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Contrainte formelle du réel et réciproque situationnelle amphibie



Orion défait sa natte et se lisse les plumes. Tout est vrai mais cela se passe dans mon esprit. Mon avatar me suit partout. Il ne parle jamais. Du coin de l’œil je feins de l’ignorer. Sorte de télépathie de l’instant immédiate et bipartite. Pour Orion, le réel n’est qu’une contrainte formelle. Lui sait que nous regardons en biais, comme orientés depuis le début du mauvais côté. Partout, toujours, il est pour nous le maître de toutes choses et de la conscience interne, et à nous deux il semble que nous sommes à la fois tout ce qui est et tout ce qui n’est pas, deux potentiels chargés de leur propre magnétisme, si parfaitement espacés que l’événement visible ne tarderait pas à en être fulguré. Disons que son apparition rend acceptable une certaine forme de disparition. Chaque chose est un couple d’évènements opposés aux probabilités égales. Rien n’est plus vraiment ce qu’il y paraît, il n’y a plus que ce qui pourrait devenir. Mais Orion n’aime pas les DJ. C’est juste que ces gens n’arrêtent pas de parler avec les phrases des autres me fait il sentir. Comment faire comprendre à ce corps astral issu de mon imagination la valeur pythagoricienne de la répétition de la même boucle simplifiée et hypnotique, respirant pour elle-même d’une certaine façon, comme sous support aux exécutions furieuses d’une basse électronique qui sonne comme le générique TV d’une série américaine des années 80 dans la recomposition du thème mélodique de La soupe aux choux ? Et comment le convaincre du génie, au sens de Musil, de l’enchaînement contre nature d’un break beat insidieux inspiré de la ballade de Pierre et le loup et du nu abyssal de l’électro dogmatique de RamonEye, décatie pour le meilleur, comme le jus du fruit dans le verre (certains diraient aussi que c’est de la musique faible, mais n’est-ce pas là sa force ?) ? Insolent, impertinent, muet comme une carpe, Orion me suit partout, et sa présence me donne l’audace nécessaire à la résolution de certaines situations, insouciance toute situationnelle des sentiments exercés dans la légèreté fractalisée de mon être dirons nous. Au Toro, Raymond le Dog tente d’expliquer à une serveuse qu’il confond avec Amira Casar le sens caché de la série Lost par la lecture de René Daumal. Sloane passe de conversation en conversation, elle porte une longue robe ample à fleur d’une autre saison, et des leggins en cuir noir, aussi des bottes à frange en daim Chantal Musseau. Chacune des deux Jennifer est, en y regardant bien, une tentative d’avatar inversé, déterminée en temps réel, adaptative, convaincue de ses propres atomes. Dans la rue Orion lève la tête et les bras vers les étoiles pour jouer avec son nom. Calmement, il respire les silences par la peau. Au PFC, Michel Michel demande un papier et un crayon pour dessiner sous nos yeux à quoi ressemblerait l’orifice du monde. Grégory Mikhaël nous a rejoint, il écrit un scénario de bande dessinée, un homme qui recommence à jouer avec sa propre personne dans la vraie vie après s’être acheté une console vidéo de marque japonaise, et qui va tomber amoureux d’une étrange femme masquée qui compose des poèmes en forme d’énigme quand la mélancolie granuleuse l’envahit, c’est à dire à la moindre évocation du vieux module Atari VCS 2600 (cette femme porte également en toute circonstance des patins à roulette). Au R, after vernissage de Blank me, No name et AliWood. On quitte pour l’anniversaire du webzine Nevermind à l’A. Aka Lulu est injoignable, mais si l’on compose le numéro de JohnnySunshine c’est lui qui répond. LittleJoe porte une nuque longue, et inaugure ce soir sa magnifique moustache. Fin de soirée subtile au Moonlight et la piscine est à nous. Où nous nous alanguissons sur des sofas de cuir rouge tannés par les injonctions répétées d’un désir envahissant. Où nous ne sommes plus vêtus que de simples pagnes en satin brodé, les pieds nus et les cheveux mouillés, à faire couler toute sorte de sirops pour la toux sur la peau. Où nous explorons les mille et uns petits détails de la mosaïque qui autorise les prises dans le gigantesque bain à remous, tandis que certains font des longueurs. Peut-être sommes nous tous rouges ou peut-être est-ce la lumière du plafonnier qui colore les téguments, réfléchie de corps en corps et toujours plus envahissante. Chacun digère la nuit à sa propre façon. En y réfléchissant je suis un peu embarrassé. Orion ne dit rien. Dehors il fixe le ciel. Un cadran du plafond étoilé lui apparait mal éclairé. De sa main il fait le geste de sortir une ampoule de sa poche imaginaire, puis de la visser sur un socle que nous ne voyons pas –simple mais intense. Sa lumière nous parviendra dans quelques millions d’années.


Bande son idéale: Deceptacon - Le Tigre (DFA remix)

Dieu et le doigt



Photons d’or, particules illuminées, air en suspension poussière, traversée de la lumière à travers le vitrail prisme du réel, nous en sommes là, bien peu de choses au regard du monde qui s’agite et s’accélère tout autour, parler tout seul dans un téléphone imaginaire, changer de place dans le métro avant que ça coupe mais le train avance et la Terre tourne, cela n’a pas la moindre importance, ou bien alors c’est primordial, parce que nous sommes ce qui est vivant et qu’il n’y a que nous pour raconter, des écailles de surface dans le thé de la veille, une lampe à frotter, et je cherche à comprendre, flux inversé, tentatives de descriptions d’un même évènement multipliées par elles même : limites de l’exercice du réveil. Comprendre un phénomène, établir son modèle reproductible, en tous points. Identifier le point d’inflexion par lequel se reflètent indéfiniment ces particularités communes de mécanisme et d’allure, en repérer les d’analogies, en établir les ressemblances en terme d’égalité. Étendre ces observations à l’étude d’un phénomène quelconque y compris humain. Mécanique neuve et reproductible de l’âme. Etablir/classer les ressemblances d’allure, les ressemblances des rôles en types de rôles, les affinités de mécanismes. Par exemple, l’avant-veille, Sloane qui n’aime que la légèreté se lie d’amitié au Pinup avec Anita, une néozélandaise extrêmement futile et drôle qui vit depuis deux ans à Paris sans parler le français, nounou libertine pour grands enfants bilingues le jour, hôtesse d’accompagnement pour établissements de couples la nuit - 50 E de l’heure pour ne consommer que ce qu’elle désire, et auto proclamée film director depuis qu’elle se met en scène dans une petite série très amusante sous forme de webisodes décalés sur deux danseurs contemporains persuadés de leur importance, utilisant chaque élément de la rue pour rechorégraphier le monde. Chacun fait ce qu’il peut, derrière le masque les rêves sont aussi complexes et aussi vrais que le monde matériel est tangible. Cette légèreté n’est pas pour nous déplaire, et en plus de nous divertir, elle nous renvoie à une angoisse importante : la peur de la mort, et c’est par là mieux encore apprendre à se connaître, c’est du moins ce que pense Grégory Mikhaël quand on l’interroge. Lui se voit plutôt en observateur et clinicien de nos nuits pour son prochain livre, à disséquer chaque épaisseur pour en arriver au muscle qui vibre sous le bistouri électrique en produisant une délicieuse odeur de fumet : la chair, le corps, la carcasse à désosser, jusqu’à toucher l’esprit du doigt. On suit Anita chez Martienne, néo/punk/postmoderne américaine fan de manga et qui vivait à London à Camden Town du temps où les coiffeurs espagnols rasaient la tête des clients à blanc assis sur des sièges de WC arrachés aux murs et déposés là dans la rue, on ne sait pas pourquoi elle nous parle de ça. Elle a décidé à sa manière d’entrer dans les ordres, et elle ne peint plus que des figures religieuses avec des visages d’oiseaux. Débat qui s’ensuit : coucher avec une religieuse, est-ce un exercice spirituel ? Raymond le Dog et la femme médecin nous retrouvent au B pour la soirée MissK. Backstage, la réalité par derrière, vodka/lemon et campari/orange sont un étrange mélange, arrivés au bord de la transe par l’hypnotisme répétitif de l’électro minimale et les basses cadencées qui désormais sont les seuls éléments du réel à passer le filtre. Dieu est parmi nous en train d’écraser sa cigarette par terre et de boire au goulot, il porte un tee shirt blanc Fire walk with me, le poignet est habillé de bracelets brésiliens multicolores, les pieds nus, de taille moyenne, les épaules maigre et le poil mal taillé, son jean taille basse se maintient par la grâce juste en dessous du pubis, il tourne sur lui-même les bras tendus une bouteille dans chaque main et par miracle il ne fait que nous frôler comme un vent tiède alcoolisé à 40 degrés. After show au C à Bourse, mon ostéopathe sirote un cocktail mauve avec Brian M, le chanteur d’un groupe luxembourgeois international. Michel Michel décide de vivre selon les principes kantiens. Dans un monde sans mensonge, et par là, dans la paix éternelle. Ceci n’est applicable à priori que si l’on épouse tous les mêmes principes, au nom de l’égalité des consciences. Mais à y creuser de plus près, quelle est la nécessité de dire toujours la vérité ? Imaginons un dialogue dans un monde parfait : -Vous êtes très belle. –C’est vrai ? – Non, mais vous avez les lèvres bien épaisses et une poitrine avantageuse, ce qui excite ma concentration de testostérone et me donne envie irrémédiablement de faire l’amour. Quel ennui. Ce serait un monde où on supplierait de mentir. Alors Dieu ou n’importe qui d’autre descendrait sur Terre et fait homme en rasta allemand touffu, il toucherait la vérité du doigt pour la changer en verbe, et il se mettrait à raconter des histoires qui seraient vraies ou bien qui ne le seraient pas pendant près de quatorze heures au Rex dans l’angle mort à côté du bar pendant que Laurent G repousserait pour nous les limites du réel à coups d’éléments sonores comme s’il n’y avait pas de lendemain, et nous sommes les particules suspendues au vide, agités dans l’éther, reliés au monde par les sens et la fréquence des vibrations, seuls tous ensembles. C’est à peu près comme ça que les choses se sont passées.


Bande son idéale : LCD soundsystem – Get Innocuous!

Précis de curiosités désirables avec oiseaux de proie


Pour ceux que ces quelques lignes exaspèrent quotidiennement sachez que Jean Henri me donne très régulièrement une bonne leçon et que ses bottines de Street Fight viennent frotter tout contre mon nez de façon bi hebdomadaire lors de nos rendez vous un peu spéciaux près de la gare Saint Lazare. Là, dans le cabinet de dentiste de son cousin dont les locaux sont immenses, dans la salle d’attente et tout près du piano à queue, nous nous efforçons pendant plus d’une heure dans un rituel réglé d’avance, et il me distille ça et là ses conseils entre deux pas chassés dans mon nez, lors de nos cours de boxe française. Jean Henri porte des chaînes en or autour du cou et des gants 10oz Nike, tenue noire de rigueur, et il se déplace avec son attachée de presse qui prend les rendez vous, bustier exagérément ouvert assise dans le canapé Starck ou sur le tabouret à roulette, à faire la toupie tandis que je savoure le goût des semelles – Jean Henri est un champion international de boxe masquée. La sœur de Jean Henri aime aussi s’entrainer contre moi, mais alors je pratique un corps à corps exagérément soutenu, et lorsque nos sueurs se touchent la tension atteint son comble et nous ne finissons plus qu’épuisés et roulés en boule sur le parquet, l’un contre l’autre, c’est assez tendre quand on y pense étant donné le contexte. Puis la douche et le soin de peau. Les courses de survie au Monoprix de Bastille, idéal pour les rencontres urbaines, à guetter dans les petits paniers rouges l’étalage d’une vie de célibataire, et à proposer des yeux un rendez vous le soir même en atmosphère confinée. Sloane et les deux Jennifer sont prises ce soir, soirée à thème : le tupperware. On amène ce qu’on a et à chaque pot son couvercle. Eric de La Joya explore toutes les formes de l’amour urbain par les réseaux virtuels, et son messenger propose en première intention une nuit d’amour toute en grâce et coordination, des plateaux de fruit qui allongent le temps et qui retiennent le regard, une nuit une seule, oui mais comme une vie. Michel Michel est à Berlin avec une américaine du Wisconsin qu’il a rencontré dans un bar à eau. Dehors il fait froid. Dedans il sent se lever l’une après l’autre des vagues d’hystérie qui s’échouent sur le bord du lit. Retours demain dans la matinée envisagé. Apéritif au Petit M après la séance photo de Madonna pour Vuiton. Marcel, le patron, se souvient d’une femme très courtoise aux jambes écartelées par les poses et portées par des chaussures à talon brillantes Monica Lampard, aux cheveux dorés, au maquillage impeccable et au français approximatif. Mais elle sentirait un peu l’ammoniac. Dîner avec mon ostéopathe et Le Gecko dans un restaurant sarde où le patron laisse les bons clients s’allumer un long cigare en salle. Mon téléphone sonne et je le considère avec crédulité : un numéro masqué, encore, et qui ne dit rien lorsque je décroche. Peut-être que c’est là le message. Peut-être qu’il faut juste en savoir ce que j’en pense. Ces temps ci, je développe d’étranges pouvoirs télépathiques et qui ne me servent à rien ; par exemple je peux prédire exactement qui a envie de pisser autour de moi et quand. Les ardeurs de la soirée sont immédiatement calmées par la température extérieure, malgré toute l’honnêteté de nos préparatifs minutieux et amoureux. Impression de basculer dans un monde parallèle au bruit de talons des baskets d’un passant devant moi. Quelque chose ne colle pas. Le caoutchouc ne peut pas résonner si fort ou si sec contre le pavé glacé. Le gros œuvre dans les détails. Un décalage étrange. Une distance se crée, une trouée dans la réalité. Je n’ai rien pour noter mes pensées, car l’exercice d’écrire permet de dérouler le fil de la pelote du temps jusqu’à une conclusion, fut-elle temporaire. Aussi je fais le choix de m’appeler au téléphone pour me laisser un message. J’attends de tomber sur le répondeur, une invitation un peu spéciale que j’ai composé une nuit en pinçant les cordes d’un Ukulélé dans la cuisine de la sœur de Colin F à Brooklyn. Au bout de la ligne, le téléphone sonne dans le vide. Alors boucle passerelle / axe perpendiculaire à la ligne de lecture des évènements. Je suis le numéro masqué dans le froid de la nuit. Sur le pont de Sully, un oiseau de proie qui n’existe pas dans la ville, sorte d’apparition ou bien aussi d’hallucination, les communications biochimiques inter synaptiques dans mon cerveau baignent c’est assez clair dans une eau glaciale qui brouille le message. Owl dans la nuit, et je suis si surpris et je l’aime tant alors que je le regarde s’envoler et disparaître un peu ahuri, puis quand il est loin je lui crie : reviens ici. Traversée de la Seine nécessaire on l’aura compris, à l’émergence d’une nouvelle forme de conscience indicible et supra cognitive. A l’hôtel GV, Little Joe tente de se faire passer pour la moitié de Daft Punk pour approcher David Bowie au bar. Soirée d’anniversaire de mon éditrice, mais l’ennui gagne. Malika, une brune allemande, frange et petit carré, des yeux noirs très profonds, des jambes immenses, nous invite à la suivre et on rejoint Guido de la friperie en bas. Dans l’immeuble au troisième étage d’une galerie d’art contemporain célèbre (Paris NYC Milan), c’est une soirée naturiste qui s’organise. Les filles posent dans la rue à moitié nues devant la vitrine du fleuriste. Dans les étages, on n’a pas le droit de faire du bruit. Sur le pallier on nous confirme : il faudra bien se déshabiller. Tout est possible je dis. De sous la porte et de l’intérieur coule à nos pieds un liquide brunâtre et épais. La porte s’ouvre. Guido vient de la part de S. C’est moi S on nous dit. Malika avance dans la pièce comme une reine. Je la suis. Soupirs. Les sens en éveil, dans le noir. J’entends : « bon courage ». On pousse une porte. Une étrange musique qui n’existe pas dans la tête, un fond de verre disco/jungle sirupeux. Malika récite Schopenhauer dans le noir, à voix basse, pour elle-même. « L’amant est près à abandonner tous les biens du monde pour dormir à côté de cette femme impuissante à lui donner plus de jouissance qu’une autre, dit-elle. La passion s’éteint par la jouissance. A la grande surprise des amants ». Il est cependant prévu d’échanger les corps. Biologiquement nous sommes tous uniques. C’est mieux ainsi.

Bande son idéale : Pizzicato five - Twiggy twiggy

Anticorps



Miles revient de la semaine de la mode à Delhi. De collection en collection, pas un podium ne lui aura échappé. On repassera pour l’Inde. Je l’accompagne à une vente privée dans un entrepôt rue de Valois. On y croise un chanteur des années 90 vêtu de cuir et dont le visage s'affiche chez tous les vendeurs de fallafel. DJ Splitz distille le meilleur de la musique d'ascenseur pour une clientèle huppée, qui aime cheminer dans les rayons déserts seule en tenant son Vuiton par l’anse à l’avant bras, un easy listening électronique, ironique et distancié qui donne envie de porter des chemises bûcheron avec des bottes à frange. Jupe en jean déchirée, collants en nylon vert pétant, lunettes noires et sweat à capuche, chaussée dans des bottes en caoutchouc ferme Terratorn, une marque finlandaise introuvable à Paris, Sloane saute du taxi pratiquement en marche. Elle cherche dans les rayons la parfaite petite tenue d'intérieur pour Jennifer et Jennifer: c'est une chemise à fleurs carnivores en coton longue et sans manche au col brodé, indémodable, parfaite oui mais c'est la dernière et elles sont deux. Intermède volontaire au Café N et concours de name dropping avec Alfredo. Arthur Martin, Cecil B 2000, Pierre Richard contre Laurent de la Hussët, François Hiérolymus de la Salle et Martial Martiano – on a le droit. Au Tr… deux Islandaises participent à une conversation dont elles ne comprennent visiblement pas les tenants ni les aboutissants. Fantasy Bruno, clone de Guy Debord, me présente Serena, celle qu’il appelle sa body body, clone d’Alyssa Milano. Soudain contre toute attente le désir tombe sur les corps c’en est fait. Rêve idéal, il n’y a plus que des vitesses, des lenteurs. Deux mystères se frôlent. J’ai déjà vu ce visage quelque part, dès la première fois. Par chance je porte mes sandales en latex sur de grosses chaussettes signées par Asia A, deux épaisseurs de chemise bleues pétrole aux rayures hypnotiques, un petit gilet en cachemire et le cuir épais de Sergent Christofer, des lunettes Marcel Plantier et je suis surtout accoudé au bar, ce qui me permet de rester debout plutôt que de m’étaler à son passage pour me rouler par terre dans les cellules mortes répandues de son corps échouées sur sol. Rapprochement des éléments liquides dans deux corps résolument différents, manœuvres d’approche, élongation du coude à force de me tenir la mâchoire. Je suis alors curieusement plusieurs au dedans, sorte de collectif mouvant dans un seul corps vivant, mais une seule idée fixe : je suis dans la peau de moi, mais je veux être aussi dans la peau d’elle. Elle fruit défendu qui rend les nuits blanches. Sad Songs, Florida, d’où je chante que je crie que je suis dans ses pas, Mysterious Viciousness, Alabama, car la chimie du corps est une torture à envisager. Elle est l’agent étrange du chaos, la constante immuable, l’axe de symétrie concret et imprédictible autour duquel tournent nos vies ; la pendule indique une heure qui n’avance pas, il se lève et au Chez M ils se vautrent dans des canapés retranscrits par les miroirs écrans, répétés dans leurs gestes un millier de fois c’est là l’instant exact présent, mais la dernière image = queue de la comète du temps. Little Joe est avec Black Francis et deux mannequins estoniennes chambre 19 de l’Hôtel A encore pour quelques heures si on veut passer. Pete D est de passage à Paris, et il se livre lors d’un concert improvisé dans le loft commun d’Alisson VDP et Madon de Bruxelles, deux créatrices de mode lancées dans l’édition d’un webzine underground en construction. J’avoue que j’ai quelque peu perdu le fil de la soirée dans les yeux et les fonds de verre de Serena, et je suis la bouteille brisée échouée sur les rivages de plages nues, là où disons des ondes en vagues révèlent la roche fine et friable en strates profondes, flots pour moi de la soif qu’elle est. Michel Michel décrète l’insurrection sexuelle et exige la libération des mœurs. Tous les regards dans le loft se tournent vers Sloane en femme vampire, noire, sensuelle et dangereuse. Au matin, Serena a mis fin à notre relation. Elle se rhabille. Elle a besoin de pureté me dit-elle, en me regardant bien en face, comme pour souligner que c'est bien évidemment là quelque chose que je ne pourrais jamais lui offrir, comme elle le savait maintenant. A quoi bon discuter, je suis rendu par les mains et les pieds liés, et la plaie délicieuse me déchire les flancs, un instant, puis on sonne. Me voilà de retours dans le coude des choses. Ecrire le jour, sortir la nuit. Il devait y avoir quelque chose dans mon verre, oui mais quoi ? Garçon! La même chose alors, encore.



Bande son idéale: Aphex Twin - Vordhosbn

Résolution électronique



Dans le métro de 6 heures du matin, sur les deux sièges qu’elle occupe de son seul séant, les cheveux gras et abîmés, le faciès vultueux et exalté, elle invective les passagers en se grattant les croûtes du genoux droit, puis elle se met à hurler « coucher avec l’homme à hauteur du corps par bonds électroniques à distance» ad lib – sublime. En haut de l’escalator, deux canettes de boisson énergétique coincées entre le mouvement de la marche mécanique qui se renouvelle sans cesse et l’immobilité du rebord métallique roulent sur elles mêmes, métal contre métal, atome contre atome, friction, deux volumes espacés avancent immobile séparés par une distance que l’on ne peut vraiment mesurer, parallèles. Ca va de mieux en mieux. Michel Michel en pantalon de velours mauve et lunettes de soleil vissées sur le crâne est fasciné par la précision des gestes des colleurs d’affiche – papier plaqué contre mur, dans le même mouvement recto-verso imbibé d’eau savonneuse, l’encre se révèle et la colle de l’autre côté. Deux univers se côtoient, se regardent mais ne se comprennent pas, tous deux de coordonnées exactement éloignées sur la courbe sinusoïdale de la force d’interaction sociale de Moore. Comment en sommes nous arrivés là ? C’est un concours de circonstance comme on les adore. L’avenir n’est pas une rallonge. On ne peut rien savoir à l’avance. Les heures passaient comme la peau se détache du serpent. Tentative de description d’évènements perpendiculaires entre eux. Nous soulevions l’idée de certaines adresses délicates à la peau. Sloane cambrait son corps, étirait les bras et inclinait le buste jusqu’à l’horizontal sans jamais déroger à une verticalité parfaite en suivant les conseils de son coach virtuel – Dominique - lors d’une séance de WiiFit, ses incroyables pieds parfaits bien à plat sur la planche électronique. Nous suivions tous les mouvements de son corps par le plexus de nos ventres et il se créait une atmosphère d’intention physique insoutenable. Jennifer prenait son bain, et Jennifer lui lavait les cheveux. La porte restait toujours ouverte. Slim R. aka Aka Lulu souhaitait désormais être appelé Johnnywood Sunshine - mais quelle était donc sa véritable identité à l’origine ? – et représenté ici sous les traits d’un chat, mais je ne m’y résoudrai pas. Ca s’accélère. Coucher de quartier de lune rousse sur les toits. Soirée Total Todo malgré rien. Little Joe prononce un discours vitupérant qui sonne comme une épitaphe au M. Jeff R prend les platines, mais est repoussé par Soulbasikorchestra. Battle fight. Chacun mix pour soi. Soirée No-No dans le VIIIe chez le fils d’un acteur français dont le nom commence par A, finit par L et dont les trois derniers chiffres de téléphone portable sont 891. Michel Michel veut goûter le kebbab de chez Fauchon. Tiens Raymond Le Dog était là, tout rembruni après 6 heures d’exposition à une lampe à UV achetée sur internet. La Sybille arrive tout droit de son pays : c’est là qu’elle dormira ce soir. On consulte l’Oracle. Joue avec les joueurs me dit-elle avec un sourire entendu. Dans la cuisine, c’est un revival des valeurs aristocratiques : caviar, saumon sur blinis et vodka frappée. Pas d’olive ce soir donc. Vingt trois invités surprise par le premier métro. L’essentiel de la soirée retiendra nos noms. On se quitte sur une chanson paillarde serbe déclamée par un Little Joe des grands soirs sur un ton très sûr de mage moghol. Puis apposition des mains : le feu est en nous. Les lèvres et le blanc de l’œil sont pourtant instantanément gelés dès que nous franchissons le porche, porte fermée, code oublié, interphone en panne, aucun recours ni rebours possible. Fuite éperdue toutes jambes vers l’avant matin calme brume aux poings avec dans la main droite le fond d’une Zubrowska translucide dans son écrin de verre et dans la main gauche Nataliana, une princesse slave de rang divin qui s’est décidée à nous suivre. Par-dessous la ville on chemine dans les réseaux tectoniques. Eric de La Joya est à Goa mais on a les clés. Le bois craque et gronde dans l’immense appartement comme on marche sur son dos d’animal géant. Partout sur le mur des photos de Roger Federer. Nataliana s’approche du piano, s’assoit sur le petit tabouret de velours à damier et penche son corps sur le bois comme sur celui d’un amant merveilleux, Rachmaninov, Les variations Corelli. Soudain alors au plafond, des nuages aux cinq couleurs dans le ciel. Des résolutions comme une évidence: souffler sur soi de puissantes vagues de don, se transformer en statues libres de tout problème, demeurer dans l’action spontanée. Lorsque l’équilibre se déplacera, c’est cet équilibre même qui fera débat.

Bande son idéale : Wu Tang – Fast Shadow

Petite nécessité


Ce matin, ou passé midi déjà, interview pour le magazine Espagnol underground Maraca de Sorrento Siren en terrasse d’un Costes du VIIe. Tout se passe bien. On veut des nouvelles de Paris, on va en avoir, et du très frais. Tout à coup, vibration/déflagration dans la poche arrière : c’est mon mobile, un combi Dior glané à la soirée VID de fin d’année, noir et mat ; on m’appelle mais je déteste entendre la sonnerie. Rendez vous chez RLD en début de soirée à l’heure de l’apéritif. Ne pas oublier les olives. On s’y remet. A l’heure dite, à l’endroit prévu, alors que j’avais passé mes bottines beiges à semi talon pour l’occasion, chemise bordeaux à carreaux gras, petit débardeur effilé gris clair en dessous et par-dessus son gilet assorti, jean extra slim surpeint, quelle ne fût pas ma surprise : c’était un traquenard. Je mets quelques minutes à réaliser. Ulcéré Michel Michel se plaint d’une atteinte à la liberté. Je vois. On aura donc finalement lu bien attentivement tout ce que disait la grosse souris. Est-ce ma faute moi si son chemin de vie n’est pas exempt d’observations délictueuses ? Sans rire, je ne raconte pas tout, et je m’abstiens par exemple de parler des compléments stéroïdiens qu’il se fait immiscer en suppositoire quotidiennement par une masseuse asiatique pour rester cette année encore jeune. Raymond Le Dog s’exprime: je dois confondre, il ne se souvient pas avoir été une seule fois ces derniers jours dans un état aussi corrompu, comme un disque dur grillé dans le fond éventré d’un vieux PC. C’est bien là le problème, mais je peux facilement lui citer les situations que la décence m’interdit d’aborder ici, et rien qu’à considérer l’état de ses muqueuses les plus apparentes on se rendra compte que je n’ai pas tant exagéré. Sloane ne décroche pas une seule parole mais ses regards en disent long. Pas de langue de bois. Ce n’est pas son genre. Elle ne veut pas être mal jugée. Les deux Jennifer prennent des poses alanguies. Tues et coites. Mais de quoi parlons-nous? Certaines œuvres sont une voix qui montre la voie, et les auteurs sont branchés sur une énergie intuitive, sensation, prémonition, ce qui touche à l'essence même de l'âme mais qui échappe quand tu approches les doigts, comme sur un flux de pensée par intermittence, le curseur se déplace, dans le parasitage un message clair éclair apparait, et qui laisse sa trace en sillons. Prémonitions parfois, et toutes les lignes sont à lire comme la marque possible du destin. Changer le monde avec des mots. Le vrai contemporain sait d’ailleurs bien cela. Et mes amis, je le répète, toutes vos nuits sont nos nuits à tous. Passées, présentes, virtuelles ou futures. On entre dans le vif du sujet. Comme en quelque sorte un cœur amené sur plateau d’argent, palpitant, vibratile, un instrument à vent si on souffle dans ses tuyaux humides mais pas trop fort car c'est un système circulatoire et ce qui va revient, aussi bien fouiller des doigts au fond des cavités au préalable, mais ne pas confondre trabéculations et tapis sensitif, car les replis ont une fonction expansive, paradoxalement, et plus petits ils se composent et plus ils contiennent ce qui à la fin finit par faire deux ou trois stades en aire. On conclut que tout ceci est nécessaire à la mise en perspective du concept même de nuit. En clair, on va finir par rater le fameux et très prisé mix de Shinowsky au R. Dans le club, une brune très joliment faite, tee shirt Mickey nu exhibitionniste et de fausses oreilles de souris en serre tête, un petit minois très mammifère et un ridicule short vintage qui ne fait que souligner la plasticité parfaite de ses cuisses : elle cherche peut-être à attirer mon attention. Je m’approche mais Slim R. aka Aka Lulu me barre le chemin et me demande en me parlant si près que je prends d’un coup 0.2 g d’alcool par litre de sang de le décrire comme un personnage mystérieux, un homme loup de la ville, qui rôde dans les étages et qui gratte à la porte, à la recherche d’une proie docile à la peau souple. La souris a disparu. On retrouve une ancienne miss météo, qui en devait beaucoup à ses charmes et à ses capacités physiques adaptatives hors du commun, en faisant la queue devant les WC occupés. Porte fermée, on perd patience et SdS s’accroche à sa jupe. Dehors, elle retrousse son tissu sur ses deux jambes immenses entre deux voitures. Puis elle voit au loin un arbre. Elle a l’idée de s’approcher, mais elle s’arrête en chemin, saisie et glacée, car elle voyait alors ce que personne ne soupçonnait, et cet arbre en retours nous regardait. Une musique au loin, c’est l’homme aux arbres, et il joue du pipeau pour le règne végétal dans cette nuit glacée, et quand il nous voyait avancer, il s’interrompait. Là d’où il était, d’où nous allions, il revenait. Sloane a filé avec DJ Aïkido qui la cherchait dans la ville depuis trois soirs. On se retrouve avec deux Jennifer désireuses de contenter tout le monde. Ca tombe bien : ma plante en creux attendait qui viendrait l’arroser. Vue de l’esprit maligne et dure à résumer.


Bande son idéale: Mr Oizo - Positif

Traversée du moment opportun

Soirée Crème de cassis sur la péniche Black code entièrement décorée noire et pourpre pour l'occasion. Elton est là incognito. Des allées de bougies depuis le quai jusqu'aux salons intérieurs en marge du velours noir des tapis. Musique baroque majestueuse. Les valets ont les jambes nues et parfaitement épilées. Sloane ressent d'étranges vibrations lui remonter l'échine, allongée négligemment au cœur d'un sofa profond où elle se laisse glisser comme dans un gant de nuit. On devrait toujours être comme ça dit-elle: entre silex et flotter sur l'eau. Puis elle s'extrait du mol comme on sort d'un puits. Michel Michel est dans le triplex d'une ancienne animatrice TV dans le XIIe, où il côtoie l'essentiel du monde des médias. Au fur et à mesure qu'on gravit les étages, les invités semblent perdre toute inhibition. Il est question d'y faire un saut avant minuit, puis de se rendre chez C, poétesse et maitresse dominatrice, épouse de chanteur sexagénaire dont la disparition prochaine est affichée partout dans la ville, sorte de tournée d'adieu ou d'anticipation. La nouvelle année qui frappe à la porte sonne un peu comme une promesse violente. Son visage, sa voix, sont déjà gravés dans la mémoire collective, posthume de son état. C'est alors aux douze coups toucher un peu l'histoire du doigt, cet impalpable qui s'échappe encore mais qu'on attrapera par la queue tous ensemble en se pressant les lèvres, avec en souvenir précipité l'inévitable à venir. Mais rien ne se passe comme prévu. On sonne. On cherche des visages familiers ou célèbres parmi les convives. C'est la soirée Cul de poule, célèbre club entremetteur parisien, dans un immense appartement avec fontaine intérieure et salons privatifs. Dans la précipitation, de lieu en lieu, de place en place, on s'est trompés d'adresse. On reconnait un ancien humoriste à moustache et un homme d'affaire en fuite. Ces milieux sont confidentiels. Sloane livre une de ses Jennifer en pâture. Nous la suivons. Dans le long couloir étroit, derrière les rideaux de satin rose, on devine des arrangements voluptueux dont les frottements capiteux sont parfaitement perceptibles. Un vent tiède fait voleter le tissu, épousant par ses contours un mouvement silencieux lent et pendulaire: l'imagination qui se joue, et le culte est abondamment fourni. Des corps aux formes allongées et mêlées se multiplient et s'enlacent dans la lumière diffractée des lustres en cristal. Un exemplaire complet d'amour dense, qui donne à chacun l'envie de participer dans un style un peu particulier. Des femmes nues recouvertes de peinture dorée s'occupent du service et de la visite guidée, dans l'obscurité qui nait à mesure que l'on s'enfonce, à tâtons. De petits bouts de peaux partout sur le chemin. D'autres petits bouts de chemin partout sur la peau. Des molécules passent de l'un à l'autre. Il n'est plus question de partir. Le champagne est délicatement perlé. Une manière comme une autre d'enjamber l'année. Des amis perdus. De nouveaux amis aussi. Personne n'est sûr de ne pas imiter quelqu'un sans le savoir. C'est une soirée comme une autre.

Bande son idéale : Medeski Martin and Wood - Uninvisible

There will be blood




D’autres temps d’autres lieux d’autres visages aussi
Il souhaitait être ailleurs mais se savait ici
Cherchant en souvenir mais il avait trop bu
Quand tout a commencé mais il ne savait plus
Bien en apesanteur dans sa moiteur de peau
Un état consenti quand il était trop tôt
Il regardait en lui et dessous les décombres
Soulevait des abîmes qui n’avaient pas de nombres


La Sybille est passée hier soir. Son corps est fait de la matière la plus souple et à la fois la plus résistante qui soit. Sa peau ne lâche pas. La Sybille a le pouvoir de dire toujours la vérité. On sait mieux aussi quand s’arrêter. Elle a un tatouage en forme de rose à tige longue sur le dos de la jambe gauche qui s’étend depuis la cheville, aux épines apparentes, et qui s’épanouit sur l’envers de la cuisse. Sur le biceps gauche, là où la peau est tendre, face interne, je porte quant à moi la trace d’une jeunesse que j’avais fait marquer au fer pour elle, en lettres gothiques : There will be blood. Une sorte de goût commun pour le rouge donc. La soirée d’hier en a été d’autant écourtée. Je respire l’odeur de son haleine qui reste toujours fraîche malgré les excès de la veille, ou bien est-ce là une espèce d’alchimie des corps. Michel Michel au téléphone. Il a passé la soirée avec Romain Duris au Grand V à célébrer l’intronisation de VDB, il me parle d’olives, je ne comprends pas très bien, il a un drôle d’accent suisse pour l’occasion, ça doit faire sens mais je passe. Ceci dit, au même moment Aka Lulu était lui aussi avec Romain Duris dans un loft du XVIIIe pour un concert privé de Pharell à l’occasion de la sortie tant attendue du magazine Vicious. De toute façon, là où il fallait être c’était au PE pour le concert de Rubix Diamond suivi de l’open bar VIP et, après transmigration, une entrée remarquée et anti politiquement correcte au PP serait alors du meilleur goût, pour finir d’écouter les Suprakids en appuyant du pouce sur la taille de son voisin immédiat, appel sexuel sans équivoque et qui serait suivi d’une non moins délicate attention ou d’une réorientation situationnelle selon le type de réponse provoquée. Rester quoi qu’il arrive délicat et courtois. Le Gecko attend en bas de la rue : j’avais complètement oublié. On descend en pyjama d’hiver, bas de jogging gris coton, basket Nike vintage, lunettes noires à verres à peine teintés, montures vertes pour La Sybille, rouge pour moi, comme qui dirait les complémentaires, fourrure simili renard et un peu du brillant de colliers dorés autour du cou, cuir intégrale pour elle, imperméable jusqu’au dessous de genoux, mocassins en croute aux pieds tandis qu’elle a eu le temps ou le sursaut d’enfiler ses bottes à peau tachetée par-dessus ses bas déchirés de la veille. Limousine noire, vitres fumées, une halte gastronomique et Le Gecko qui tourne un peu parano profite d’un arrêt pipi du chauffeur pour enfin se retourner vers nous et nous annoncer la grande nouvelle : il a décidé de donner son sperme. Puis on descend jusque dans le pays de La Sybille. A venir dans ce centre du monde, un grand méchoui argentin de fin d’année, le concert de YX suivi de la préfiguration du set de Sorrento Siren, juste signé sur un label Hollandais. Puis toute la nuit, dans les champs, sous la lune et les étoiles, pour tous ceux triés sur le volet, les festivités se poursuivront, de toutes sortes. Dans un autre genre, une soirée s’organise à cinquante kilomètres de Paris et je reçois un coup de fil de Johanne qui recrute pour la peine de nouveaux membres, physique exemplaire et endurant exigé. Mon cousin Gilles est bientôt sur Paris. Dans le TGV, à côté d’un croate engagé dans la légion étrangère, mercenaire en Irak, il a entendu parler d’un certain type de club de l’autre côté de la frontière espagnole. C’est là que j’irai passer le nouvel an me dit-il. Je l’encourage, j’évite en toute bonne foi de lui parler des quelques soirées privées qui risquent d’être de petites folies où il faudrait être (rave en jardin d’intérieur, réveillon dans la piscine de sous sol d’un hôtel particulier du XIVe, dîner aux chandelles au conseil d’état suivi de sa free partie masquée, mix interminable + concours de jerk dans l’appartement qui donne sur la seine de Mick Jagger envahi pour l’occasion par un collectif de graphistes skaters new yorkais, islandais et berlinois qui ne se sont jamais vus et qui ne communiquent qu’en castillant, et rassemblés sous un nom imprononçable : Krdjfghi jolï). Mais après renseignements, le club sera fermé ce soir là. Je lui rappelle que la dernière fois qu’il est rentré dans un bar à hôtesse, ayant vomi sur le comptoir après douze verres, il a dû éponger le sol, et puis appeler son père, charcutier-boucher de son état, pour l’aider à payer la note en sortant. Puis je raccroche sans attendre de réponse, et je le laisse avec sa conscience. Gecko me dépose, seul. Retour au loft, et rien n’a bougé.

Impeccable mémoire indestructible éther
Qui savait effacer ce qui était hier
Ne sachant faire l’effort de fournir un projet
Il se laissa glisser jusqu’à s’abandonner
Nu et sans plus de souffle et trahissant ses mains
Qui tremblaient de désir à ne saisir plus rien
La soif d’un lendemain bientôt le reprendrait
Alors il serait l’heure bientôt recommencer


Bande son idéale : Late of the Pier - Whitesnake

Nuit blue néon fumée



On se retrouve comme d'habitude à la table du fond en train de siroter un gin vodka quatre olives ou bien un mojito coco. Sloane est New Yorkaise ce soir, elle porte son fuseau rose flashy et pied de poule antisocial, ses cheveux sont gras, ses yeux lourdement maquillés de khol, et le rouge de ses lèvres tire sur les aigües, une des deux Jennifer qui l'accompagnent en essuiera le bord avec une petite serviette carrée R Club. Sono basse pression à l'heure de commencer la soirée, Timide Ohara et Vleria Suicidal Club s'enchainent aux platines, sorte de mélange de rock tzigane berbère et de minimalisme allemand mais venant du Danemark. Michel Michel rentre de sa tournée promotionnelle au Japon, et il en a profité pour faire un reportage photo sur ces kids qui pêchent dans le métro de Tokyo et sur les âmas. Vernissage pour tous, ce soir encore nous sommes neufs à nouveau et dix à ouvrir les portes de la galerie LH pour prophétiser la mort du concept et l'avènement d'une nouvelle ère post consumériste à tout prix: la sandalle comme étalon de représentation. BabylGirl estampe chaque oeuvre d'un "Approuvé" ou "Non approuvé", on a rendez vous chez Little Joe dans l'est. Dans les taxis, conversations au choix sur les bienfaits d'une irradiation à petite dose au long cours comme mithridatisation ou la façon de bien extraire son grain de peyolt. Jim nous rejoint, il revient d'une quête de vision à l'ayauascua en pays basque, et ça me rappelle qu'en cas d'abduction, la seule chose qui est vrai, c'est la douleur des sondes dans le corps - tout le reste n'est que poésie. Retours à la réalité, Little Joe finit sa pizza quatre fromages, sa copine a les pupilles dilatées mais elle dit ne prendre que de l'amour en doses, dans les WC le mur blanc monochrome est traversé par le mot Hémoglobine en lettres rouge sang. Little Joe compose d'étranges cocktails sirupeux à base de fruits inconnus, et nous propose de mélanger nos fluides dans le shacker mais il est l'heure. Little Joe s'habille alors, réalisant qu'il est nu, et dehors le froid nous plaque contre le mur pour une fouille au corps. Dernier passage au Carmina avant de passer la foule pour l'entrée du SV, où DJ Truisme manque de s'arracher un oeil en voyant Sloane sculpturale se hisser jusqu'à lui pour lui demander de passer les Mohicans, private joke délavée et que personne ne pourra partager, mais Truisme n'entends pas, enlève son casque d'une oreille et penche sa tête sur le côté, et apparemment souffre d'apraxie relative puisqu'il s'enfonce la paille de son soft drink dans l'oeil droit. Sloane est déjà loin sur la piste, elle transpire et tous ont envie de frotter cette peau avec sa peau. Dehors la nuit vaporeuse bleue néon fumée encourage les originalités affectives. Nos vies et nos actes dans le secret échappent alors à toute logique explicative. Jusqu’au matin la lumière de la lampe de chevet près du lit se refléte dans le miroir, diffractions lumineuses ondulatoires sur la pâle pelure rigide et stratiforme du réel. Adjoindre une infinité d’éléments conjugués à la scène.



Bande son idéale: Intergalactic - The Beastie Boys

Polygamie urbaine


Déjeuner avec mon éditeur, brasserie des Editeurs. C'est d'un conformisme. Elle a un bout de salade coincé entre les dents. J'ai encore un arrière goût de vodka dans le fond de la gorge. Autant de sujets que nous choisissons délibéremment d'éviter. Je lui parle de mon projet de cerner la monomanie de façon à la fois objective et définitive, et de la contrainte formelle que je m'inflige en ce moment (écrire en alexandrins parfaits) mais curieusement elle ne s'anime que quand X qui déjeune à côté de nous se lève et quitte la salle, alors elle devient intarissable comme si tout ce temps où il était là elle n'avait pu retenir qu'à grande peine un besoin qu'elle avait avec moi de se répandre avec lui, sorte d'échangisme discret, mondain et parfaitement urbain. Je lui confie que je pense bien n'être pas monogame et elle me demande ce que j'entends par là. Je lui dis que je suis polygame et elle étouffe un petit sursaut de digestion. Plus tard, à l'hôtel, tandis que nous faisons l'amour, je repensais à la femme médecin qui avait décidé de séduire Sollers un matin sur une terrasse du Port Royal, à son état de détresse psychique de cette amie très chère et à tout ce qu'elle s'infligeait pour devenir enfin ce qu'elle pensait être mais les griffes de mon éditrice me lacéraient le dos. Plus tard, en fumant ses cigarettes sucrées, elle me parlait de la polygammie urbaine, sorte d'état d'éveil permanent à toutes les solicitations qu'une ville comme Paris pourrait présenter. Je consulte mon ostéopathe dans le VIIIe, qui est aussi le médecin personnel d'Edouard Baer et il me raconte comment on remet en place le coccyx en cas de fracture interne. Dans la majorité des cas, ce sont des femmes qui souffrent de ce type de fracture, ou bien elles seules consultent. Le toucher interne du thérapeute doit rester professionnel et élégant. Pour finir je dîne avec Michel Michel qui est descendu de chez lui en presque pyjama et Grégory Mickaël qui vient de mettre un point final à son roman. Michel Michel n'est plus dyslexique. Grégory Mickaël passe la moitié du repas au téléphone avec MissC qui sera demain de passage à Paris. Ensemble nous décidons d'organiser une lecture commune impromptue dans une galerie du IIe qui attire aussi bien le badaud et les curieux que certains collectionneurs qui se passeront vite le mot, lecture qui sera suivie d'un concert à la guitare sèche, puis d'un strip tease intégral de Michel Michel qui ne portera plus qu'un masque de lucha libre sur le visage, et je me décide - trop tard comme d'habitude - à rentrer pour méditer. J'évite ainsi presque scrupuleusement les endroits où je pourrais tomber sur Sloane et ses Jennifer ou d'autres joyeux noceurs car ce soir c'est dodo. Demain j'écris. Mais comme il est encore un peu tôt, au M avec Amy et Shancy, deux étudiantes américaines qui aiment boire du champagne à l'oeil, je m'abîme sur des coussins rouges en velours en regardant une superbe blonde aux jambes immenses livrée aux jeux de mains de deux mâles bruns trappus comme des siciliens ou des bouledogs, puis Amy me prend par la main et je la suis. On a perdu Shancy.

Bande son idéale: Nine inch nails -Closer