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La ligne discontinue (ne s'arrête pas)


Bien sûr il avait pensé à la quitter mais à bien y réfléchir son corps était une des seules choses dont il se sentait proche dans ce qui lui restait de ce monde, cendres éparpillées sur le dernier rivage, tous échoués par temps clair, une lumière aveuglante, les choses semblaient évidentes mais à bien y regarder rien de tout cela ne se justifiait, il n’y avait plus de cause ni de raison, de la matière en magma brûlant par tous les trous de la terre, des faisceaux déjà formés à encrer/ancrer les esprits, le questionnement du verbe défait par ce qu’on nous en dit, à nous faire croire en des présupposés concrets, tout ce par quoi on est né, ce qui nous attendait là, esclaves d’une volonté essoufflée depuis des milliers d’année, le système est en place et se nourrit du système, avance et invente de nouvelles raisons, et des solutions propres pour le système, et c’est là le choix de l’homme mais lequel ? Qui ? Sommes- nous celui là ? A bien y regarder nous =maladie mentale consentie - symptômes, physiologie, anamnèse, récurrences. Nous sommes la flamme et vous êtes la bougie et nous vous consumerons – ou nous nous éteindrons dans la flaque de ce que vous êtes et alors une autre lumière plus loin. J’avais encore envie de te voir te lever et de sentir ton absence dans le lit, ton odeur sur l’oreiller et les cheveux légers éparpillés sur mon corps comme attestant de la nuit, tu sortirais peut être faire un tour, en faisant le moins de bruit possible, tu as mis ton imperméable et tes bottes, tes yeux sont mal fardés, tu sens les regards dans la rue s’accrocher à ton cul, des mains imaginaires qui viennent par derrière remonter ta jupe fendue, ou peut être es tu là à fumer dans le vide une tasse de café froid à la main à te demander qui je suis au fond, qu’importe j’attends en faisant semblant de dormir à te sentir revenir sans savoir par combien de bouches tu étais passée. Quelque chose s’est déréglé dans l’enchainement causal des évènements comme on saute de wagon en wagon et la suspension entre deux moments du temps qui nous parcourt peut donner le vertige. Le monde et moi ne nous intéressons pas à la même chose. Quel que soit mon style, rester professionnel et urbain, comme on dirait de certaines travailleuses. Ambition d’écrire une histoire à contrarier à chaque page, ou de lire un livre qui déborderait sur le vrai, ou d’imaginer une suite ininterrompue de scènes vidées de la tension d’une catharsis passée sous silence et qui resterait toujours inexpliquée, ce qui est s’approcher le plus d’une tentative d’explication, comme l’intuition du sens. Le lecteur assidu s’en est déjà rendu compte, Sloane et la femme médecin sont la même personne. Toutes les deux ont disparu. Il ne reste rien. Mon ostéopathe porte des espadrilles. Aka Lulu n’interagit plus qu’avec Little Joe, qui feint de m’ignorer. Eric de La Joya est aux Moustiques, quand à Raymond le Dog, c’est toujours le même, ce qui est d’autant plus inquiétant. Tout ceci prend l’allure d’un immense symptôme prêt à s’effondrer. La ligne discontinue des choses ne s’arrête pas. Steve K au Coton Tige se déguise en super héro de la musique séminale 2.0. Envie soudaine d’écrire un livre sur les dérives nocturnes d’un noctambule éthéré dans une ville/cerveau, de confondre le rêve et la réalité, de construire des lignes de fuites depuis chaque proposition du réel à partir de ce que peut un corps et de toutes les possibilités qui en découlent ; envie aussi de déconstruire la notion abstraite de réalité et de prendre littéralement pour un fait acquis ce qui est l’envers du décors – des autoroutes libres, des extases infinies, des univers immenses repliés sur eux-mêmes entre les atomes, des désirs inassouvis, marcher pieds nus dans l’herbe fraîche un soir aussi, les yeux fermés, les bras tendus, la peau ouverte. J’en parle à mon éditrice. J'appellerais ce livre Zéros. Elle me regarde et ne répond rien – est-ce que tu existes vraiment ? Es tu le produit de mon imagination ? Suis-je ma propre fiction ? Ou bien la tienne ?- Assis sur le rebord du trottoir je la regarde s’éloigner, et à la fois je danse le torse nu et des peintures de guerre sur le visage autour du bûcher dans une forêt dense en récitant des chants de tribus disparues, des flammes qui s’élèvent jusqu’au ciel et les nœuds du bois qui explosent, cercle dément qui nous entraîne, une transe agitée, faune et sauvage, les corps qui ne nous appartiennent pas ne sont qu’un véhicule pour les énergies qui vont s’échanger, et dans le taxi aussi de façon concomitante je suis avec elle à lui expliquer tout ce que je suis en ce moment et alors elle met sa main sur ma cuisse et s’approche et je l’écoute en réponse commencer une histoire que pour de multiples raisons elle ne finira jamais.


Bande son idéale: Tiga - Sunglasses at night

Du dehors au dedans / Symétrie du moment retourné


« Je t’ai attachée contre le rebord d’une sortie d’autoroute en allant vers LaHaye. Il faisait nuit. Tu ne te débattais pas. Tu me regardais avec tes grands yeux, humides un peu éberluée, comme si tu ne me croyais pas, comme si tout ça n’était qu’un film. Très bien je me suis dit. C’est mieux comme ça. Nous voilà libres enfin. – il lit. « La lumière des phares des camions lancés à pleine vitesse passait sur nous comme les ombres d’insectes chargés d’histoires – tout ce qui est révélé là, surgi du noir, et tout ce qui reste à venir. Tu étais le plus simplement vêtue du monde, une petite culotte baggy en coton et un débardeur Université d’Alabama, vert et trop large, trop ample, tes seins révélés par la manche presque jusqu’à la taille, la peau élastique et les aréoles légèrement brunies rehaussées par une morsure récente. Je me suis éloigné et là tu t’es mise à crier. Alors je suis revenu, j’ai caressé tes cheveux et puis je t’ai bâillonnée. » Inauguration des salons particuliers au M dont Eric de la Joya devient ce soir le nouveau conseiller artistique. Grégory Mikhaël poursuit la lecture - il sera question aussi de cagoules et de tenues de camouflage, tandis que La Sybille derrière lui occupe tout l’espace, chorégraphie autorisée collée aux mots, et que Little Joe fait spasmer une certaine idée de la mélodie vibraphonique au xylophone dans le hall de l’hôtel. Mouvements en ordre dispersé, sons décomposés, j’ai l’impression d’avoir déjà vécu cette scène, nourri aux mamelles du temps avec dans le lait un peu du goût d’avant, quelques gouttes aux facultés hypnotiques. A l’Antichambre soirée PartenairesParticulières dans le décor minimaliste d’une salle de bain en aluminium. Sloane en jupe à frange, chapeau en cuir étoilé sur ses boucles blondes du jour, petit bustier noir, épaules nues sans bretelles, et large tutu blanc fourni, dit non de l’index à un chanteur populaire au col amidonné, puis lui fait signe de se mettre à genoux ; dans l’espace qui se crée, c'est-à-dire le possible immédiat, elle le tiendrait pour nous en laisse. Jennifer s’approche et caresse la bête imaginaire. L’autre Jennifer tient les verres. On retrouve Aka Lulu à la soirée Party-me organisée par le magazine Ozone Free, des sosies illustres, des journalistes branchés, des montures en écaille, de l’hélium en bouteille. Raymond le dog cherche la beauté dans les interstices du réel et dans les failles du temps, partout où soudrait le mercure. Plus tard Nataliana ne me répond pas quand je l’appelle, la boisson du soir est une délicate vodka brune aux herbes de l’Oural, on a parfois envie de s’arracher les peaux, et de brûler de l’intérieur d’un feu à la fois lumineux et sombre, mais rien n’est vrai n’est-ce pas ? J’ai déjà vécu ces moments. Dans quelques instants, BernieM va surgir accompagné d’une magnifique islandaise et parler espagnol avec un albinos appelé Juan. Au BC, le long du long couloir à la lumière électrique et bleue, Vicky surgira d’un temps que nous ne connaissons pas encore, m’attrapera par la cravate EnricoMüller et ébouriffera mes cheveux en soufflant sur mon visage et derrière mes lunettes - j’aurai de la buée sur les verres. Tout n’est plus qu’une immense boucle, choisir un axe de symétrie concret autour duquel nous tournons tous et regarder devant soi. Dans le taxi qui traverse la nuit, immobilisé dans les ruelles à sens unique par le camion poubelle qui encore ce soir sera le messager de l’aube, je cherche à me souvenir du moment décisif, où j’étais transpercé de l’émotion la plus vraie, devant vous pour la dernière fois, avant que tout ne soit par la suite que la répétition de ces instants ou la recherche avec autrui du retours de ces moments là. Dans la pureté. Vous seule m’avez connu. Le moment retourné. Ah pardon c’est gênant. Vicky abandonne sa position de neutralité et en posant sa tête sur mes genoux elle me parle d’un cœur situé à l’intérieur du ventre et qu’il faudrait atteindre par tous les moyens dans une langue qui roule les R. Consommer la peau. Du dehors au-dedans. Orientations du corps, préférence, inclinaisons, soumissions diverses. Révélations inattendues. Etais-tu telle que je te voyais ? Parfois de l’extérieur je t’observais à l’intérieur, et encore j’échouais à savoir la véritable substance dont tu te composais quand je n’étais pas là.


Bande son idéale: Daft Punk - Technologic (Vitalic Remix)

Structure échos et reflexions par tous les uns

La frontière pointillée entre les espaces définis s’efface dans la nuit. Ce qui disparait c’est une certaine forme de mémoire immédiate, consentie, structurée par le grain visible du jour, les mises en place, les formes, les couleurs, les visages et l’ensemble des décors d’un système qui, si l’on commence à remettre en cause ses présupposés, se tapit dans les coins et manque alors à l’appel - le tissu conjectural se distend puis se retrouve et se heurte à lui même, plisse et se ride, il pèse maintenant par son centre et s’effondre, aspiré et poreux : il s’écroule. Alors percer le rideau par une nouvelle forme d’intuition qui saura tisser des paysages par exemple avec des couleurs et les variables combinatoires de certaines suites mathématiques, déterminer la métastructure reine et faire allégeance au chaos comme seule force décisive et qui prédispose à la gravité et aux magnétismes. Des molécules en flux qui s’affrontent aux récifs du vivant, comme sels oxydants sur les structures carboniques. Analogie mentale contre univers physiques. Sloane, bas résilles et smoke eyes, traverse le plan cosmique et s’allonge sur la table mal essuyée un verre de Gin-Martini-Olives à la main. Retours à la P ce soir pour l’anniversaire open bar de Jean Biton. Les deux Jennifer se tiennent affectueusement par la taille, et Little Joe est le messie intergalactique d’un monde qui n’existe que dans son imagination. Les lieux ont une mémoire, et entre ces murs qui nous ont vu passer souvent, chacun sent en secret une pointe de nostalgie glacée lui tourner dans le ventre avec délice – c’était il y a quelque semaines, nous avons décidé de ne plus revenir, car personne ne savait plus dans ce repère branché qui était censé imiter qui et qui devait s’en offenser. Marijane est dans un coin du bar à étonner tout son parterre à la description d’une soirée particulière avec ses deux Vladimirs. Près d’elle, il me semble reconnaitre Raymond le Dog, chemise à fleur Yushia Milie, bretelles colonel, petit gilet en satin vert moulant et jean taille très basse à ras sur les chevilles, découvrant de petits escarpins marrons à bouts limés, mais quand je lui fais signe, il semble un instant me reconnaître puis se ravise. C’est que juste à côté de moi, derrière ses lunettes à verre réfléchissant Yuritone, sous un chapeau gris à carreau égayé d’une marguerite artificielle, polo Ralph Muren jaune uni, pantalon à lanières et bottines en daim vert d’oie, le véritable Raymond le Dog lui fait face avec insistance dans une position de force muette, prêt à bondir à la gorge et à serrer à la moindre tentative d’approche. Je regarde autour de nous. Orion, véritable avatar et virtuel circonstancié métastasé dans mon cerveau, s’en tient sans dire un mot à l’éthique de Star Wars, reproductible et fiable, force pure contre côté obscur, mais cela manque assez de subtilité en ces circonstances. Eric de La Joya insiste à l’oreille d’une portoricaine au corps apparemment vibratile, quelques grains de sueur perlés qui épousent chacune de ses formes et dont le corps s’alanguit en retours : leur descendance pourrait être l’enfant stellaire. A quelques mètres de là, derrière des montures en écaille et le regard élancé dans le vague comme une poignée de main molle, les rares cheveux éparpillés sur un crâne lustré au plus près, une cravate rouge sur une chemise à carreau épaisse, un gilet de laine tricoté main et des pantalons en velours côtelés, préfiguration certaine d’une mode à venir, seuls les traits du visage varient mais les ressemblances de forme et d’allure font des deux Eric de la Joya chacun le clône de l’autre. Je me sens épié. Un verre de Vodka grenadine à la main, tricot de peau Brigitte Fwkjy, bracelets tressés sur tout l’avant bras, le cheveux humide ou bien gras et la barbe taillée à la serpe, le regard vitreux qui me fixe, col remonté d’un ample pardessus Paul L’oto jusqu’aux oreilles, collants de laine noire sous un short en jean baggy et bottes marrons dépareillées, c’est celui qui semble être le sosie à moi dédié – même si je suis quant à moi parfaitement épilé du visage et du corps depuis la veille, costume à coudière Giorgio Cavole au plus près du corps, chemise à jabot, lunettes volta, cheveux parfaitement peignés et ongles manucurés, petits souliers à boucle vernis enfin, à talons moyenâgeux. Partout tout autour, des clones qui nous ressemblent et que chaque soir nous évitons de croiser, dont l’existence singulière avérée rend la nôtre précaire. Comme nous ils ont les intestins fragiles. Comme nous ils sont cette nouvelle sorte d’aristocratie par filiation et affinités subtiles, habitués aux mets les plus fins. Comme nous ils décident pour d’autres de l’espace et du temps. Mais quand nous dînons avec Philippe Garec, ou bien avec la nièce de la voisine de Luc Besson, ces prototypes dupliqués passent un week end sous les tonnelles en pays Lubéron avec Scarlett et sa sœur, ou se font réveiller en pleine nuit par Cloé S en pleine rupture amoureuse. Si bien que si nos aires d’influence sont les mêmes, la question qui se poserait et que nous fuyions en quittant la P au plus vite serait de savoir véritablement qui se réfère à qui. Personne pourtant, car la nuit est un espace ouvert, et là comme ailleurs on n’est pas sûr vraiment de n’être pas plusieurs. Rares apparitions, la grâce elle est unique, qui disparaît sitôt qu’on s’est approché, drapée parfois dans rideaux de pluie, comme on a des débuts de phrases et on voudrait qu’elles ne finissent jamais. Un corps certes, mais aussi les combinaisons du possible associées. Souvenirs alors, mémoire étendue qui traverse les plans, un relargage récurent et lent. Préciser goût et singularités de chacune des parties. La réverbération en écho de ces petits évènements mentaux est un processus que je n’explique pas, mais saurait on tout expliquer.


Bande son idéale: Tahiti 80 - All around (Yuksek remix)

Contrainte formelle du réel et réciproque situationnelle amphibie



Orion défait sa natte et se lisse les plumes. Tout est vrai mais cela se passe dans mon esprit. Mon avatar me suit partout. Il ne parle jamais. Du coin de l’œil je feins de l’ignorer. Sorte de télépathie de l’instant immédiate et bipartite. Pour Orion, le réel n’est qu’une contrainte formelle. Lui sait que nous regardons en biais, comme orientés depuis le début du mauvais côté. Partout, toujours, il est pour nous le maître de toutes choses et de la conscience interne, et à nous deux il semble que nous sommes à la fois tout ce qui est et tout ce qui n’est pas, deux potentiels chargés de leur propre magnétisme, si parfaitement espacés que l’événement visible ne tarderait pas à en être fulguré. Disons que son apparition rend acceptable une certaine forme de disparition. Chaque chose est un couple d’évènements opposés aux probabilités égales. Rien n’est plus vraiment ce qu’il y paraît, il n’y a plus que ce qui pourrait devenir. Mais Orion n’aime pas les DJ. C’est juste que ces gens n’arrêtent pas de parler avec les phrases des autres me fait il sentir. Comment faire comprendre à ce corps astral issu de mon imagination la valeur pythagoricienne de la répétition de la même boucle simplifiée et hypnotique, respirant pour elle-même d’une certaine façon, comme sous support aux exécutions furieuses d’une basse électronique qui sonne comme le générique TV d’une série américaine des années 80 dans la recomposition du thème mélodique de La soupe aux choux ? Et comment le convaincre du génie, au sens de Musil, de l’enchaînement contre nature d’un break beat insidieux inspiré de la ballade de Pierre et le loup et du nu abyssal de l’électro dogmatique de RamonEye, décatie pour le meilleur, comme le jus du fruit dans le verre (certains diraient aussi que c’est de la musique faible, mais n’est-ce pas là sa force ?) ? Insolent, impertinent, muet comme une carpe, Orion me suit partout, et sa présence me donne l’audace nécessaire à la résolution de certaines situations, insouciance toute situationnelle des sentiments exercés dans la légèreté fractalisée de mon être dirons nous. Au Toro, Raymond le Dog tente d’expliquer à une serveuse qu’il confond avec Amira Casar le sens caché de la série Lost par la lecture de René Daumal. Sloane passe de conversation en conversation, elle porte une longue robe ample à fleur d’une autre saison, et des leggins en cuir noir, aussi des bottes à frange en daim Chantal Musseau. Chacune des deux Jennifer est, en y regardant bien, une tentative d’avatar inversé, déterminée en temps réel, adaptative, convaincue de ses propres atomes. Dans la rue Orion lève la tête et les bras vers les étoiles pour jouer avec son nom. Calmement, il respire les silences par la peau. Au PFC, Michel Michel demande un papier et un crayon pour dessiner sous nos yeux à quoi ressemblerait l’orifice du monde. Grégory Mikhaël nous a rejoint, il écrit un scénario de bande dessinée, un homme qui recommence à jouer avec sa propre personne dans la vraie vie après s’être acheté une console vidéo de marque japonaise, et qui va tomber amoureux d’une étrange femme masquée qui compose des poèmes en forme d’énigme quand la mélancolie granuleuse l’envahit, c’est à dire à la moindre évocation du vieux module Atari VCS 2600 (cette femme porte également en toute circonstance des patins à roulette). Au R, after vernissage de Blank me, No name et AliWood. On quitte pour l’anniversaire du webzine Nevermind à l’A. Aka Lulu est injoignable, mais si l’on compose le numéro de JohnnySunshine c’est lui qui répond. LittleJoe porte une nuque longue, et inaugure ce soir sa magnifique moustache. Fin de soirée subtile au Moonlight et la piscine est à nous. Où nous nous alanguissons sur des sofas de cuir rouge tannés par les injonctions répétées d’un désir envahissant. Où nous ne sommes plus vêtus que de simples pagnes en satin brodé, les pieds nus et les cheveux mouillés, à faire couler toute sorte de sirops pour la toux sur la peau. Où nous explorons les mille et uns petits détails de la mosaïque qui autorise les prises dans le gigantesque bain à remous, tandis que certains font des longueurs. Peut-être sommes nous tous rouges ou peut-être est-ce la lumière du plafonnier qui colore les téguments, réfléchie de corps en corps et toujours plus envahissante. Chacun digère la nuit à sa propre façon. En y réfléchissant je suis un peu embarrassé. Orion ne dit rien. Dehors il fixe le ciel. Un cadran du plafond étoilé lui apparait mal éclairé. De sa main il fait le geste de sortir une ampoule de sa poche imaginaire, puis de la visser sur un socle que nous ne voyons pas –simple mais intense. Sa lumière nous parviendra dans quelques millions d’années.


Bande son idéale: Deceptacon - Le Tigre (DFA remix)

Crème de menthe sur cuir rouge et pastis



Tentative de revivre l'instant, se souvenir. Mouvement pour une perspective temporelle sous une forme acceptable, ensemble des faits réels et imaginaires mis bout à bout pour en arriver là. Remonter jusqu'en haut de l'arborescence, déductions à rebours. Recomposer le passé, puis réinventer le présent. Une certaine forme de réalité qui se matérialise. Livré au rêve dans un espace exigu. Fil attaché au plafond d'un véhicule lancé à pleine vitesse mais immobile pour un volume d’attraction par tous les sommets. Les parties s’exercent à de nouveaux rapports, et persistance inquiétante au contact d'une nouvelle géométrie d'intention. En somme, tout va pour le mieux. En somme, un grand lustre au hasard. Oui, mais c'est un lustre objectif, et qui en impose à tous les chambranles de porte. La réalité est une onde qui se répond à elle même dit Eric de la Joya, nous sommes des vibrations chacun sur une certaine fréquence dans la théorie physique des supercordes. Au Dash, DJ Valhala et Roméo de Marseille réinventent le custom digital. Crème de menthe pour moi, pastis délicat pour Nataliana, je porte un jean noir slim Myaki, des bottines caramel vieillies et croûtées de cire chaude, une chemise à gros carreaux bleue négligemment ouverte sur un tee shirt orange My lips is Your lips, et des lunettes Infinit blanches (montures à rayures rouges/bleues selon la lumière), code sensuel et discret pour initiés - urbain et définitivement contemporain. Au Panic! Axel Brie de Maux et Was is Was animent la soirée RSPCT (Rebel Similitude Party Currency Tactile). Dans l'immense atelier en pierres apparentes reconverti pour l'occasion en labyrinthe mental, des pièces qui s'ouvrent sur d'autres pièces comme des roses mystiques. Des invités incognito derrière un masque de lucha libre. Strip tease à la demande d'une jeune mannequin paraguayenne. Deux mages sikh appuient sur tes yeux et t'imposent leurs visions. Dans la salle au fond, spectacle comique érotique et vain, sept minutes de danse rotative d'une femme à la peau talquée. Le long couloirs souterrain se transforme en corridor à explorer, sorte d'énigme psychique d'importance primordiale. Joachim(exakaLulu) a un sens de l'orientation tout particulier, on pousse plus loin et dans le noir, les évènements se précipitent, Nataliana est en robe fendue et ses petits talons cherchent appui dans la poussière du sol, certains prises sont assurées et d'autres échappent à tout contrôle, nous ne sommes pas seuls, des ombres nous observent, on ressort à l'autre bout de la rue par une porte en fer rouillée qui grince comme dans un film. Je me rends compte que j'ai du tomber trois ou quatre fois à la recherche d'un équilibre particulier, mes vêtements, mes cheveux sont recouverts de cendre, j'ai une plaie ouverte à la main et qui saigne: vintage et clinique à la fois, rouge sur blanc aussi d'un certain point de vue. Sloane est non négociable ce soir, pantalon de cuir moulant noir Herman H, le doux frottement de cette peau contre sa peau au son bien appuyé nous provoque à chacun des mouvements qu'elle exagère de façon délibérée. Raymond le Dog est à Cannes au Balroom pendant le Midem, backstage à boire de la vodka sirupeuse avec deux hollandaises du groupe Spankme pendant les DJ set de ElectroVaillant et Myjuicerecords, une bouffée de madeleine au téléphone, souvenirs, entrées que nous faisions par la cuisine du Martinez quand nous avions seize ans pendant le festival, les concours de pompes à même le sol pour impressionner une animatrice météo, les irruptions sans crier gare dans les chambres d'hôtel qui servaient pour l'occasion de salons de réception discrets et assez particuliers, les passages sur les plateaux TV, à boire au bar en coulisse des cocktails punch coco en compagnie d'actrices débutantes à l'accent chantant et à la naïveté éreintante en se faisant passer pour les agents d'un producteur italien. Little Joe lui appelle de South Brooklyn Central, le commissariat, où il a droit à un coup de fil et ce n'est pas très malin car il préfère me raconter sa vie plutôt que de prévenir son avocat - communication interrompue depuis l'espace. Au même moment, c'est la soirée évènement au PE pour le retour de Jean Louis C, propre sur lui du surcroît. Où l'on croise Sebastien T de retours de Majorque et aromatisé au Metropolitan, et aussi LolitaP en robe rouge quadrillée qui nous parle de ses amis formidables dans le Zurich underground (au Paradisio). Brodinsky, Valinsky, Courtevilsky et Alvin VonNada forment le collectif Presque-sky, une interprétation sonore et puissante à huit bras d'une nécessité sombre qui précède de peu la fin du monde logique. Au B, Metal Soap Orchestra et Tartine de Foie font irruption aux platines pour un mix spontané. Là, sur les canapés de cuir rouge, frottés ci et là jusqu'à en devenir râpés comme une peau blessée, ou bien debout au bar, immobile, une coupe mauve à la main aux effets iridescents, comme sur des remparts, nous voyons s'échouer en bas la fin de la vague de la nuit, qui vient lécher les orteils et exciter les sens. Nataliana dans le taxi arrêté devant chez elle dessine son nom secret sur les vitres embuées. Agrippées par l’émail, des perles de connections enfilées le long de ce qui est tout à relier jusqu’à la pendule du sens à rebours. Je ne cicatrise plus.
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Bande son idéale: Yuksek - Tonight (Radio edit)

Une apparition dificilement explicable



Personne dans la rue ne parle plus jamais tout seul : on parle à son téléphone, même si c’est un téléphone imaginaire. Autre: on peut parler à quelqu’un, rien ne prouve qu’on n’est pas seul (on ne décide pas toujours bien entendu). Cédric Attias del Curatolo a composé un spectacle vivant sur l’absence signifiante appelé Membrefantôme – un homme parcourt les rues de la ville la nuit en vélo en se racontant sa propre histoire pendant 2h28, il dessine sur les murs des organigrammes complexes, panneaux 4 par 8, cases décisionnelles pour chaque question avec son lot de connectivité et flèches interrelationnelles, tentatives d’explication du réel et d’extraction d’une substance autonome cristal de sens, on comprend qu’une femme l’a quitté, ou peut-être est-ce un homme, ou juste un fantasme aussi, peut-être ne sommes nous pas là d’ailleurs, et il compose pour finir d’étranges sculptures sous les ponts avec des fragments de verre brisé, une arche à relier deux points éloignés du temps dit-il - à voir dans la cour couverte du centre culturel finlandais. UnknIgno lui fait sa première, un évènement hard punk et poétique intitulé De l’un de l’âme, un tour de force de 6h14 en gravitation autour d’une femme polymorphe belle et laide à la fois et qui fait passer le corps par tous les états de la matière, et son amant perdu en rêve dans les ruines de Dresde finit par rencontrer en haut de la colline l’alchimiste inventeur de la couleur bleu profond qui sait prédire l’avenir – c’est tout simple en fait : ne pas imaginer la flèche du temps comme une direction probable, mais plutôt vivre dans un méta-temps où passé présent et futur sont concomitants et où les évènements sont tous liés de façon extrêmement intriqués. La Sybille est de passage avec Exode dit Osmose qui dispense gratuitement des cours d’économie à la terrasse des cafés. Mon ostéopathe porte mieux que quiconque les souliers blancs vernis de Meli Murano avec un petit jean slim gris taille basse négligent. Nataliana nous a rejoint, elle porte des boucles d’oreille totems de tribu huronne et rien ne semble mieux convenir ce soir. Sloane précipite les choses : l’étendue de tous les instants est agglutinée, on se retrouve chez un styliste italien à deux pas de là dans un appartement découpé en dix neufs boxs à thème – chiffres, couleurs…Je suis dans le pourpre. Soudain sans que l’on comprenne pourquoi Johnny Sunshinne aka Slim R aka Aka Lulu quitte la soirée furieux, l’alcool diraient certains mais c’est peut-être aussi dans son tempérament. La femme médecin aime le mot capacitatif. C’est la totalité probable en un point donné pour le défricheur de mots. C’est la masse des mécaniques qui sont accumulées dit Eric de la Joya. C’est le mouvement trop vite ou trop lent de tout ce qu’on ne verra pas bouger. C’est la dynamique de l’inerte surprend Raymond le Dog. C’est l’ordre de tirer mis en suspend, on attend, c’est le pouvoir d’y croire, c’est le rôdeur dans l’ombre, c’est le ventre qui gronde, c’est juste avant d’ouvrir les yeux, c’est la rencontre illusoire contre un chambranle de porte de conjonctions qui ignorent tout des fils de leurs apparitions, c’est la projection de deux golems de volonté propre l’un contre l’autre – Jean le biton gagne. Sloane a les cheveux électriques, véritables antennes sensitives à capter tout ce qui se passe autour et qu’on ne soupçonnerait pas. Elle et ses deux Jennifer commencent leurs ablutions pour un rituel complet de purification. Au P pour finir, DJ Marcel/Viande manie l’attente du dénouement et la promesse d’une récompense sévère mais juste dans un mix électro infatigable. Little Joe porte un tee shirt Suck my kiss acheté par correspondance sur la toile. Nataliana est une sirène aux formes changeantes, une créature en suspension dont les multiples jambes m’enserrent par la taille et m’enlacent dans une étreinte inqualifiable, ses ongles m’appuient brièvement sur la nuque et la douleur est exquise, et cette scène se répète en boucle dans mon souvenir comme si je l’avais déjà vécue avant même qu’elle ne se produise, avec la même précision et la même impression d’inquiétante étrangeté, et maintenant que je cherche à comprendre sa force énigmatique est multipliée encore par elle même. Jusqu’au souvenir même, boucle autonome et qui seul continuera d’exister. Par les mots ici,

structuration mentale d’une pensée

jusqu’alors inconnue.

Phrases/poutres+chapitres/étages/plateaux=> architecture réciproque et texte comme irruption dans ta vie. Métaforme circulaire et auto alimentée, vie autonome comme métastasée dans cerveau cible.

Bande son idéale: David Bowie - Heroes

Prétexte de pluralité singulière et or du tant avec écho



Le temps n’est plus un simple segment entre deux cigarettes pour qui cesse définitivement de fumer, il peut plutôt ressembler à un énorme rouleau de papier adhésif qui colle aux doigts et dont on a du mal à se débarrasser. Une molécule vous manque et le monde change de texture, de saveur, le choc est brutal, la réalité contre le encore plus vrai, on a de nouvelles manières, des antécédents, une ambition soudain. Occuper tout le temps, faire vibrer tout l’espace, rencontrer quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a entendu parler de quelqu’un, marcher sensuellement, aimer les animaux – aimer les chiens surtout, aimer tout ce que font les chiens. Aussi l’envie alors de donner son numéro de portable à n’importe qui, de se documenter sur tout en imaginant les jours où une puce électronique extrêmement miniaturisée introduite dans le cortex parafrontal et connectée au réseau sylvien permettra à tout moment de se brancher sur une matrice de supraconscience numérique et collective, et dont les données seront rentrées à la main par un informaticien groenlandais ivre; l’envie de descendre enfin le cours d’une rivière. Imaginer encore dans les détails une histoire entre un personnage appelé Le Cœur et une femme de mauvaise vie que nous appellerons La Comtesse : Le Cœur habite rue des Filles du Calvaire. La Comtesse a son appartement qui donne sur la rue de Turbigo, et la fenêtre de sa chambre est située juste à côté du sein droit de la sculpture majestueuse de la façade au numéro 57. Ils se sont croisés par hasard. Ils ne sont pas exclusifs. Ils se déplacent avec leurs multiplicités réciproques. Le pluralisme subjectif, façon de se rapprocher dans un instant comme dans tous les instants, tous dans ce que nous sommes mais aussi dans ce que nous croyons être, pour soi comme pour l’autre, est un humanisme. Façon de composer les singuliarités du réel avec les possibilités du rêve. Imaginer aussi la correspondance fictive érotique et légèrement nuancée entre une femme du monde, Elizabeth de Georges de Saint Val, adepte de jeux de positions et Stanislas de Saint Romain, un homme masqué initié et sans âge qui vient la visiter la nuit, les mains plongées dans des gants mapa, des poignes puissantes, et qui aime à recouvrir son corps de liquide vaisselle, fluide entre les fluides, car le gras n’attache pas. Plus tard vient enfin l’heure et nous étions là à commencer la soirée dans un coin réservé de l’ECC transformé pour l’occasion en galerie dédiée pour l’exposition Transgenix de Jamie Leopardo qui déambulait dans la salle vêtu le plus simplement du monde dans un manteau épais en plume d’autruche rouge de synthèse. La femme médecin est accompagnée d’un critique littéraire admirateur de Paul Valéry et sosie de Vincent Gallo. Sloane est d’humeur féroce, exagérément glamour, rouge à lèvre très vif et bavé sur lèvres onctueuses, les jambes très longues dans un short noir très court, un petit haut à bretelle noir à l’effet plongeant parfaitement efficace, et le monde est à ses pieds. L’une des deux Jennifer n’a pas le droit de parler ce soir. Elle a les yeux noirs cernés de charbon de bois, de fard et de poudre d’or. L’autre est pour la nuit la propriété exclusive d’un animateur de TV publique au nez abondamment repoudré. Un ancien joueur de football reconverti dans les marques de cuir est photographié avec un verre de vodka aux couleurs changeantes issue de la manipulation d’un maïs spécialement traité. La chanteuse du groupe Do me, voix nasillarde de petite chate hurlant la nuit sur les toits, se voit offrir une gorgée de saqué de contre façon importé de Chine selon un rituel complexe et sacré. Le tiers de Sorrento Siren s’entretien avec la moitié consciente de Jean Biton. On assiste à la lecture des quelques pages d’un livre écrit sans discontinuer en une seule nuit, buzz médiatique de la dernière rentrée, par le traducteur d’un auteur culte dont nul ne connait le visage. Le transgénique est l’œuvre de l’homme : il n’est pas fait pour durer. Toutes les œuvres sont brûlées dans un gigantesque four à pain, sculptures en cire d’abeille de laboratoire, peintures aux gouaches métachlorées, photographies dont la révélation se fait par l’imprégnation de composés aux structures atomiques instables sur le papier extrait de la feuille de palmier inventée par un savant malgache – éphémère effroi de génie transgénique que nous n’avons pour la plupart pas eu le temps d’observer depuis l’apéritif qui nous occupe à plein temps. C’est vrai, Jamie Leopardo a fait les choses en grand. Annie de Montagnac l’aimera ce soir, de nombreuses fois et de multiples façons. L’attachée de presse de Grégory Mikhaël est à la soirée de la revue Transitif, organisée dans un gymnase du XIIe reconverti en cabinet de curiosités. Les invités sont masqués. Pour celui qui apprécie ce qui se boit jusqu’à la lie, c’est goutte à goutte, un lac ici maintenant. Raymond le Dog est en tenue d’alchimiste au coin du feu et sur une peau de bête à poils longs tente d’expliquer à une étudiante en langues orientales sa propre technique d’extraction de la lumière. Elle traduit en retour « sois mon plaisir » en douze langues. La promesse de certains corps se répercute déjà comme un écho de mur en mur dans les cavités cylindriques de la boîte crânienne mais il faudra faire un choix. Parfois, on regrette juste de ne pas être plusieurs, prolongeant encore pour soi même l’expérience dans toutes les directions autonomes des réflexions de tous les miroirs possibles.


Bande son idéale : Suede - Animal Nitrate

Dieu et le doigt



Photons d’or, particules illuminées, air en suspension poussière, traversée de la lumière à travers le vitrail prisme du réel, nous en sommes là, bien peu de choses au regard du monde qui s’agite et s’accélère tout autour, parler tout seul dans un téléphone imaginaire, changer de place dans le métro avant que ça coupe mais le train avance et la Terre tourne, cela n’a pas la moindre importance, ou bien alors c’est primordial, parce que nous sommes ce qui est vivant et qu’il n’y a que nous pour raconter, des écailles de surface dans le thé de la veille, une lampe à frotter, et je cherche à comprendre, flux inversé, tentatives de descriptions d’un même évènement multipliées par elles même : limites de l’exercice du réveil. Comprendre un phénomène, établir son modèle reproductible, en tous points. Identifier le point d’inflexion par lequel se reflètent indéfiniment ces particularités communes de mécanisme et d’allure, en repérer les d’analogies, en établir les ressemblances en terme d’égalité. Étendre ces observations à l’étude d’un phénomène quelconque y compris humain. Mécanique neuve et reproductible de l’âme. Etablir/classer les ressemblances d’allure, les ressemblances des rôles en types de rôles, les affinités de mécanismes. Par exemple, l’avant-veille, Sloane qui n’aime que la légèreté se lie d’amitié au Pinup avec Anita, une néozélandaise extrêmement futile et drôle qui vit depuis deux ans à Paris sans parler le français, nounou libertine pour grands enfants bilingues le jour, hôtesse d’accompagnement pour établissements de couples la nuit - 50 E de l’heure pour ne consommer que ce qu’elle désire, et auto proclamée film director depuis qu’elle se met en scène dans une petite série très amusante sous forme de webisodes décalés sur deux danseurs contemporains persuadés de leur importance, utilisant chaque élément de la rue pour rechorégraphier le monde. Chacun fait ce qu’il peut, derrière le masque les rêves sont aussi complexes et aussi vrais que le monde matériel est tangible. Cette légèreté n’est pas pour nous déplaire, et en plus de nous divertir, elle nous renvoie à une angoisse importante : la peur de la mort, et c’est par là mieux encore apprendre à se connaître, c’est du moins ce que pense Grégory Mikhaël quand on l’interroge. Lui se voit plutôt en observateur et clinicien de nos nuits pour son prochain livre, à disséquer chaque épaisseur pour en arriver au muscle qui vibre sous le bistouri électrique en produisant une délicieuse odeur de fumet : la chair, le corps, la carcasse à désosser, jusqu’à toucher l’esprit du doigt. On suit Anita chez Martienne, néo/punk/postmoderne américaine fan de manga et qui vivait à London à Camden Town du temps où les coiffeurs espagnols rasaient la tête des clients à blanc assis sur des sièges de WC arrachés aux murs et déposés là dans la rue, on ne sait pas pourquoi elle nous parle de ça. Elle a décidé à sa manière d’entrer dans les ordres, et elle ne peint plus que des figures religieuses avec des visages d’oiseaux. Débat qui s’ensuit : coucher avec une religieuse, est-ce un exercice spirituel ? Raymond le Dog et la femme médecin nous retrouvent au B pour la soirée MissK. Backstage, la réalité par derrière, vodka/lemon et campari/orange sont un étrange mélange, arrivés au bord de la transe par l’hypnotisme répétitif de l’électro minimale et les basses cadencées qui désormais sont les seuls éléments du réel à passer le filtre. Dieu est parmi nous en train d’écraser sa cigarette par terre et de boire au goulot, il porte un tee shirt blanc Fire walk with me, le poignet est habillé de bracelets brésiliens multicolores, les pieds nus, de taille moyenne, les épaules maigre et le poil mal taillé, son jean taille basse se maintient par la grâce juste en dessous du pubis, il tourne sur lui-même les bras tendus une bouteille dans chaque main et par miracle il ne fait que nous frôler comme un vent tiède alcoolisé à 40 degrés. After show au C à Bourse, mon ostéopathe sirote un cocktail mauve avec Brian M, le chanteur d’un groupe luxembourgeois international. Michel Michel décide de vivre selon les principes kantiens. Dans un monde sans mensonge, et par là, dans la paix éternelle. Ceci n’est applicable à priori que si l’on épouse tous les mêmes principes, au nom de l’égalité des consciences. Mais à y creuser de plus près, quelle est la nécessité de dire toujours la vérité ? Imaginons un dialogue dans un monde parfait : -Vous êtes très belle. –C’est vrai ? – Non, mais vous avez les lèvres bien épaisses et une poitrine avantageuse, ce qui excite ma concentration de testostérone et me donne envie irrémédiablement de faire l’amour. Quel ennui. Ce serait un monde où on supplierait de mentir. Alors Dieu ou n’importe qui d’autre descendrait sur Terre et fait homme en rasta allemand touffu, il toucherait la vérité du doigt pour la changer en verbe, et il se mettrait à raconter des histoires qui seraient vraies ou bien qui ne le seraient pas pendant près de quatorze heures au Rex dans l’angle mort à côté du bar pendant que Laurent G repousserait pour nous les limites du réel à coups d’éléments sonores comme s’il n’y avait pas de lendemain, et nous sommes les particules suspendues au vide, agités dans l’éther, reliés au monde par les sens et la fréquence des vibrations, seuls tous ensembles. C’est à peu près comme ça que les choses se sont passées.


Bande son idéale : LCD soundsystem – Get Innocuous!

Petite nécessité


Ce matin, ou passé midi déjà, interview pour le magazine Espagnol underground Maraca de Sorrento Siren en terrasse d’un Costes du VIIe. Tout se passe bien. On veut des nouvelles de Paris, on va en avoir, et du très frais. Tout à coup, vibration/déflagration dans la poche arrière : c’est mon mobile, un combi Dior glané à la soirée VID de fin d’année, noir et mat ; on m’appelle mais je déteste entendre la sonnerie. Rendez vous chez RLD en début de soirée à l’heure de l’apéritif. Ne pas oublier les olives. On s’y remet. A l’heure dite, à l’endroit prévu, alors que j’avais passé mes bottines beiges à semi talon pour l’occasion, chemise bordeaux à carreaux gras, petit débardeur effilé gris clair en dessous et par-dessus son gilet assorti, jean extra slim surpeint, quelle ne fût pas ma surprise : c’était un traquenard. Je mets quelques minutes à réaliser. Ulcéré Michel Michel se plaint d’une atteinte à la liberté. Je vois. On aura donc finalement lu bien attentivement tout ce que disait la grosse souris. Est-ce ma faute moi si son chemin de vie n’est pas exempt d’observations délictueuses ? Sans rire, je ne raconte pas tout, et je m’abstiens par exemple de parler des compléments stéroïdiens qu’il se fait immiscer en suppositoire quotidiennement par une masseuse asiatique pour rester cette année encore jeune. Raymond Le Dog s’exprime: je dois confondre, il ne se souvient pas avoir été une seule fois ces derniers jours dans un état aussi corrompu, comme un disque dur grillé dans le fond éventré d’un vieux PC. C’est bien là le problème, mais je peux facilement lui citer les situations que la décence m’interdit d’aborder ici, et rien qu’à considérer l’état de ses muqueuses les plus apparentes on se rendra compte que je n’ai pas tant exagéré. Sloane ne décroche pas une seule parole mais ses regards en disent long. Pas de langue de bois. Ce n’est pas son genre. Elle ne veut pas être mal jugée. Les deux Jennifer prennent des poses alanguies. Tues et coites. Mais de quoi parlons-nous? Certaines œuvres sont une voix qui montre la voie, et les auteurs sont branchés sur une énergie intuitive, sensation, prémonition, ce qui touche à l'essence même de l'âme mais qui échappe quand tu approches les doigts, comme sur un flux de pensée par intermittence, le curseur se déplace, dans le parasitage un message clair éclair apparait, et qui laisse sa trace en sillons. Prémonitions parfois, et toutes les lignes sont à lire comme la marque possible du destin. Changer le monde avec des mots. Le vrai contemporain sait d’ailleurs bien cela. Et mes amis, je le répète, toutes vos nuits sont nos nuits à tous. Passées, présentes, virtuelles ou futures. On entre dans le vif du sujet. Comme en quelque sorte un cœur amené sur plateau d’argent, palpitant, vibratile, un instrument à vent si on souffle dans ses tuyaux humides mais pas trop fort car c'est un système circulatoire et ce qui va revient, aussi bien fouiller des doigts au fond des cavités au préalable, mais ne pas confondre trabéculations et tapis sensitif, car les replis ont une fonction expansive, paradoxalement, et plus petits ils se composent et plus ils contiennent ce qui à la fin finit par faire deux ou trois stades en aire. On conclut que tout ceci est nécessaire à la mise en perspective du concept même de nuit. En clair, on va finir par rater le fameux et très prisé mix de Shinowsky au R. Dans le club, une brune très joliment faite, tee shirt Mickey nu exhibitionniste et de fausses oreilles de souris en serre tête, un petit minois très mammifère et un ridicule short vintage qui ne fait que souligner la plasticité parfaite de ses cuisses : elle cherche peut-être à attirer mon attention. Je m’approche mais Slim R. aka Aka Lulu me barre le chemin et me demande en me parlant si près que je prends d’un coup 0.2 g d’alcool par litre de sang de le décrire comme un personnage mystérieux, un homme loup de la ville, qui rôde dans les étages et qui gratte à la porte, à la recherche d’une proie docile à la peau souple. La souris a disparu. On retrouve une ancienne miss météo, qui en devait beaucoup à ses charmes et à ses capacités physiques adaptatives hors du commun, en faisant la queue devant les WC occupés. Porte fermée, on perd patience et SdS s’accroche à sa jupe. Dehors, elle retrousse son tissu sur ses deux jambes immenses entre deux voitures. Puis elle voit au loin un arbre. Elle a l’idée de s’approcher, mais elle s’arrête en chemin, saisie et glacée, car elle voyait alors ce que personne ne soupçonnait, et cet arbre en retours nous regardait. Une musique au loin, c’est l’homme aux arbres, et il joue du pipeau pour le règne végétal dans cette nuit glacée, et quand il nous voyait avancer, il s’interrompait. Là d’où il était, d’où nous allions, il revenait. Sloane a filé avec DJ Aïkido qui la cherchait dans la ville depuis trois soirs. On se retrouve avec deux Jennifer désireuses de contenter tout le monde. Ca tombe bien : ma plante en creux attendait qui viendrait l’arroser. Vue de l’esprit maligne et dure à résumer.


Bande son idéale: Mr Oizo - Positif

Pur/impur



Jour d'après le lendemain du soir où Little Joe a inhalé de l'aspartam. Retrouvailles au BC pour tous ceux dont les molécules ont changé. Sloane a pris froid sur le toit de l'hôtel M l'autre soir pour une célèbre marque de rasoirs dont ses jambes sont ambassadrices. Aka Lulu préfère désormais qu'on l'appelle Mad Professor, mais ce serait le confondre avec Slim R. à Williamsburg qui a décidé lui aussi de changer d'identité. On tranche: Aka Lulu sera désormais Slim R. Eric de La joya a passé le nouvel an sur le parking d'un Ed en banlieue nord de Paris, sorte d'expérience nihiliste décomplexée. Raymond le Dog ne trouve plus le sommeil depuis deux nuits, complètement électrisé et spastique, car dans les veines coulaient encore les excipients accumulés de boissons énergétiques absorbées et la strychnine qui fait serrer la gueule. On discute de l'ouverture prochaine de l'I. Bitchy José est de retour de San Diego et rien n'a changé mais on se fait prier pour l'admettre. Soirée K dans un célèbre club sur Pigalle. DJ Aïkdo puis PW aux platines. Set électro/debriefing. Open bar soft drink pour le foie. Retrouver la pureté. Eliminer les toxiques. Soirée Aztèque chez C, qui toute la nuit sera la déesse Chxchxtli, maîtresse des pendentifs et des colliers. Une nouvelle occasion de dénoncer l'immersion forcée dans l'hyper réel en créant un théâtre sacré dit-elle. Roman P torse nu et vêtu d'un simple pagne végétal s'entretient avec Françoise B. Smith and Smith déroulent un mix électro trash. Roman P se penche et susurre à l'oreille une phrase interminable en prenant des airs de serpent. L'idée semble faire son chemin par où B ne pensait pas. Nous voilà rendus à une nouvelle forme d'évidence. Tous voient plus clairs dans la nuit. Nous sommes dépourvus d'emballage, et l'orifice vide du monde menace devant l'absence de réceptacle, et le vide se nourrit du vide, simplicité incompréhensible. Vertige. La soirée se décompose en somme et parties. Il n'y a plus que des attitudes. Nous marchons sur des chemins de sable passé au tamis. J'essaie de retrouver une certaine forme de contenance. La coupe du temps s’est alors remplie de matière humaine et de scènes intentionnelles à boire avant dissolution poussière. Au milieu de la pièce j'étais en secret le chantre du langage inverse, et j'en usais pour faire disparaître les couleurs, les formes, le volume, l’Espace et le Temps jusqu’à la nudité figure d’homme, mouvement de descente vers le sol des pas frappés où nous irions. J’étais une séquence un jour par seconde de manière psychiatrique. J’étais aussi une pierre homme à plonger au cœur du puits des choses. J’étais l’homme aux chiffres et le présent qui passait entre nous je le cotais. J’étais la théorie du complot et le catastrophisme imminent dans des réseaux virtuels, et la résonance de la terre qui était de 7.8Hz depuis des milliers d’année se modifiait jusqu’à atteindre 12 Hz, et voilà pourquoi le temps s’accélérait. On m'attrapait par le bras pour me forcer à écouter des enchaînements de mots dont je ne percevais plus le sens ni l'ordre formel. Une certaine forme de chimie s'éveillait en moi, comme un retour de trip d'on ne sait plus quelle date, soudain et effrayant, me saisissait et figeait mon sourire en un rictus immotivé et catatonique. Métabolisation de la mémoire, proue de ce navire qui avance dans la nuit: nous. Sloane divertissait les convives en distribuant de petits papiers buvards sur lesquelles elle avait déposé un délicieux petit glaviot blanc, perlé et pur comme la nacre, et il convenait d'agiter son feuillet en la suivant dans un mouvement que l'on voulait gracieux. Plus tard, le reliquat séché sur le papier absorbant en aurait imprégné la structure et dessiné de nouvelles formes de densités allongées, auxquelles il faudrait donner un nom avant de se les coller sur le front comme dernier ornement. Il était temps de rentrer.




Bande son idéale: SebastiAn - Walkman


Les illogiciens



Au PFC, Sloane envahit l’espace d’un coup et tous les visages se tournent vers elle quand elle ouvre la porte. L’air glacial fait son chemin jusqu’au délicieux frisson, chacun essaie de garder sa contenance mais en vain : tous sont flaques d’hommes «et que l’on jette par paquets ». Elle est masquée, un loup en dentelle et velours, mais on la reconnaît à ses jambes. Un long pull informe de laine mitée tombant lui colle au corps et dessine pourtant des formes aux proportions assez parfaites. Sorte de pute de luxe de rêve disait d’elle Raymond le Dog, qui porte une perruque rouge ce soir. Eric de La Joya lui l’aime en salope intégrale, idéale et honnête. Rien ne lui va mieux pourtant que l’instant précis qui précède la nudité, si l’on me demande mon avis. L’une des deux Jennifer est menottée au bar. Plus tard, vernissage dans une pharmacie du XIe. Dress code white impeccable. Jean Biton expose ses animaux schizophréniques entre les rayons et les piles de médicaments pour la toux. Les petites sculptures ressemblent à des structures d’ADN qui tenteraient de fuir par la peau. Les peintures sont des grands formats fantomatiques qui évoquent une critique explicite de cette société de consommation qui donne à manger de la vache moulue aux porcs. Sous la peinture, Jean Biton me confie qu’il a peint en première intention une sorte de kama-sutra animal, qui agirait sur le regard subliminal comme un aimant, et déterminait un nouveau type de distance entre l’œuvre, le spectateur et la volonté au sens large, concept rigoriste qui inclurait tout ce qui se veut énoncé et tout ce qui l’est vraiment, dans cet espace mais aussi dans toutes les zones parallèles de l’interprétation du possible. Raymond Le Dog surgit en rugissant dans la galerie centrale après avoir avalé deux tablettes de sulfate de benzoate, une capsule de molsidomine, et une dose massive de curares, puis s’écroule dans un filet de bave cinétique, vague échouée aux courants incompréhensibles devant parterre indifférent. Laszlo et Francine cherchent des extraits de glande surrénale derrière les étalages. On organise une soirée laborantine entre les éprouvettes et les pipettes en verre, et les deux Jennifer mâchent des résines animales debout sur la paillasse, les pieds nus sur la nacre blanche des carreaux du plan de travail. La suite de la soirée est prévue dans les salons d’un hôpital psychiatrique de la rive gauche. Le collectif théâtral des Illogiciens a censément investi les lieux. Les patients aux délires riches sont rivés devant l’écran de télévision. Cela ne fait aucune différence pour eux de voir débarquer à cette heure là par la porte verrouillée, service d’ordre un peu spécial pour l’occasion, un troupeau d’artistes, de pique assiettes, d’alcooliques du milieu de l’art et de noctambules, oiseaux de nuit disparates aux plumes éclatantes, aux couleurs chatoyantes, aux ramages hallucinants et aux délires équivalents. Le mélange se fait sans effort, la sauce prend vite et on écoute DJ Sarki de Mad enchaîner les titres pointus, Zig million first de Wax Party et Représentations 857 de Frukster par exemple, délicat fondu enchaîné en pente douce, mais aussi certains hits et standards de la schizophrénie, Danse des canards, Eros Ramazotti, Daniel Balavoine, Mylène farmer, avec toujours le même art et la même application. Les acteurs illogiciens imitent les symptômes de la folie avec perfection, qui schizophrène catatonique, qui hypomane ingérable, à moins qu’il ne s’agisse en fait véritablement de patients incurables. On trouve de tout dans cet hôpital, et les meilleurs dealers de la capitale se donnent rendez vous dans sa cour intérieure. Sloane et les deux Jennifers sont chambre 139. Raymond le Dog est en chambre capitonnée. FB passe faire un petit coucou, et il me prend pour JPL. Plus tard il me confond encore, mais s’excusant cette fois-ci, avec le fils d’un célèbre écrivain. De nouveaux amis, et des esprits libres. Les symptômes s’étalent. Spectacle humain quand le patient de la 124 se propose de découper de la chair humaine avec les dents. Sur le mur blanc immense, six rétroprojecteurs diffusent en continu chacun à un temps différent sur sa portion, boucles infinies mais décalées, toutes uniques mais qui se rejoignent et s’égalisent, l’intégralité des trois heures quarante sept de film qui voit Biton s’ébattre dans un lit aux draps de satin rose entouré de cinq poupées gonflables auxquelles il fera subir tour à tour tous les outrages.



Bande son idéale: Metronomy - On the motorway