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Du dehors au dedans / Symétrie du moment retourné


« Je t’ai attachée contre le rebord d’une sortie d’autoroute en allant vers LaHaye. Il faisait nuit. Tu ne te débattais pas. Tu me regardais avec tes grands yeux, humides un peu éberluée, comme si tu ne me croyais pas, comme si tout ça n’était qu’un film. Très bien je me suis dit. C’est mieux comme ça. Nous voilà libres enfin. – il lit. « La lumière des phares des camions lancés à pleine vitesse passait sur nous comme les ombres d’insectes chargés d’histoires – tout ce qui est révélé là, surgi du noir, et tout ce qui reste à venir. Tu étais le plus simplement vêtue du monde, une petite culotte baggy en coton et un débardeur Université d’Alabama, vert et trop large, trop ample, tes seins révélés par la manche presque jusqu’à la taille, la peau élastique et les aréoles légèrement brunies rehaussées par une morsure récente. Je me suis éloigné et là tu t’es mise à crier. Alors je suis revenu, j’ai caressé tes cheveux et puis je t’ai bâillonnée. » Inauguration des salons particuliers au M dont Eric de la Joya devient ce soir le nouveau conseiller artistique. Grégory Mikhaël poursuit la lecture - il sera question aussi de cagoules et de tenues de camouflage, tandis que La Sybille derrière lui occupe tout l’espace, chorégraphie autorisée collée aux mots, et que Little Joe fait spasmer une certaine idée de la mélodie vibraphonique au xylophone dans le hall de l’hôtel. Mouvements en ordre dispersé, sons décomposés, j’ai l’impression d’avoir déjà vécu cette scène, nourri aux mamelles du temps avec dans le lait un peu du goût d’avant, quelques gouttes aux facultés hypnotiques. A l’Antichambre soirée PartenairesParticulières dans le décor minimaliste d’une salle de bain en aluminium. Sloane en jupe à frange, chapeau en cuir étoilé sur ses boucles blondes du jour, petit bustier noir, épaules nues sans bretelles, et large tutu blanc fourni, dit non de l’index à un chanteur populaire au col amidonné, puis lui fait signe de se mettre à genoux ; dans l’espace qui se crée, c'est-à-dire le possible immédiat, elle le tiendrait pour nous en laisse. Jennifer s’approche et caresse la bête imaginaire. L’autre Jennifer tient les verres. On retrouve Aka Lulu à la soirée Party-me organisée par le magazine Ozone Free, des sosies illustres, des journalistes branchés, des montures en écaille, de l’hélium en bouteille. Raymond le dog cherche la beauté dans les interstices du réel et dans les failles du temps, partout où soudrait le mercure. Plus tard Nataliana ne me répond pas quand je l’appelle, la boisson du soir est une délicate vodka brune aux herbes de l’Oural, on a parfois envie de s’arracher les peaux, et de brûler de l’intérieur d’un feu à la fois lumineux et sombre, mais rien n’est vrai n’est-ce pas ? J’ai déjà vécu ces moments. Dans quelques instants, BernieM va surgir accompagné d’une magnifique islandaise et parler espagnol avec un albinos appelé Juan. Au BC, le long du long couloir à la lumière électrique et bleue, Vicky surgira d’un temps que nous ne connaissons pas encore, m’attrapera par la cravate EnricoMüller et ébouriffera mes cheveux en soufflant sur mon visage et derrière mes lunettes - j’aurai de la buée sur les verres. Tout n’est plus qu’une immense boucle, choisir un axe de symétrie concret autour duquel nous tournons tous et regarder devant soi. Dans le taxi qui traverse la nuit, immobilisé dans les ruelles à sens unique par le camion poubelle qui encore ce soir sera le messager de l’aube, je cherche à me souvenir du moment décisif, où j’étais transpercé de l’émotion la plus vraie, devant vous pour la dernière fois, avant que tout ne soit par la suite que la répétition de ces instants ou la recherche avec autrui du retours de ces moments là. Dans la pureté. Vous seule m’avez connu. Le moment retourné. Ah pardon c’est gênant. Vicky abandonne sa position de neutralité et en posant sa tête sur mes genoux elle me parle d’un cœur situé à l’intérieur du ventre et qu’il faudrait atteindre par tous les moyens dans une langue qui roule les R. Consommer la peau. Du dehors au-dedans. Orientations du corps, préférence, inclinaisons, soumissions diverses. Révélations inattendues. Etais-tu telle que je te voyais ? Parfois de l’extérieur je t’observais à l’intérieur, et encore j’échouais à savoir la véritable substance dont tu te composais quand je n’étais pas là.


Bande son idéale: Daft Punk - Technologic (Vitalic Remix)

Structure échos et reflexions par tous les uns

La frontière pointillée entre les espaces définis s’efface dans la nuit. Ce qui disparait c’est une certaine forme de mémoire immédiate, consentie, structurée par le grain visible du jour, les mises en place, les formes, les couleurs, les visages et l’ensemble des décors d’un système qui, si l’on commence à remettre en cause ses présupposés, se tapit dans les coins et manque alors à l’appel - le tissu conjectural se distend puis se retrouve et se heurte à lui même, plisse et se ride, il pèse maintenant par son centre et s’effondre, aspiré et poreux : il s’écroule. Alors percer le rideau par une nouvelle forme d’intuition qui saura tisser des paysages par exemple avec des couleurs et les variables combinatoires de certaines suites mathématiques, déterminer la métastructure reine et faire allégeance au chaos comme seule force décisive et qui prédispose à la gravité et aux magnétismes. Des molécules en flux qui s’affrontent aux récifs du vivant, comme sels oxydants sur les structures carboniques. Analogie mentale contre univers physiques. Sloane, bas résilles et smoke eyes, traverse le plan cosmique et s’allonge sur la table mal essuyée un verre de Gin-Martini-Olives à la main. Retours à la P ce soir pour l’anniversaire open bar de Jean Biton. Les deux Jennifer se tiennent affectueusement par la taille, et Little Joe est le messie intergalactique d’un monde qui n’existe que dans son imagination. Les lieux ont une mémoire, et entre ces murs qui nous ont vu passer souvent, chacun sent en secret une pointe de nostalgie glacée lui tourner dans le ventre avec délice – c’était il y a quelque semaines, nous avons décidé de ne plus revenir, car personne ne savait plus dans ce repère branché qui était censé imiter qui et qui devait s’en offenser. Marijane est dans un coin du bar à étonner tout son parterre à la description d’une soirée particulière avec ses deux Vladimirs. Près d’elle, il me semble reconnaitre Raymond le Dog, chemise à fleur Yushia Milie, bretelles colonel, petit gilet en satin vert moulant et jean taille très basse à ras sur les chevilles, découvrant de petits escarpins marrons à bouts limés, mais quand je lui fais signe, il semble un instant me reconnaître puis se ravise. C’est que juste à côté de moi, derrière ses lunettes à verre réfléchissant Yuritone, sous un chapeau gris à carreau égayé d’une marguerite artificielle, polo Ralph Muren jaune uni, pantalon à lanières et bottines en daim vert d’oie, le véritable Raymond le Dog lui fait face avec insistance dans une position de force muette, prêt à bondir à la gorge et à serrer à la moindre tentative d’approche. Je regarde autour de nous. Orion, véritable avatar et virtuel circonstancié métastasé dans mon cerveau, s’en tient sans dire un mot à l’éthique de Star Wars, reproductible et fiable, force pure contre côté obscur, mais cela manque assez de subtilité en ces circonstances. Eric de La Joya insiste à l’oreille d’une portoricaine au corps apparemment vibratile, quelques grains de sueur perlés qui épousent chacune de ses formes et dont le corps s’alanguit en retours : leur descendance pourrait être l’enfant stellaire. A quelques mètres de là, derrière des montures en écaille et le regard élancé dans le vague comme une poignée de main molle, les rares cheveux éparpillés sur un crâne lustré au plus près, une cravate rouge sur une chemise à carreau épaisse, un gilet de laine tricoté main et des pantalons en velours côtelés, préfiguration certaine d’une mode à venir, seuls les traits du visage varient mais les ressemblances de forme et d’allure font des deux Eric de la Joya chacun le clône de l’autre. Je me sens épié. Un verre de Vodka grenadine à la main, tricot de peau Brigitte Fwkjy, bracelets tressés sur tout l’avant bras, le cheveux humide ou bien gras et la barbe taillée à la serpe, le regard vitreux qui me fixe, col remonté d’un ample pardessus Paul L’oto jusqu’aux oreilles, collants de laine noire sous un short en jean baggy et bottes marrons dépareillées, c’est celui qui semble être le sosie à moi dédié – même si je suis quant à moi parfaitement épilé du visage et du corps depuis la veille, costume à coudière Giorgio Cavole au plus près du corps, chemise à jabot, lunettes volta, cheveux parfaitement peignés et ongles manucurés, petits souliers à boucle vernis enfin, à talons moyenâgeux. Partout tout autour, des clones qui nous ressemblent et que chaque soir nous évitons de croiser, dont l’existence singulière avérée rend la nôtre précaire. Comme nous ils ont les intestins fragiles. Comme nous ils sont cette nouvelle sorte d’aristocratie par filiation et affinités subtiles, habitués aux mets les plus fins. Comme nous ils décident pour d’autres de l’espace et du temps. Mais quand nous dînons avec Philippe Garec, ou bien avec la nièce de la voisine de Luc Besson, ces prototypes dupliqués passent un week end sous les tonnelles en pays Lubéron avec Scarlett et sa sœur, ou se font réveiller en pleine nuit par Cloé S en pleine rupture amoureuse. Si bien que si nos aires d’influence sont les mêmes, la question qui se poserait et que nous fuyions en quittant la P au plus vite serait de savoir véritablement qui se réfère à qui. Personne pourtant, car la nuit est un espace ouvert, et là comme ailleurs on n’est pas sûr vraiment de n’être pas plusieurs. Rares apparitions, la grâce elle est unique, qui disparaît sitôt qu’on s’est approché, drapée parfois dans rideaux de pluie, comme on a des débuts de phrases et on voudrait qu’elles ne finissent jamais. Un corps certes, mais aussi les combinaisons du possible associées. Souvenirs alors, mémoire étendue qui traverse les plans, un relargage récurent et lent. Préciser goût et singularités de chacune des parties. La réverbération en écho de ces petits évènements mentaux est un processus que je n’explique pas, mais saurait on tout expliquer.


Bande son idéale: Tahiti 80 - All around (Yuksek remix)

Contrainte formelle du réel et réciproque situationnelle amphibie



Orion défait sa natte et se lisse les plumes. Tout est vrai mais cela se passe dans mon esprit. Mon avatar me suit partout. Il ne parle jamais. Du coin de l’œil je feins de l’ignorer. Sorte de télépathie de l’instant immédiate et bipartite. Pour Orion, le réel n’est qu’une contrainte formelle. Lui sait que nous regardons en biais, comme orientés depuis le début du mauvais côté. Partout, toujours, il est pour nous le maître de toutes choses et de la conscience interne, et à nous deux il semble que nous sommes à la fois tout ce qui est et tout ce qui n’est pas, deux potentiels chargés de leur propre magnétisme, si parfaitement espacés que l’événement visible ne tarderait pas à en être fulguré. Disons que son apparition rend acceptable une certaine forme de disparition. Chaque chose est un couple d’évènements opposés aux probabilités égales. Rien n’est plus vraiment ce qu’il y paraît, il n’y a plus que ce qui pourrait devenir. Mais Orion n’aime pas les DJ. C’est juste que ces gens n’arrêtent pas de parler avec les phrases des autres me fait il sentir. Comment faire comprendre à ce corps astral issu de mon imagination la valeur pythagoricienne de la répétition de la même boucle simplifiée et hypnotique, respirant pour elle-même d’une certaine façon, comme sous support aux exécutions furieuses d’une basse électronique qui sonne comme le générique TV d’une série américaine des années 80 dans la recomposition du thème mélodique de La soupe aux choux ? Et comment le convaincre du génie, au sens de Musil, de l’enchaînement contre nature d’un break beat insidieux inspiré de la ballade de Pierre et le loup et du nu abyssal de l’électro dogmatique de RamonEye, décatie pour le meilleur, comme le jus du fruit dans le verre (certains diraient aussi que c’est de la musique faible, mais n’est-ce pas là sa force ?) ? Insolent, impertinent, muet comme une carpe, Orion me suit partout, et sa présence me donne l’audace nécessaire à la résolution de certaines situations, insouciance toute situationnelle des sentiments exercés dans la légèreté fractalisée de mon être dirons nous. Au Toro, Raymond le Dog tente d’expliquer à une serveuse qu’il confond avec Amira Casar le sens caché de la série Lost par la lecture de René Daumal. Sloane passe de conversation en conversation, elle porte une longue robe ample à fleur d’une autre saison, et des leggins en cuir noir, aussi des bottes à frange en daim Chantal Musseau. Chacune des deux Jennifer est, en y regardant bien, une tentative d’avatar inversé, déterminée en temps réel, adaptative, convaincue de ses propres atomes. Dans la rue Orion lève la tête et les bras vers les étoiles pour jouer avec son nom. Calmement, il respire les silences par la peau. Au PFC, Michel Michel demande un papier et un crayon pour dessiner sous nos yeux à quoi ressemblerait l’orifice du monde. Grégory Mikhaël nous a rejoint, il écrit un scénario de bande dessinée, un homme qui recommence à jouer avec sa propre personne dans la vraie vie après s’être acheté une console vidéo de marque japonaise, et qui va tomber amoureux d’une étrange femme masquée qui compose des poèmes en forme d’énigme quand la mélancolie granuleuse l’envahit, c’est à dire à la moindre évocation du vieux module Atari VCS 2600 (cette femme porte également en toute circonstance des patins à roulette). Au R, after vernissage de Blank me, No name et AliWood. On quitte pour l’anniversaire du webzine Nevermind à l’A. Aka Lulu est injoignable, mais si l’on compose le numéro de JohnnySunshine c’est lui qui répond. LittleJoe porte une nuque longue, et inaugure ce soir sa magnifique moustache. Fin de soirée subtile au Moonlight et la piscine est à nous. Où nous nous alanguissons sur des sofas de cuir rouge tannés par les injonctions répétées d’un désir envahissant. Où nous ne sommes plus vêtus que de simples pagnes en satin brodé, les pieds nus et les cheveux mouillés, à faire couler toute sorte de sirops pour la toux sur la peau. Où nous explorons les mille et uns petits détails de la mosaïque qui autorise les prises dans le gigantesque bain à remous, tandis que certains font des longueurs. Peut-être sommes nous tous rouges ou peut-être est-ce la lumière du plafonnier qui colore les téguments, réfléchie de corps en corps et toujours plus envahissante. Chacun digère la nuit à sa propre façon. En y réfléchissant je suis un peu embarrassé. Orion ne dit rien. Dehors il fixe le ciel. Un cadran du plafond étoilé lui apparait mal éclairé. De sa main il fait le geste de sortir une ampoule de sa poche imaginaire, puis de la visser sur un socle que nous ne voyons pas –simple mais intense. Sa lumière nous parviendra dans quelques millions d’années.


Bande son idéale: Deceptacon - Le Tigre (DFA remix)

Crème de menthe sur cuir rouge et pastis



Tentative de revivre l'instant, se souvenir. Mouvement pour une perspective temporelle sous une forme acceptable, ensemble des faits réels et imaginaires mis bout à bout pour en arriver là. Remonter jusqu'en haut de l'arborescence, déductions à rebours. Recomposer le passé, puis réinventer le présent. Une certaine forme de réalité qui se matérialise. Livré au rêve dans un espace exigu. Fil attaché au plafond d'un véhicule lancé à pleine vitesse mais immobile pour un volume d’attraction par tous les sommets. Les parties s’exercent à de nouveaux rapports, et persistance inquiétante au contact d'une nouvelle géométrie d'intention. En somme, tout va pour le mieux. En somme, un grand lustre au hasard. Oui, mais c'est un lustre objectif, et qui en impose à tous les chambranles de porte. La réalité est une onde qui se répond à elle même dit Eric de la Joya, nous sommes des vibrations chacun sur une certaine fréquence dans la théorie physique des supercordes. Au Dash, DJ Valhala et Roméo de Marseille réinventent le custom digital. Crème de menthe pour moi, pastis délicat pour Nataliana, je porte un jean noir slim Myaki, des bottines caramel vieillies et croûtées de cire chaude, une chemise à gros carreaux bleue négligemment ouverte sur un tee shirt orange My lips is Your lips, et des lunettes Infinit blanches (montures à rayures rouges/bleues selon la lumière), code sensuel et discret pour initiés - urbain et définitivement contemporain. Au Panic! Axel Brie de Maux et Was is Was animent la soirée RSPCT (Rebel Similitude Party Currency Tactile). Dans l'immense atelier en pierres apparentes reconverti pour l'occasion en labyrinthe mental, des pièces qui s'ouvrent sur d'autres pièces comme des roses mystiques. Des invités incognito derrière un masque de lucha libre. Strip tease à la demande d'une jeune mannequin paraguayenne. Deux mages sikh appuient sur tes yeux et t'imposent leurs visions. Dans la salle au fond, spectacle comique érotique et vain, sept minutes de danse rotative d'une femme à la peau talquée. Le long couloirs souterrain se transforme en corridor à explorer, sorte d'énigme psychique d'importance primordiale. Joachim(exakaLulu) a un sens de l'orientation tout particulier, on pousse plus loin et dans le noir, les évènements se précipitent, Nataliana est en robe fendue et ses petits talons cherchent appui dans la poussière du sol, certains prises sont assurées et d'autres échappent à tout contrôle, nous ne sommes pas seuls, des ombres nous observent, on ressort à l'autre bout de la rue par une porte en fer rouillée qui grince comme dans un film. Je me rends compte que j'ai du tomber trois ou quatre fois à la recherche d'un équilibre particulier, mes vêtements, mes cheveux sont recouverts de cendre, j'ai une plaie ouverte à la main et qui saigne: vintage et clinique à la fois, rouge sur blanc aussi d'un certain point de vue. Sloane est non négociable ce soir, pantalon de cuir moulant noir Herman H, le doux frottement de cette peau contre sa peau au son bien appuyé nous provoque à chacun des mouvements qu'elle exagère de façon délibérée. Raymond le Dog est à Cannes au Balroom pendant le Midem, backstage à boire de la vodka sirupeuse avec deux hollandaises du groupe Spankme pendant les DJ set de ElectroVaillant et Myjuicerecords, une bouffée de madeleine au téléphone, souvenirs, entrées que nous faisions par la cuisine du Martinez quand nous avions seize ans pendant le festival, les concours de pompes à même le sol pour impressionner une animatrice météo, les irruptions sans crier gare dans les chambres d'hôtel qui servaient pour l'occasion de salons de réception discrets et assez particuliers, les passages sur les plateaux TV, à boire au bar en coulisse des cocktails punch coco en compagnie d'actrices débutantes à l'accent chantant et à la naïveté éreintante en se faisant passer pour les agents d'un producteur italien. Little Joe lui appelle de South Brooklyn Central, le commissariat, où il a droit à un coup de fil et ce n'est pas très malin car il préfère me raconter sa vie plutôt que de prévenir son avocat - communication interrompue depuis l'espace. Au même moment, c'est la soirée évènement au PE pour le retour de Jean Louis C, propre sur lui du surcroît. Où l'on croise Sebastien T de retours de Majorque et aromatisé au Metropolitan, et aussi LolitaP en robe rouge quadrillée qui nous parle de ses amis formidables dans le Zurich underground (au Paradisio). Brodinsky, Valinsky, Courtevilsky et Alvin VonNada forment le collectif Presque-sky, une interprétation sonore et puissante à huit bras d'une nécessité sombre qui précède de peu la fin du monde logique. Au B, Metal Soap Orchestra et Tartine de Foie font irruption aux platines pour un mix spontané. Là, sur les canapés de cuir rouge, frottés ci et là jusqu'à en devenir râpés comme une peau blessée, ou bien debout au bar, immobile, une coupe mauve à la main aux effets iridescents, comme sur des remparts, nous voyons s'échouer en bas la fin de la vague de la nuit, qui vient lécher les orteils et exciter les sens. Nataliana dans le taxi arrêté devant chez elle dessine son nom secret sur les vitres embuées. Agrippées par l’émail, des perles de connections enfilées le long de ce qui est tout à relier jusqu’à la pendule du sens à rebours. Je ne cicatrise plus.
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Bande son idéale: Yuksek - Tonight (Radio edit)

Une apparition dificilement explicable



Personne dans la rue ne parle plus jamais tout seul : on parle à son téléphone, même si c’est un téléphone imaginaire. Autre: on peut parler à quelqu’un, rien ne prouve qu’on n’est pas seul (on ne décide pas toujours bien entendu). Cédric Attias del Curatolo a composé un spectacle vivant sur l’absence signifiante appelé Membrefantôme – un homme parcourt les rues de la ville la nuit en vélo en se racontant sa propre histoire pendant 2h28, il dessine sur les murs des organigrammes complexes, panneaux 4 par 8, cases décisionnelles pour chaque question avec son lot de connectivité et flèches interrelationnelles, tentatives d’explication du réel et d’extraction d’une substance autonome cristal de sens, on comprend qu’une femme l’a quitté, ou peut-être est-ce un homme, ou juste un fantasme aussi, peut-être ne sommes nous pas là d’ailleurs, et il compose pour finir d’étranges sculptures sous les ponts avec des fragments de verre brisé, une arche à relier deux points éloignés du temps dit-il - à voir dans la cour couverte du centre culturel finlandais. UnknIgno lui fait sa première, un évènement hard punk et poétique intitulé De l’un de l’âme, un tour de force de 6h14 en gravitation autour d’une femme polymorphe belle et laide à la fois et qui fait passer le corps par tous les états de la matière, et son amant perdu en rêve dans les ruines de Dresde finit par rencontrer en haut de la colline l’alchimiste inventeur de la couleur bleu profond qui sait prédire l’avenir – c’est tout simple en fait : ne pas imaginer la flèche du temps comme une direction probable, mais plutôt vivre dans un méta-temps où passé présent et futur sont concomitants et où les évènements sont tous liés de façon extrêmement intriqués. La Sybille est de passage avec Exode dit Osmose qui dispense gratuitement des cours d’économie à la terrasse des cafés. Mon ostéopathe porte mieux que quiconque les souliers blancs vernis de Meli Murano avec un petit jean slim gris taille basse négligent. Nataliana nous a rejoint, elle porte des boucles d’oreille totems de tribu huronne et rien ne semble mieux convenir ce soir. Sloane précipite les choses : l’étendue de tous les instants est agglutinée, on se retrouve chez un styliste italien à deux pas de là dans un appartement découpé en dix neufs boxs à thème – chiffres, couleurs…Je suis dans le pourpre. Soudain sans que l’on comprenne pourquoi Johnny Sunshinne aka Slim R aka Aka Lulu quitte la soirée furieux, l’alcool diraient certains mais c’est peut-être aussi dans son tempérament. La femme médecin aime le mot capacitatif. C’est la totalité probable en un point donné pour le défricheur de mots. C’est la masse des mécaniques qui sont accumulées dit Eric de la Joya. C’est le mouvement trop vite ou trop lent de tout ce qu’on ne verra pas bouger. C’est la dynamique de l’inerte surprend Raymond le Dog. C’est l’ordre de tirer mis en suspend, on attend, c’est le pouvoir d’y croire, c’est le rôdeur dans l’ombre, c’est le ventre qui gronde, c’est juste avant d’ouvrir les yeux, c’est la rencontre illusoire contre un chambranle de porte de conjonctions qui ignorent tout des fils de leurs apparitions, c’est la projection de deux golems de volonté propre l’un contre l’autre – Jean le biton gagne. Sloane a les cheveux électriques, véritables antennes sensitives à capter tout ce qui se passe autour et qu’on ne soupçonnerait pas. Elle et ses deux Jennifer commencent leurs ablutions pour un rituel complet de purification. Au P pour finir, DJ Marcel/Viande manie l’attente du dénouement et la promesse d’une récompense sévère mais juste dans un mix électro infatigable. Little Joe porte un tee shirt Suck my kiss acheté par correspondance sur la toile. Nataliana est une sirène aux formes changeantes, une créature en suspension dont les multiples jambes m’enserrent par la taille et m’enlacent dans une étreinte inqualifiable, ses ongles m’appuient brièvement sur la nuque et la douleur est exquise, et cette scène se répète en boucle dans mon souvenir comme si je l’avais déjà vécue avant même qu’elle ne se produise, avec la même précision et la même impression d’inquiétante étrangeté, et maintenant que je cherche à comprendre sa force énigmatique est multipliée encore par elle même. Jusqu’au souvenir même, boucle autonome et qui seul continuera d’exister. Par les mots ici,

structuration mentale d’une pensée

jusqu’alors inconnue.

Phrases/poutres+chapitres/étages/plateaux=> architecture réciproque et texte comme irruption dans ta vie. Métaforme circulaire et auto alimentée, vie autonome comme métastasée dans cerveau cible.

Bande son idéale: David Bowie - Heroes

Précis de curiosités désirables avec oiseaux de proie


Pour ceux que ces quelques lignes exaspèrent quotidiennement sachez que Jean Henri me donne très régulièrement une bonne leçon et que ses bottines de Street Fight viennent frotter tout contre mon nez de façon bi hebdomadaire lors de nos rendez vous un peu spéciaux près de la gare Saint Lazare. Là, dans le cabinet de dentiste de son cousin dont les locaux sont immenses, dans la salle d’attente et tout près du piano à queue, nous nous efforçons pendant plus d’une heure dans un rituel réglé d’avance, et il me distille ça et là ses conseils entre deux pas chassés dans mon nez, lors de nos cours de boxe française. Jean Henri porte des chaînes en or autour du cou et des gants 10oz Nike, tenue noire de rigueur, et il se déplace avec son attachée de presse qui prend les rendez vous, bustier exagérément ouvert assise dans le canapé Starck ou sur le tabouret à roulette, à faire la toupie tandis que je savoure le goût des semelles – Jean Henri est un champion international de boxe masquée. La sœur de Jean Henri aime aussi s’entrainer contre moi, mais alors je pratique un corps à corps exagérément soutenu, et lorsque nos sueurs se touchent la tension atteint son comble et nous ne finissons plus qu’épuisés et roulés en boule sur le parquet, l’un contre l’autre, c’est assez tendre quand on y pense étant donné le contexte. Puis la douche et le soin de peau. Les courses de survie au Monoprix de Bastille, idéal pour les rencontres urbaines, à guetter dans les petits paniers rouges l’étalage d’une vie de célibataire, et à proposer des yeux un rendez vous le soir même en atmosphère confinée. Sloane et les deux Jennifer sont prises ce soir, soirée à thème : le tupperware. On amène ce qu’on a et à chaque pot son couvercle. Eric de La Joya explore toutes les formes de l’amour urbain par les réseaux virtuels, et son messenger propose en première intention une nuit d’amour toute en grâce et coordination, des plateaux de fruit qui allongent le temps et qui retiennent le regard, une nuit une seule, oui mais comme une vie. Michel Michel est à Berlin avec une américaine du Wisconsin qu’il a rencontré dans un bar à eau. Dehors il fait froid. Dedans il sent se lever l’une après l’autre des vagues d’hystérie qui s’échouent sur le bord du lit. Retours demain dans la matinée envisagé. Apéritif au Petit M après la séance photo de Madonna pour Vuiton. Marcel, le patron, se souvient d’une femme très courtoise aux jambes écartelées par les poses et portées par des chaussures à talon brillantes Monica Lampard, aux cheveux dorés, au maquillage impeccable et au français approximatif. Mais elle sentirait un peu l’ammoniac. Dîner avec mon ostéopathe et Le Gecko dans un restaurant sarde où le patron laisse les bons clients s’allumer un long cigare en salle. Mon téléphone sonne et je le considère avec crédulité : un numéro masqué, encore, et qui ne dit rien lorsque je décroche. Peut-être que c’est là le message. Peut-être qu’il faut juste en savoir ce que j’en pense. Ces temps ci, je développe d’étranges pouvoirs télépathiques et qui ne me servent à rien ; par exemple je peux prédire exactement qui a envie de pisser autour de moi et quand. Les ardeurs de la soirée sont immédiatement calmées par la température extérieure, malgré toute l’honnêteté de nos préparatifs minutieux et amoureux. Impression de basculer dans un monde parallèle au bruit de talons des baskets d’un passant devant moi. Quelque chose ne colle pas. Le caoutchouc ne peut pas résonner si fort ou si sec contre le pavé glacé. Le gros œuvre dans les détails. Un décalage étrange. Une distance se crée, une trouée dans la réalité. Je n’ai rien pour noter mes pensées, car l’exercice d’écrire permet de dérouler le fil de la pelote du temps jusqu’à une conclusion, fut-elle temporaire. Aussi je fais le choix de m’appeler au téléphone pour me laisser un message. J’attends de tomber sur le répondeur, une invitation un peu spéciale que j’ai composé une nuit en pinçant les cordes d’un Ukulélé dans la cuisine de la sœur de Colin F à Brooklyn. Au bout de la ligne, le téléphone sonne dans le vide. Alors boucle passerelle / axe perpendiculaire à la ligne de lecture des évènements. Je suis le numéro masqué dans le froid de la nuit. Sur le pont de Sully, un oiseau de proie qui n’existe pas dans la ville, sorte d’apparition ou bien aussi d’hallucination, les communications biochimiques inter synaptiques dans mon cerveau baignent c’est assez clair dans une eau glaciale qui brouille le message. Owl dans la nuit, et je suis si surpris et je l’aime tant alors que je le regarde s’envoler et disparaître un peu ahuri, puis quand il est loin je lui crie : reviens ici. Traversée de la Seine nécessaire on l’aura compris, à l’émergence d’une nouvelle forme de conscience indicible et supra cognitive. A l’hôtel GV, Little Joe tente de se faire passer pour la moitié de Daft Punk pour approcher David Bowie au bar. Soirée d’anniversaire de mon éditrice, mais l’ennui gagne. Malika, une brune allemande, frange et petit carré, des yeux noirs très profonds, des jambes immenses, nous invite à la suivre et on rejoint Guido de la friperie en bas. Dans l’immeuble au troisième étage d’une galerie d’art contemporain célèbre (Paris NYC Milan), c’est une soirée naturiste qui s’organise. Les filles posent dans la rue à moitié nues devant la vitrine du fleuriste. Dans les étages, on n’a pas le droit de faire du bruit. Sur le pallier on nous confirme : il faudra bien se déshabiller. Tout est possible je dis. De sous la porte et de l’intérieur coule à nos pieds un liquide brunâtre et épais. La porte s’ouvre. Guido vient de la part de S. C’est moi S on nous dit. Malika avance dans la pièce comme une reine. Je la suis. Soupirs. Les sens en éveil, dans le noir. J’entends : « bon courage ». On pousse une porte. Une étrange musique qui n’existe pas dans la tête, un fond de verre disco/jungle sirupeux. Malika récite Schopenhauer dans le noir, à voix basse, pour elle-même. « L’amant est près à abandonner tous les biens du monde pour dormir à côté de cette femme impuissante à lui donner plus de jouissance qu’une autre, dit-elle. La passion s’éteint par la jouissance. A la grande surprise des amants ». Il est cependant prévu d’échanger les corps. Biologiquement nous sommes tous uniques. C’est mieux ainsi.

Bande son idéale : Pizzicato five - Twiggy twiggy

Résolution électronique



Dans le métro de 6 heures du matin, sur les deux sièges qu’elle occupe de son seul séant, les cheveux gras et abîmés, le faciès vultueux et exalté, elle invective les passagers en se grattant les croûtes du genoux droit, puis elle se met à hurler « coucher avec l’homme à hauteur du corps par bonds électroniques à distance» ad lib – sublime. En haut de l’escalator, deux canettes de boisson énergétique coincées entre le mouvement de la marche mécanique qui se renouvelle sans cesse et l’immobilité du rebord métallique roulent sur elles mêmes, métal contre métal, atome contre atome, friction, deux volumes espacés avancent immobile séparés par une distance que l’on ne peut vraiment mesurer, parallèles. Ca va de mieux en mieux. Michel Michel en pantalon de velours mauve et lunettes de soleil vissées sur le crâne est fasciné par la précision des gestes des colleurs d’affiche – papier plaqué contre mur, dans le même mouvement recto-verso imbibé d’eau savonneuse, l’encre se révèle et la colle de l’autre côté. Deux univers se côtoient, se regardent mais ne se comprennent pas, tous deux de coordonnées exactement éloignées sur la courbe sinusoïdale de la force d’interaction sociale de Moore. Comment en sommes nous arrivés là ? C’est un concours de circonstance comme on les adore. L’avenir n’est pas une rallonge. On ne peut rien savoir à l’avance. Les heures passaient comme la peau se détache du serpent. Tentative de description d’évènements perpendiculaires entre eux. Nous soulevions l’idée de certaines adresses délicates à la peau. Sloane cambrait son corps, étirait les bras et inclinait le buste jusqu’à l’horizontal sans jamais déroger à une verticalité parfaite en suivant les conseils de son coach virtuel – Dominique - lors d’une séance de WiiFit, ses incroyables pieds parfaits bien à plat sur la planche électronique. Nous suivions tous les mouvements de son corps par le plexus de nos ventres et il se créait une atmosphère d’intention physique insoutenable. Jennifer prenait son bain, et Jennifer lui lavait les cheveux. La porte restait toujours ouverte. Slim R. aka Aka Lulu souhaitait désormais être appelé Johnnywood Sunshine - mais quelle était donc sa véritable identité à l’origine ? – et représenté ici sous les traits d’un chat, mais je ne m’y résoudrai pas. Ca s’accélère. Coucher de quartier de lune rousse sur les toits. Soirée Total Todo malgré rien. Little Joe prononce un discours vitupérant qui sonne comme une épitaphe au M. Jeff R prend les platines, mais est repoussé par Soulbasikorchestra. Battle fight. Chacun mix pour soi. Soirée No-No dans le VIIIe chez le fils d’un acteur français dont le nom commence par A, finit par L et dont les trois derniers chiffres de téléphone portable sont 891. Michel Michel veut goûter le kebbab de chez Fauchon. Tiens Raymond Le Dog était là, tout rembruni après 6 heures d’exposition à une lampe à UV achetée sur internet. La Sybille arrive tout droit de son pays : c’est là qu’elle dormira ce soir. On consulte l’Oracle. Joue avec les joueurs me dit-elle avec un sourire entendu. Dans la cuisine, c’est un revival des valeurs aristocratiques : caviar, saumon sur blinis et vodka frappée. Pas d’olive ce soir donc. Vingt trois invités surprise par le premier métro. L’essentiel de la soirée retiendra nos noms. On se quitte sur une chanson paillarde serbe déclamée par un Little Joe des grands soirs sur un ton très sûr de mage moghol. Puis apposition des mains : le feu est en nous. Les lèvres et le blanc de l’œil sont pourtant instantanément gelés dès que nous franchissons le porche, porte fermée, code oublié, interphone en panne, aucun recours ni rebours possible. Fuite éperdue toutes jambes vers l’avant matin calme brume aux poings avec dans la main droite le fond d’une Zubrowska translucide dans son écrin de verre et dans la main gauche Nataliana, une princesse slave de rang divin qui s’est décidée à nous suivre. Par-dessous la ville on chemine dans les réseaux tectoniques. Eric de La Joya est à Goa mais on a les clés. Le bois craque et gronde dans l’immense appartement comme on marche sur son dos d’animal géant. Partout sur le mur des photos de Roger Federer. Nataliana s’approche du piano, s’assoit sur le petit tabouret de velours à damier et penche son corps sur le bois comme sur celui d’un amant merveilleux, Rachmaninov, Les variations Corelli. Soudain alors au plafond, des nuages aux cinq couleurs dans le ciel. Des résolutions comme une évidence: souffler sur soi de puissantes vagues de don, se transformer en statues libres de tout problème, demeurer dans l’action spontanée. Lorsque l’équilibre se déplacera, c’est cet équilibre même qui fera débat.

Bande son idéale : Wu Tang – Fast Shadow

Pur/impur



Jour d'après le lendemain du soir où Little Joe a inhalé de l'aspartam. Retrouvailles au BC pour tous ceux dont les molécules ont changé. Sloane a pris froid sur le toit de l'hôtel M l'autre soir pour une célèbre marque de rasoirs dont ses jambes sont ambassadrices. Aka Lulu préfère désormais qu'on l'appelle Mad Professor, mais ce serait le confondre avec Slim R. à Williamsburg qui a décidé lui aussi de changer d'identité. On tranche: Aka Lulu sera désormais Slim R. Eric de La joya a passé le nouvel an sur le parking d'un Ed en banlieue nord de Paris, sorte d'expérience nihiliste décomplexée. Raymond le Dog ne trouve plus le sommeil depuis deux nuits, complètement électrisé et spastique, car dans les veines coulaient encore les excipients accumulés de boissons énergétiques absorbées et la strychnine qui fait serrer la gueule. On discute de l'ouverture prochaine de l'I. Bitchy José est de retour de San Diego et rien n'a changé mais on se fait prier pour l'admettre. Soirée K dans un célèbre club sur Pigalle. DJ Aïkdo puis PW aux platines. Set électro/debriefing. Open bar soft drink pour le foie. Retrouver la pureté. Eliminer les toxiques. Soirée Aztèque chez C, qui toute la nuit sera la déesse Chxchxtli, maîtresse des pendentifs et des colliers. Une nouvelle occasion de dénoncer l'immersion forcée dans l'hyper réel en créant un théâtre sacré dit-elle. Roman P torse nu et vêtu d'un simple pagne végétal s'entretient avec Françoise B. Smith and Smith déroulent un mix électro trash. Roman P se penche et susurre à l'oreille une phrase interminable en prenant des airs de serpent. L'idée semble faire son chemin par où B ne pensait pas. Nous voilà rendus à une nouvelle forme d'évidence. Tous voient plus clairs dans la nuit. Nous sommes dépourvus d'emballage, et l'orifice vide du monde menace devant l'absence de réceptacle, et le vide se nourrit du vide, simplicité incompréhensible. Vertige. La soirée se décompose en somme et parties. Il n'y a plus que des attitudes. Nous marchons sur des chemins de sable passé au tamis. J'essaie de retrouver une certaine forme de contenance. La coupe du temps s’est alors remplie de matière humaine et de scènes intentionnelles à boire avant dissolution poussière. Au milieu de la pièce j'étais en secret le chantre du langage inverse, et j'en usais pour faire disparaître les couleurs, les formes, le volume, l’Espace et le Temps jusqu’à la nudité figure d’homme, mouvement de descente vers le sol des pas frappés où nous irions. J’étais une séquence un jour par seconde de manière psychiatrique. J’étais aussi une pierre homme à plonger au cœur du puits des choses. J’étais l’homme aux chiffres et le présent qui passait entre nous je le cotais. J’étais la théorie du complot et le catastrophisme imminent dans des réseaux virtuels, et la résonance de la terre qui était de 7.8Hz depuis des milliers d’année se modifiait jusqu’à atteindre 12 Hz, et voilà pourquoi le temps s’accélérait. On m'attrapait par le bras pour me forcer à écouter des enchaînements de mots dont je ne percevais plus le sens ni l'ordre formel. Une certaine forme de chimie s'éveillait en moi, comme un retour de trip d'on ne sait plus quelle date, soudain et effrayant, me saisissait et figeait mon sourire en un rictus immotivé et catatonique. Métabolisation de la mémoire, proue de ce navire qui avance dans la nuit: nous. Sloane divertissait les convives en distribuant de petits papiers buvards sur lesquelles elle avait déposé un délicieux petit glaviot blanc, perlé et pur comme la nacre, et il convenait d'agiter son feuillet en la suivant dans un mouvement que l'on voulait gracieux. Plus tard, le reliquat séché sur le papier absorbant en aurait imprégné la structure et dessiné de nouvelles formes de densités allongées, auxquelles il faudrait donner un nom avant de se les coller sur le front comme dernier ornement. Il était temps de rentrer.




Bande son idéale: SebastiAn - Walkman


Nuit blue néon fumée



On se retrouve comme d'habitude à la table du fond en train de siroter un gin vodka quatre olives ou bien un mojito coco. Sloane est New Yorkaise ce soir, elle porte son fuseau rose flashy et pied de poule antisocial, ses cheveux sont gras, ses yeux lourdement maquillés de khol, et le rouge de ses lèvres tire sur les aigües, une des deux Jennifer qui l'accompagnent en essuiera le bord avec une petite serviette carrée R Club. Sono basse pression à l'heure de commencer la soirée, Timide Ohara et Vleria Suicidal Club s'enchainent aux platines, sorte de mélange de rock tzigane berbère et de minimalisme allemand mais venant du Danemark. Michel Michel rentre de sa tournée promotionnelle au Japon, et il en a profité pour faire un reportage photo sur ces kids qui pêchent dans le métro de Tokyo et sur les âmas. Vernissage pour tous, ce soir encore nous sommes neufs à nouveau et dix à ouvrir les portes de la galerie LH pour prophétiser la mort du concept et l'avènement d'une nouvelle ère post consumériste à tout prix: la sandalle comme étalon de représentation. BabylGirl estampe chaque oeuvre d'un "Approuvé" ou "Non approuvé", on a rendez vous chez Little Joe dans l'est. Dans les taxis, conversations au choix sur les bienfaits d'une irradiation à petite dose au long cours comme mithridatisation ou la façon de bien extraire son grain de peyolt. Jim nous rejoint, il revient d'une quête de vision à l'ayauascua en pays basque, et ça me rappelle qu'en cas d'abduction, la seule chose qui est vrai, c'est la douleur des sondes dans le corps - tout le reste n'est que poésie. Retours à la réalité, Little Joe finit sa pizza quatre fromages, sa copine a les pupilles dilatées mais elle dit ne prendre que de l'amour en doses, dans les WC le mur blanc monochrome est traversé par le mot Hémoglobine en lettres rouge sang. Little Joe compose d'étranges cocktails sirupeux à base de fruits inconnus, et nous propose de mélanger nos fluides dans le shacker mais il est l'heure. Little Joe s'habille alors, réalisant qu'il est nu, et dehors le froid nous plaque contre le mur pour une fouille au corps. Dernier passage au Carmina avant de passer la foule pour l'entrée du SV, où DJ Truisme manque de s'arracher un oeil en voyant Sloane sculpturale se hisser jusqu'à lui pour lui demander de passer les Mohicans, private joke délavée et que personne ne pourra partager, mais Truisme n'entends pas, enlève son casque d'une oreille et penche sa tête sur le côté, et apparemment souffre d'apraxie relative puisqu'il s'enfonce la paille de son soft drink dans l'oeil droit. Sloane est déjà loin sur la piste, elle transpire et tous ont envie de frotter cette peau avec sa peau. Dehors la nuit vaporeuse bleue néon fumée encourage les originalités affectives. Nos vies et nos actes dans le secret échappent alors à toute logique explicative. Jusqu’au matin la lumière de la lampe de chevet près du lit se refléte dans le miroir, diffractions lumineuses ondulatoires sur la pâle pelure rigide et stratiforme du réel. Adjoindre une infinité d’éléments conjugués à la scène.



Bande son idéale: Intergalactic - The Beastie Boys