faits réels et imaginaires mis bout à bout pour en arriver là. Remonter jusqu'en haut de l'arborescence, déductions à rebours. Recomposer le passé, puis réinventer le présent. Une certaine forme de réalité qui se matérialise. Livré au rêve dans un espace exigu. Fil attaché au plafond d'un véhicule lancé à pleine vitesse mais immobile pour un volume d’attraction par tous les sommets. Les parties s’exercent à de nouveaux rapports, et persistance inquiétante au contact d'une nouvelle géométrie d'intention. En somme, tout va pour le mieux. En somme, un grand lustre au hasard. Oui, mais c'est un lustre objectif, et qui en impose à tous les chambranles de porte. La réalité est une onde qui se répond à elle même dit Eric de la Joya, nous sommes des vibrations chacun sur une certaine fréquence dans la théorie physique des supercordes. Au Dash, DJ Valhala et Roméo de Marseille réinventent le custom digital. Crème de menthe pour moi, pastis délicat pour Nataliana, je porte un jean noir slim Myaki, des bottines caramel vieillies et croûtées de cire chaude, une chemise à gros carreaux bleue négligemment ouverte sur un tee shirt orange My lips is Your lips, et des lunettes Infinit blanches (montures à rayures rouges/bleues selon la lumière), code sensuel et discret pour initiés - urbain et définitivement contemporain. Au Panic! Axel Brie de Maux et Was is Was animent la soirée RSPCT (Rebel Similitude Party Currency Tactile). Dans l'immense atelier en pierres apparentes reconverti pour l'occasion en labyrinthe mental, des pièces qui s'ouvrent sur d'autres pièces comme des roses mystiques. Des invités incognito derrière un masque de lucha libre. Strip tease à la demande d'une jeune mannequin paraguayenne. Deux mages sikh appuient sur tes yeux et t'imposent leurs visions. Dans la salle au fond, spectacle comique érotique et vain, sept minutes de danse rotative d'une femme à la peau talquée. Le long couloirs souterrain se transforme en corridor à explorer, sorte d'énigme psychique d'importance primordiale. Joachim(exakaLulu) a un sens de l'orientation tout particulier, on pousse plus loin et dans le noir, les évènements se précipitent, Nataliana est en robe fendue et ses petits talons cherchent appui dans la poussière du sol, certains prises sont assurées et d'autres échappent à tout contrôle, nous ne sommes pas seuls, des ombres nous observent, on ressort à l'autre bout de la rue par une porte en fer rouillée qui grince comme dans un film. Je me rends compte que j'ai du tomber trois ou quatre fois à la recherche d'un équilibre particulier, mes vêtements, mes cheveux sont recouverts de cendre, j'ai une plaie ouverte à la main et qui saigne: vintage et clinique à la fois, rouge sur blanc aussi d'un certain point de vue. Sloane est non négociable ce soir, pantalon de cuir moulant noir Herman H, le doux frottement de cette peau contre sa peau au son bien appuyé nous provoque à chacun des mouvements qu'elle exagère de façon délibérée. Raymond le Dog est à Cannes au Balroom pendant le Midem, backstage à boire de la vodka sirupeuse avec deux hollandaises du groupe Spankme pendant les DJ set de ElectroVaillant et Myjuicerecords, une bouffée de madeleine au téléphone, souvenirs, entrées que nous faisions par la cuisine du Martinez quand nous avions seize ans pendant le festival, les concours de pompes à même le sol pour impressionner une animatrice météo, les irruptions sans crier gare dans les chambres d'hôtel qui servaient pour l'occasion de salons de réception discrets et assez particuliers, les passages sur les plateaux TV, à boire au bar en coulisse des cocktails punch coco en compagnie d'actrices débutantes à l'accent chantant et à la naïveté éreintante en se faisant passer pour les agents d'un producteur italien. Little Joe lui appelle de South Brooklyn Central, le commissariat, où il a droit à un coup de fil et ce n'est pas très malin car il préfère me raconter sa vie plutôt que de prévenir son avocat - communication interrompue depuis l'espace. Au même moment, c'est la soirée évènement au PE pour le retour de Jean Louis C, propre sur lui du surcroît. Où l'on croise Sebastien T de retours de Majorque et aromatisé au Metropolitan, et aussi LolitaP en robe rouge quadrillée qui nous parle de ses amis formidables dans le Zurich underground (au Paradisio). Brodinsky, Valinsky, Courtevilsky et Alvin VonNada forment le collectif Presque-sky, une interprétation sonore et puissante à huit bras d'une nécessité sombre qui précède de peu la fin du monde logique. Au B, Metal Soap Orchestra et Tartine de Foie font irruption aux platines pour un mix spontané. Là, sur les canapés de cuir rouge, frottés ci et là jusqu'à en devenir râpés comme une peau blessée, ou bien debout au bar, immobile, une coupe mauve à la main aux effets iridescents, comme sur des remparts, nous voyons s'échouer en bas la fin de la vague de la nuit, qui vient lécher les orteils et exciter les sens. Nataliana dans le taxi arrêté devant chez elle dessine son nom secret sur les vitres embuées. Agrippées par l’émail, des perles de connections enfilées le long de ce qui est tout à relier jusqu’à la pendule du sens à rebours. Je ne cicatrise plus.
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Bande son idéale: Yuksek - Tonight (Radio edit)

Prétexte de pluralité singulière et or du tant avec écho



Le temps n’est plus un simple segment entre deux cigarettes pour qui cesse définitivement de fumer, il peut plutôt ressembler à un énorme rouleau de papier adhésif qui colle aux doigts et dont on a du mal à se débarrasser. Une molécule vous manque et le monde change de texture, de saveur, le choc est brutal, la réalité contre le encore plus vrai, on a de nouvelles manières, des antécédents, une ambition soudain. Occuper tout le temps, faire vibrer tout l’espace, rencontrer quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a entendu parler de quelqu’un, marcher sensuellement, aimer les animaux – aimer les chiens surtout, aimer tout ce que font les chiens. Aussi l’envie alors de donner son numéro de portable à n’importe qui, de se documenter sur tout en imaginant les jours où une puce électronique extrêmement miniaturisée introduite dans le cortex parafrontal et connectée au réseau sylvien permettra à tout moment de se brancher sur une matrice de supraconscience numérique et collective, et dont les données seront rentrées à la main par un informaticien groenlandais ivre; l’envie de descendre enfin le cours d’une rivière. Imaginer encore dans les détails une histoire entre un personnage appelé Le Cœur et une femme de mauvaise vie que nous appellerons La Comtesse : Le Cœur habite rue des Filles du Calvaire. La Comtesse a son appartement qui donne sur la rue de Turbigo, et la fenêtre de sa chambre est située juste à côté du sein droit de la sculpture majestueuse de la façade au numéro 57. Ils se sont croisés par hasard. Ils ne sont pas exclusifs. Ils se déplacent avec leurs multiplicités réciproques. Le pluralisme subjectif, façon de se rapprocher dans un instant comme dans tous les instants, tous dans ce que nous sommes mais aussi dans ce que nous croyons être, pour soi comme pour l’autre, est un humanisme. Façon de composer les singuliarités du réel avec les possibilités du rêve. Imaginer aussi la correspondance fictive érotique et légèrement nuancée entre une femme du monde, Elizabeth de Georges de Saint Val, adepte de jeux de positions et Stanislas de Saint Romain, un homme masqué initié et sans âge qui vient la visiter la nuit, les mains plongées dans des gants mapa, des poignes puissantes, et qui aime à recouvrir son corps de liquide vaisselle, fluide entre les fluides, car le gras n’attache pas. Plus tard vient enfin l’heure et nous étions là à commencer la soirée dans un coin réservé de l’ECC transformé pour l’occasion en galerie dédiée pour l’exposition Transgenix de Jamie Leopardo qui déambulait dans la salle vêtu le plus simplement du monde dans un manteau épais en plume d’autruche rouge de synthèse. La femme médecin est accompagnée d’un critique littéraire admirateur de Paul Valéry et sosie de Vincent Gallo. Sloane est d’humeur féroce, exagérément glamour, rouge à lèvre très vif et bavé sur lèvres onctueuses, les jambes très longues dans un short noir très court, un petit haut à bretelle noir à l’effet plongeant parfaitement efficace, et le monde est à ses pieds. L’une des deux Jennifer n’a pas le droit de parler ce soir. Elle a les yeux noirs cernés de charbon de bois, de fard et de poudre d’or. L’autre est pour la nuit la propriété exclusive d’un animateur de TV publique au nez abondamment repoudré. Un ancien joueur de football reconverti dans les marques de cuir est photographié avec un verre de vodka aux couleurs changeantes issue de la manipulation d’un maïs spécialement traité. La chanteuse du groupe Do me, voix nasillarde de petite chate hurlant la nuit sur les toits, se voit offrir une gorgée de saqué de contre façon importé de Chine selon un rituel complexe et sacré. Le tiers de Sorrento Siren s’entretien avec la moitié consciente de Jean Biton. On assiste à la lecture des quelques pages d’un livre écrit sans discontinuer en une seule nuit, buzz médiatique de la dernière rentrée, par le traducteur d’un auteur culte dont nul ne connait le visage. Le transgénique est l’œuvre de l’homme : il n’est pas fait pour durer. Toutes les œuvres sont brûlées dans un gigantesque four à pain, sculptures en cire d’abeille de laboratoire, peintures aux gouaches métachlorées, photographies dont la révélation se fait par l’imprégnation de composés aux structures atomiques instables sur le papier extrait de la feuille de palmier inventée par un savant malgache – éphémère effroi de génie transgénique que nous n’avons pour la plupart pas eu le temps d’observer depuis l’apéritif qui nous occupe à plein temps. C’est vrai, Jamie Leopardo a fait les choses en grand. Annie de Montagnac l’aimera ce soir, de nombreuses fois et de multiples façons. L’attachée de presse de Grégory Mikhaël est à la soirée de la revue Transitif, organisée dans un gymnase du XIIe reconverti en cabinet de curiosités. Les invités sont masqués. Pour celui qui apprécie ce qui se boit jusqu’à la lie, c’est goutte à goutte, un lac ici maintenant. Raymond le Dog est en tenue d’alchimiste au coin du feu et sur une peau de bête à poils longs tente d’expliquer à une étudiante en langues orientales sa propre technique d’extraction de la lumière. Elle traduit en retour « sois mon plaisir » en douze langues. La promesse de certains corps se répercute déjà comme un écho de mur en mur dans les cavités cylindriques de la boîte crânienne mais il faudra faire un choix. Parfois, on regrette juste de ne pas être plusieurs, prolongeant encore pour soi même l’expérience dans toutes les directions autonomes des réflexions de tous les miroirs possibles.


Bande son idéale : Suede - Animal Nitrate

Dieu et le doigt



Photons d’or, particules illuminées, air en suspension poussière, traversée de la lumière à travers le vitrail prisme du réel, nous en sommes là, bien peu de choses au regard du monde qui s’agite et s’accélère tout autour, parler tout seul dans un téléphone imaginaire, changer de place dans le métro avant que ça coupe mais le train avance et la Terre tourne, cela n’a pas la moindre importance, ou bien alors c’est primordial, parce que nous sommes ce qui est vivant et qu’il n’y a que nous pour raconter, des écailles de surface dans le thé de la veille, une lampe à frotter, et je cherche à comprendre, flux inversé, tentatives de descriptions d’un même évènement multipliées par elles même : limites de l’exercice du réveil. Comprendre un phénomène, établir son modèle reproductible, en tous points. Identifier le point d’inflexion par lequel se reflètent indéfiniment ces particularités communes de mécanisme et d’allure, en repérer les d’analogies, en établir les ressemblances en terme d’égalité. Étendre ces observations à l’étude d’un phénomène quelconque y compris humain. Mécanique neuve et reproductible de l’âme. Etablir/classer les ressemblances d’allure, les ressemblances des rôles en types de rôles, les affinités de mécanismes. Par exemple, l’avant-veille, Sloane qui n’aime que la légèreté se lie d’amitié au Pinup avec Anita, une néozélandaise extrêmement futile et drôle qui vit depuis deux ans à Paris sans parler le français, nounou libertine pour grands enfants bilingues le jour, hôtesse d’accompagnement pour établissements de couples la nuit - 50 E de l’heure pour ne consommer que ce qu’elle désire, et auto proclamée film director depuis qu’elle se met en scène dans une petite série très amusante sous forme de webisodes décalés sur deux danseurs contemporains persuadés de leur importance, utilisant chaque élément de la rue pour rechorégraphier le monde. Chacun fait ce qu’il peut, derrière le masque les rêves sont aussi complexes et aussi vrais que le monde matériel est tangible. Cette légèreté n’est pas pour nous déplaire, et en plus de nous divertir, elle nous renvoie à une angoisse importante : la peur de la mort, et c’est par là mieux encore apprendre à se connaître, c’est du moins ce que pense Grégory Mikhaël quand on l’interroge. Lui se voit plutôt en observateur et clinicien de nos nuits pour son prochain livre, à disséquer chaque épaisseur pour en arriver au muscle qui vibre sous le bistouri électrique en produisant une délicieuse odeur de fumet : la chair, le corps, la carcasse à désosser, jusqu’à toucher l’esprit du doigt. On suit Anita chez Martienne, néo/punk/postmoderne américaine fan de manga et qui vivait à London à Camden Town du temps où les coiffeurs espagnols rasaient la tête des clients à blanc assis sur des sièges de WC arrachés aux murs et déposés là dans la rue, on ne sait pas pourquoi elle nous parle de ça. Elle a décidé à sa manière d’entrer dans les ordres, et elle ne peint plus que des figures religieuses avec des visages d’oiseaux. Débat qui s’ensuit : coucher avec une religieuse, est-ce un exercice spirituel ? Raymond le Dog et la femme médecin nous retrouvent au B pour la soirée MissK. Backstage, la réalité par derrière, vodka/lemon et campari/orange sont un étrange mélange, arrivés au bord de la transe par l’hypnotisme répétitif de l’électro minimale et les basses cadencées qui désormais sont les seuls éléments du réel à passer le filtre. Dieu est parmi nous en train d’écraser sa cigarette par terre et de boire au goulot, il porte un tee shirt blanc Fire walk with me, le poignet est habillé de bracelets brésiliens multicolores, les pieds nus, de taille moyenne, les épaules maigre et le poil mal taillé, son jean taille basse se maintient par la grâce juste en dessous du pubis, il tourne sur lui-même les bras tendus une bouteille dans chaque main et par miracle il ne fait que nous frôler comme un vent tiède alcoolisé à 40 degrés. After show au C à Bourse, mon ostéopathe sirote un cocktail mauve avec Brian M, le chanteur d’un groupe luxembourgeois international. Michel Michel décide de vivre selon les principes kantiens. Dans un monde sans mensonge, et par là, dans la paix éternelle. Ceci n’est applicable à priori que si l’on épouse tous les mêmes principes, au nom de l’égalité des consciences. Mais à y creuser de plus près, quelle est la nécessité de dire toujours la vérité ? Imaginons un dialogue dans un monde parfait : -Vous êtes très belle. –C’est vrai ? – Non, mais vous avez les lèvres bien épaisses et une poitrine avantageuse, ce qui excite ma concentration de testostérone et me donne envie irrémédiablement de faire l’amour. Quel ennui. Ce serait un monde où on supplierait de mentir. Alors Dieu ou n’importe qui d’autre descendrait sur Terre et fait homme en rasta allemand touffu, il toucherait la vérité du doigt pour la changer en verbe, et il se mettrait à raconter des histoires qui seraient vraies ou bien qui ne le seraient pas pendant près de quatorze heures au Rex dans l’angle mort à côté du bar pendant que Laurent G repousserait pour nous les limites du réel à coups d’éléments sonores comme s’il n’y avait pas de lendemain, et nous sommes les particules suspendues au vide, agités dans l’éther, reliés au monde par les sens et la fréquence des vibrations, seuls tous ensembles. C’est à peu près comme ça que les choses se sont passées.


Bande son idéale : LCD soundsystem – Get Innocuous!

Anticorps



Miles revient de la semaine de la mode à Delhi. De collection en collection, pas un podium ne lui aura échappé. On repassera pour l’Inde. Je l’accompagne à une vente privée dans un entrepôt rue de Valois. On y croise un chanteur des années 90 vêtu de cuir et dont le visage s'affiche chez tous les vendeurs de fallafel. DJ Splitz distille le meilleur de la musique d'ascenseur pour une clientèle huppée, qui aime cheminer dans les rayons déserts seule en tenant son Vuiton par l’anse à l’avant bras, un easy listening électronique, ironique et distancié qui donne envie de porter des chemises bûcheron avec des bottes à frange. Jupe en jean déchirée, collants en nylon vert pétant, lunettes noires et sweat à capuche, chaussée dans des bottes en caoutchouc ferme Terratorn, une marque finlandaise introuvable à Paris, Sloane saute du taxi pratiquement en marche. Elle cherche dans les rayons la parfaite petite tenue d'intérieur pour Jennifer et Jennifer: c'est une chemise à fleurs carnivores en coton longue et sans manche au col brodé, indémodable, parfaite oui mais c'est la dernière et elles sont deux. Intermède volontaire au Café N et concours de name dropping avec Alfredo. Arthur Martin, Cecil B 2000, Pierre Richard contre Laurent de la Hussët, François Hiérolymus de la Salle et Martial Martiano – on a le droit. Au Tr… deux Islandaises participent à une conversation dont elles ne comprennent visiblement pas les tenants ni les aboutissants. Fantasy Bruno, clone de Guy Debord, me présente Serena, celle qu’il appelle sa body body, clone d’Alyssa Milano. Soudain contre toute attente le désir tombe sur les corps c’en est fait. Rêve idéal, il n’y a plus que des vitesses, des lenteurs. Deux mystères se frôlent. J’ai déjà vu ce visage quelque part, dès la première fois. Par chance je porte mes sandales en latex sur de grosses chaussettes signées par Asia A, deux épaisseurs de chemise bleues pétrole aux rayures hypnotiques, un petit gilet en cachemire et le cuir épais de Sergent Christofer, des lunettes Marcel Plantier et je suis surtout accoudé au bar, ce qui me permet de rester debout plutôt que de m’étaler à son passage pour me rouler par terre dans les cellules mortes répandues de son corps échouées sur sol. Rapprochement des éléments liquides dans deux corps résolument différents, manœuvres d’approche, élongation du coude à force de me tenir la mâchoire. Je suis alors curieusement plusieurs au dedans, sorte de collectif mouvant dans un seul corps vivant, mais une seule idée fixe : je suis dans la peau de moi, mais je veux être aussi dans la peau d’elle. Elle fruit défendu qui rend les nuits blanches. Sad Songs, Florida, d’où je chante que je crie que je suis dans ses pas, Mysterious Viciousness, Alabama, car la chimie du corps est une torture à envisager. Elle est l’agent étrange du chaos, la constante immuable, l’axe de symétrie concret et imprédictible autour duquel tournent nos vies ; la pendule indique une heure qui n’avance pas, il se lève et au Chez M ils se vautrent dans des canapés retranscrits par les miroirs écrans, répétés dans leurs gestes un millier de fois c’est là l’instant exact présent, mais la dernière image = queue de la comète du temps. Little Joe est avec Black Francis et deux mannequins estoniennes chambre 19 de l’Hôtel A encore pour quelques heures si on veut passer. Pete D est de passage à Paris, et il se livre lors d’un concert improvisé dans le loft commun d’Alisson VDP et Madon de Bruxelles, deux créatrices de mode lancées dans l’édition d’un webzine underground en construction. J’avoue que j’ai quelque peu perdu le fil de la soirée dans les yeux et les fonds de verre de Serena, et je suis la bouteille brisée échouée sur les rivages de plages nues, là où disons des ondes en vagues révèlent la roche fine et friable en strates profondes, flots pour moi de la soif qu’elle est. Michel Michel décrète l’insurrection sexuelle et exige la libération des mœurs. Tous les regards dans le loft se tournent vers Sloane en femme vampire, noire, sensuelle et dangereuse. Au matin, Serena a mis fin à notre relation. Elle se rhabille. Elle a besoin de pureté me dit-elle, en me regardant bien en face, comme pour souligner que c'est bien évidemment là quelque chose que je ne pourrais jamais lui offrir, comme elle le savait maintenant. A quoi bon discuter, je suis rendu par les mains et les pieds liés, et la plaie délicieuse me déchire les flancs, un instant, puis on sonne. Me voilà de retours dans le coude des choses. Ecrire le jour, sortir la nuit. Il devait y avoir quelque chose dans mon verre, oui mais quoi ? Garçon! La même chose alors, encore.



Bande son idéale: Aphex Twin - Vordhosbn